Lahcène Brigui, le plaisir avant tout
Par Vincent Dao le mercredi 07 septembre 2005
A aujourd’hui 27 ans, Lahcène BRIGUI a 26 combats à son actif (19 victoires dont 7 KO, 1 nul). Il a arrêté de boxer à cause de soucis de santé durant 3 ans puis il est revenu perdant en demi-finale du championnat de France en 2003 contre Khalid BIBI. Mais il avait prouvé qu’il était encore au niveau. Muaythaïtv revient sur son début de carrière et sur ses aspirations. Palmarès de Lahcène : Médaillé de bronze au championnat du monde amateur 96 à Bangkok, champion de France A 97.
Muaythaitv : Comment as-tu commencé le Muaythaï ?
Lachène Brigui : C’est par hasard que je suis tombé sur ce sport il y a 15 ans car à la base j’avais de gros à priori sur ce sport. Et c’est un ami (Claude Mendy) qui m’a dit de m’inscrire car à l’époque j’avais du poids à perdre donc j’ai ouvert la porte du Derek Boxing à la Courneuve. C’est là que tout a commencé et malgré mes à priori je me suis entraîné dur et au bout d’un mois et demi, mes entraîneurs (les frères Desjardins et Léon Mendy) ont vu les progrès que j’avais fait et m’ont proposé de boxer. Après un temps de réflexion, je me suis dit que la seule façon de répondre aux questions que je me posais et à mon scepticisme c’était de boxer. Et j’ai fait mon premier combat qui a été un coup de foudre. En boxant j’ai éprouvé un mélange de sensations (l’adrénaline, la peur, la joie) qui m’a fait ressentir quelque chose que je n’avais jamais éprouvé ailleurs ni au football, ni avec des amis…
C’est à ce moment que j’ai compris pourquoi les boxeurs montaient sur le ring. Pour comprendre les choses il faut les vivre.
Je conseille à tous ceux qui ne connaissent pas le Muay de mettre un short, et à côté de ça il ya toutes les valeurs, le sérieux, l’hygiène de vie. C’est comme dans la vie, pour être un champion il faut être sérieux. N’importe qui ne devient pas champion, il faut être rigoureux, respecter les gens et le matériel. Ce qui est magique dans la boxe thaïlandaise c’est qu’on est seul sur le ring et on ne peut pas remettre la faute sur quelqu’un d’autre. Si tu fais un beau combat c’est qu’il y a eu des gens pour te préparer derrière mais si t’as « merdé » tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. Voilà comment j’ai commencé la boxe et pourquoi j’ai continué.
Tu es toujours au même club ?
Je m’entraîne au Derek mais je suis plus ou moins indépendant. Je boxe quand j’ai des propositions.
Comment t’entraînes-tu ?
J’essaye d’avoir l’entraînement le plus complet possible : je me lève pour courir, le soir je fais de la corde, du pao, du sparring etc…Pour ne pas avoir de mauvaise surprise lors d’un combat.
J‘ai lu une remarque d’Alex N’Gom sur son gala de Massy où je devais boxer mais nous ne nous sommes pas entendu sur la bourse. Ce qu’il a dit n’est pas totalement faux sur le non sérieux des boxeurs, mais j’aimerais profiter de l’occasion pour parler du non sérieux de certains promoteurs : il faut que les promoteurs respectent les boxeurs. Je me suis un peu senti visé par sa remarque alors que je suis allé me préparer en Thaïlande, j’ai dépensé des sous. Et ça, Alex qui a été un ancien boxeur doit le savoir. Si on met bout à bout les dépenses pour les pommades, les scanners cela commence à faire de l’argent et j’ai l’impression qu’ils oublient tout ça. La France était un des pays précurseurs du Muay et j’ai l’impression qu’on va en régressant. On a été dépassé par l’Italie où de supers galas sont organisés. Je vais parler crûment mais pour faire de beaux galas, il faut mettre l’argent sinon on fait des petits galas mais après on ne se plaint pas. Alex est quelqu’un que j’estime et que j’apprécie mais il y a un minimum financier à respecter Je devais boxer en Angleterre mais comme c’était une semaine avant le gala d’Alex j’ai dit non, puis on m’a proposé Thiais que j’ai refusé.
Dans quel camp es-tu allé en Thaïlande ?Je suis allé dans un camp très sérieux de Phuket : le Sweet Gym. En général Phuket a la réputation de camp touristique alors que ce n’estpas forcément vrai. Le Sweet Gym est un camp sérieux, avec des champions qui vont combattre à Bangkok…On m’avait même proposé de boxer là-bas mais malheureusement cela tombait sur ma date de retour. C’est la première fois que je vais dans ce camp qui m’a été conseillé par un pote thaïlandais.
Actuellement quel est ton meilleur souvenir sur le ring ?
C’était à Japy en classe B. Juste avant ce combat, j’avais eu une infection pulmonaire et je suis resté cloué au lit à l’hôpital pendant 2 semaines et je combattais une dizaine de jours après. A la fin du premier round, je n’avais plus de souffle et j’ai fini au moral puisque j’ai perdu aux points. C’était contre Sabek et j’ai beaucoup appris de cette défaite.
Je boxe pour le plaisir, prendre des sensations, gagner ou perdre n’est pas vraiment important. L’important c’est de te faire plaisir et de le transmettre aux spectateurs qui viennent assister à un spectacle. La victoire est un plus. Quand on descend du ring, il faut être satisfait, avoir donné le meilleur de soi, avoir dépassé ses limites car c’est ça le principal.
Et ton plus mauvais souvenir ?
C’est quand j’ai boxé Ali Oubali. J’étais en Thaïlande avec mes potes TOTOFF, Kamel MAYOUF, Karim SAADA qui participaient au championnat du monde amateur. Et j’avais vu Ali combattre, il avait une boxe assez chiffon, brouillon. Et j’ai fait une erreur que je n’ai plus jamais refaite : je l’ai sous-estimé, je me suis peu entraîné. J’ai perdu le combat et c’était bien fait pour moi. Cela m’a servi de leçon.
As-tu vu des évolutions de la discipline depuis tes débuts ?
Le système de la FFMDA pour la sécurité du boxeur est bien : lescertificats médicaux, les électro-encéphalogramme. C’est un plus pour le boxeur et la fédération, c’est beaucoup plus sérieux maintenant. Je me souviens d’une soirée à Saint-Ouen où une dizaine de combats étaient prévus et en fin de compte il n’y a eu que SARBOWSKI, DUARTE et moi qui avons boxé car on avait nos papiers médicaux.
Professionnellement que fais-tu ?Pendant 3 ans et demi j’ai monté des décors d'émissions télé (Questions pour un champion…) puis j’ai pris une année sabbatique pour me consacrer au Muay : partir en Thaïlande, ressentir de nouveau l’atmosphère des camps là-bas. Et là, je vais retourner doucement à mon job.
Y a-t-il un boxeur que tu aimerais rencontrer de nouveau ou que tu as souvent rencontré ?
En tant que boxeur, j’ai toujours offert une revanche à ceux quej’avais battu donc j’aimerais bien reboxer Bibi. Y’a plein de boxeurs contre qui ça me ferait plaisir de boxer car je pense que cela ferait de belles oppositions en dans les catégories de -61 ou -63 kgs. Il y a Jamel YACOUBEN, Pascal BENMATI, Mounir BOUTI. Mais après avoir refait 3-4 combats, j’aimerais affronter Kamel DJEMEL car c’est quelqu’un que je respecte beaucoup, que j’estime beaucoup. Pour moi c’est un grand champion et je voudrais le boxer pour savoir où j’en suis.
Quels sont tes objectifs sportifs ?
Boxer ceux que je n’ai pas boxer et prendre des ceintures avec de la qualité. J’insiste bien là-dessus car il y a des boxeurs qui ont des ceintures mais qui à mes yeux ne valent rien. Il faut prendre les titres avec de la qualité que cela soit le titre de champion de France, d’Europe ou du monde. Voilà ce qui me ferait plaisir.
Quels sont pour toi les meilleurs Nak Muay français et internationaux ?
Indéniablement Farid VILLAUME, Addul TOURÉ, Karim BEZZOUH, TOTOF, Karim SAADA, Kamel DJEMEL.
Au niveau international ça reste les Thaïlandais, ils seraient trop nombreux à énumérer.
Aurais-tu un mot pour nos internautes ?
Si vous aimez le Muay, mettez un short et franchissez la porte d’une salle d’entraînement et vous allez en tirer toutes les valeurs de ce sport. Et si vous le pouvez, montez sur le ring et vous serez de quoi on parle réellement. Pour finir, pour vraiment comprendre les choses ils faut les vivre donc vivez-les pour les comprendre. Sinon venez voir mon site : http://www.lahcene.com
Merci Lahcène et a bientôt sur les rings.
Propos recueillis par Vincent Dao





















