MILLENIUM TEAM FIGHT J-1
Entretien avec Kamel JEMEL
Après Mickael PISCITELLO c'est au tour du Réunionnais de coeur Kamel JEMEL de se confier sur sa longue carrière de boxeur et celle (qu'on lui souhaite toute aussi réussie) d'entraîneur.
Il affrontera pour la ceinture WBC des -63,5 le thaïlandais Aranchai KIATPATARAPAN.
MUAYTHAITV : Bonsoir Kamel, est-ce que tu peux nous résumer ton année 2012-2013 ?
Kamel JEMEL : Et bien c'est simple, l'année 2012-2013, en événements sportifs, n' a pas été très chargée. Mon dernier combat était il y a un an, ici même à la Réunion, contre un thaïlandais que j'ai battu par KO au deuxième ou au troisième round, je ne sais plus. Et après je me suis consacré à mon club, le Team Kamel Jemel à Rosny sous Bois. On s'est consacrés à préparer les élèves et beaucoup d'événements de Mehdi ZATOUT, qu'on a accompagné à l'entraînement et sur le ring. Donc l'année 2013 a été assez calme pour moi, sportivement, d'un point de vue personnel mais après ça a été pour le coup un engagement à travers le club, de faire démarrer ce club, et de le faire vivre. Là, la deuxième saison s'annonce pétillante en événements parce qu'on a quand même beaucoup de petits boxeurs qui vont éclore. Et j'avais fait le choix de ne pas les mettre en compétition cette année, la première année, de les laisser s'exprimer, de créer une vraie cohésion de groupe à la salle. Et après de là… je pense que ça commence à prendre.
C'était la première année du club ?
C'était la première année oui. On a inauguré le club l'année dernière.
Comment as-tu préparé ce combat ?
Je l'ai préparé d'une manière identique à tous mes autres combats, c'est-à-dire par une grosse préparation en cardio. Je me suis vraiment axé sur le cardio parce que c'est vrai qu'à mon âge, je l'avoue, aujourd'hui à 39 ans, de revenir sur cet événement et d'avoir l'opportunité de faire ce titre là, c'est la cerise sur le gâteau d'une longue carrière qui remonte à 26 ans. Ce qui est important pour moi, au delà de la victoire, c'est surtout de bien figurer, de montrer qu'à notre âge (avec tout le sérieux que j'ai pu mettre dans cette préparation, avec un entraînement rigoureux, une récupération sérieuse et un bon sommeil) on peut encore continuer à faire de la boxe thaï à 39 ans, à 35, à 40 ans … Bon après il y a bien sûr la raison qui l'emporte : il faut savoir aussi à un moment arrêter, raccrocher et puis se retirer, mais c'est un choix assez difficile. Pas que dans la boxe, pour beaucoup de sportifs dans différents sports, et pour moi c'est assez difficile de me dire que je vais arrêter de me préparer pour un événement, pour une date butoir. C'est un peu ce qui nous motive nous. C'est à dire qu'on sait qu'on va se préparer pendant quatre-cinq semaines, à raison de trois voire quatre heures par jour… On le fait pour un objectif, ici c'est la date de demain, qui va être l'apothéose d'une préparation, la fin… Après, d'arrêter la compétition et de s'entraîner pour moi je le ferai toujours de toute manière. Et là la différence c'est que quand je vais aller m'entraîner j'irai m'occuper des petits de la salle, de Mehdi ZATOUT et de tout ceux qui sont derrière : il y a Mohamed KARICHE, Ali BOUKRA, et plein d'autres jeunes qui font que la relève est assurée et que j'attends avec impatience cette reconversion.
Et pour ce qui est de gérer le premier combat qui est celui du poids ?
On connait notre morphologie, nos habitudes alimentaires, on sait les modifier quand il faut. Bon c'est vrai que dans nos familles, si tu viens manger à la maison chez ma mère par exemple, c'est couscous, pâtes avec sauce, pain, etc… On est pas dans le dosage des aliments. Mais professionnellement on sait être carrés à ce niveau là. Mehdi sait quatre à cinq semaines à l'avance qu'il doit faire attention à son alimentation, c'est une chose que je lui transmets : dès l'âge de 17 ans je faisais attention à ce que je mangeais pour mes engagements dans les championnats de France par exemple, je faisais gaffe à ne pas dépasser tel ou tel poids. Limiter le pain, les boissons gazeuses, tout ça… c'est devenu peu à peu une hygiène de vie. Tu te sens beaucoup mieux quand tu retires toutes ces choses superflues. Mais de temps en temps on se lâche un peu comme ce soir après la pesée. Mais ça en reste là, étant donné qu'on a régulièrement des échéances de combat, on en vient à avoir une bonne hygiène de vie. C'est un des bienfaits de ce sport. Et ça on le transmet, la dernière fois on a eu un petit qui arrivait à la salle avec une canette de Coca, il a eu droit à un petit sermon et on lui a expliqué que boire ce genre de boissons c'était mauvais, même avant un entraînement, et surtout le soir.
Tu peux nous parler un peu de ton parcours ?
Ah ça remonte loin tout ça, c'était il y a 26 ans, j'avais 13 ans. J'ai fait le parcours habituel, classe C, classe B, etc. Pour un thaïlandais c'est relativement tard mais pour nous à l'époque c'était quand même assez tôt. Surtout qu'à la fin des années 80, faire de la boxe à 13 ans c'était un peu particulier : c'était la boxe thaï de l'époque, où on avait pas les protections, où c'était un peu à la dure. Aujourd'hui c'est plus structuré, les enfants sont plus protégés et à la bonne heure parce que c'est quand même important de se préserver. Et puis en cours de route j'ai fais un saut en boxe anglaise où j'ai pu faire 9 combats professionnels, notamment avec les frères ACARIES. Et puis j'ai eu ma grande période CANAL +, j'étais avec Sami KEBCHI. Et puis j'ai toujours suivi mon petit bonhomme de chemin, indépendant, nomade. J'ai su rebondir, aller au contact des promoteurs, gérer moi même mes contacts, trouver des combats, et ça m'a amené à 160 combats.
Quand même !
Bon pour un thaïlandais ça fait pas beaucoup mais pour un français c'est pas mal. Après aujourd'hui certains arrivent à ces chiffres là, ils peuvent boxer plus régulièrement, parfois enchaîner deux trois combats dans le mois, ce qui est bien quand on est en forme mais ce qui peut être dommageable quand on a des petites blessures et qu'on a pas un temps de récupération suffisant. Mais tant mieux ça fait plus de combats pour les spectateurs, et les combattants sont plus entraînés, mieux conditionnés. Après j'espère que ceux qui enchaînent les combats comme ça le font avec beaucoup de rigueur parce que c'est dangereux quand même.
Nos boxeurs on fait en sorte de ne pas les faire boxer à tout bout de champ, si il y a la moindre douleur ou une remarque dans ce sens je préfère tout arrêter et sauter un combat. D'autres préfèreront pas, et enchaîneront les combats mais il faut savoir qu'on ne sort indemne d'aucun combat. Même en gagnant par KO au premier round, on a mis le corps à contribution à fond la caisse pendant quatre-cinq semaines, ça demande de la récupération. Je pense qu'il vaut mieux prendre le temps : un combat par mois, ou un combat tous les deux mois… Après chercher à faire 100 combats en trois ans ça ne m'intéresse pas, la carrière d'un boxeur est courte, on a une vie professionnelle à côté, une vie familiale, c'est celle là qu'il faut mettre en priorité.
Et ton parcours en parallèle de la boxe thaïlandaise ?
Et bien je suis employé à la ville de Rosny-sous-Bois (93) depuis 18 ans, déjà à l'époque grâce au maire Claude PERNES (paix à son âme), c'était quelqu'un de très bien qui bougeait beaucoup pour le sport et qui m'a toujours soutenu ; et je continue aujourd'hui avec le maire en place Claude CAPILLON qui jusqu'à ce soir m'envoie des messages pour me soutenir, qui m'a aussi aidé à lancer mon club, toujours à l'affût de savoir si j'ai besoin de quelque chose ou pas. Et ce soutien est très important, j'ai plein de copains boxeurs qui à l'époque ont dû faire le choix entre leur carrière de boxeur ou leur travail. Et on m'a laissé la chance de pouvoir faire ce que je veux. J'ai été cadreur pour la municipalité (RTV) et maintenant je suis photographe pour la ville, et quand j'ai un combat ils m'aménagent du temps pour que je puisse me préparer. De mon côté j'essaye de rapprocher ces deux mondes, les jeunes et les élus, de faire le lien entre les deux.
Comment ta boxe a-t-elle évolué au fil de ta carrière ?
Au départ j'étais très speed. J'ai eu beaucoup d'entraîneurs qui m'ont axé sur l'anglaise, la combinaison pieds-poings et sur la rapidité d'exécution. Quand j'étais petit je débitais énormément et après, au fil du temps, la puissance s'est installée, la maturité, et j'ai acquis ce punch qui m'a permis d'abréger pas mal les combats. Ma force c'était l'anglaise aussi, d'où ma petite parenthèse tout à l'heure sur le fait que j'ai fait des combats pro en anglaise. C'est grâce à Christian DELCOURT que j'ai pu être invité à m'y essayer, et à croiser les gants avec les Julien LORCY, Khalid RAHILOU, Brahim ASLOUM. Et aujourd'hui c'est un truc que je transmets à ceux de l'anglaise et ils progressent vite, Mehdi met les gants avec des pros en anglaise. On a un peu le même itinéraire de carrière, et lui il a compris que dominer avec les poings c'est très important et qu'allier ça avec les jambes ça peut t'aider à abréger un combat et être une manière de se préserver aussi.
Enfin je voudrais juste ajouter par rapport à cette compétition-ci que je suis content de voir aujourd'hui que notre collaboration avec Daniel EMMA a porter ses fruits. Quand il est venu me voir pour l'aider à organiser un gala digne de ce nom ici à la Réunion, j'ai dis oui dans la mesure où je pouvais l'aider par mes connaissances en France et en Thaïlande, tissées au fil des années sur les rings. Et je suis content d'être à l'origine de ça, en espérant que demain le gala répondra aux attentes de tout le monde. Nous sommes préparés comme il faut, il n'y a que des boxeurs de grande valeur qu'ils soient thaïlandais ou français et je pense que ça va donner un cocktail explosif !
Et je voulais aussi remercier le travail fait par muaythaitv pour nous informer sur ce que font les boxeurs dans leur vie, en dehors de leur actualité de galas et de combats. C'est super intéressant. A part sur muaythaitv on avait pas trop accès à ça nous. Donc merci à Thibaut, à Julien et compagnie.
























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