Dek Schlam, un Nak Muay made in Thaïlande
Par Vincent Dao le lundi 28 février 2005
Antoine Pinto est un Nak Muay français de 14 ans qui vit en Thaïlande. Surnommé Dek Schlam (petit requin car il mange ses adversaires lors de son Wai Khru) il boxe en professionnel dans la catégorie des moins de 49 kg. Nous vous proposons de découvrir ce garçon connu là-bas mais méconnu en Europe.Muaythaïtv : Comment as-tu commencé le Muaythaï ? Et pourquoi être parti en Thaïlande dès l’année 2000 ?
Antoine Pinto (Dek Schlam) : En 2000, mon père Serge Pinto (Mister Sink en Thaïlande) était le seul farranc (non thaï) à combattre dans le sud de la Thaïlande en professionnel pendant longtemps et la famille le suivait. En 2002 il fait son dernier combat et bat le double champion Thaïlandais Sangwainchai. Papa nous explique à moi et à mon petit frère que ce sport est très dur, très dangereux et que ce combat est pour nous la preuve de choisir une autre voie. Malheureusement, nous ne l'avons pas écouté et nous avons voulu continuer nous aussi. Mais il n'était pas possible de continuer à apprendre et à combattre en étant en France, car le Muay Thaï c'est en Thaïlande que cela se pratique. Tout le monde a choisi de rester ici et mon papa s'occupe de l'école traditionnelle de Bangsaphan. Aussi, en France on ne peut pas combattre sans protections ni même en pro avant sa majorité et si on commence trop tard c'est impossible d'être au niveau des Thaïs.
As-tu suivi des entraînements en France ?
J'ai été dans plusieurs clubs en France pour m'entraîner et on me regardait comme une bête curieuse. Il n'y avait pas de Thaïlandais et les gens étaient là soit pour faire de la gym ou pour se défouler. Ce n'est pas ça le muay thaï. Je n'ai pas du tout aimé.
Si oui, quelles différences notes-tu entre l’entraînement en France et en Thaïlande ?
Les entraîneurs que j'ai vu ne parlent pas Thaï ou sont seulement venu à Bangkok pour faire des stages, ils inventent des choses qui n'existent pas, ils n'ont jamais fait de combats en Thaïlande et ne connaissent même pas la culture thaïe. Pour moi c'était très dur d'écouter les conseils de quelqu'un qui n'y connaît rien et qui ne respecte pas la tradition. Il faut comprendre ce que c'est que d'avoir mal et de ne rien dire. En France les gens veulent se protéger et ne sont pas endurants au mal, alors il ne leur sera jamais possible d'être un champion en Thaïlande. Aussi, ici j'ai tous mes copains. Tous les combattants se respectent (gagnants ou perdants) en France on me prend pour un objet de cirque et je n'aime pas ça.
As-tu eu des craintes lors de ton premier combat ? Si oui, lesquelles ?Je n'ai jamais eu vraiment peur car on est très bien préparés et si ce n'est pas le cas les entraîneurs et les promoteurs refusent les combats. Malgré tout il y a toujours une crainte car ici cela fait très mal et on sait ce que l'autre est capable de faire. Le mental et le moral se travaillent tous les jours et quand on gagne c'est un jour magnifique. Si on perd, on sait que c'est de notre faute ou que l'on n’a pas écouté les conseils de l'entraîneur. On ne peut s'en prendre qu'a soit même, ce n'est jamais de la faute de l'autre. Aussi, on combat pour l'école, l'entraîneur, la famille, pour Bouddha et on doit se comporter du mieux possible par respect pour eux. En fait, c'est surtout ma maman qui a très peur, mais elle accepte ma passion. Sinon il y a des choses difficiles à comprendre, comme boxer contre Nong Mai, le mettre KO, lui casser la machoire (ce combat s’est déroulé le 4 novembre 2004, voir photos) et le 27 février 2005 il redemande à combattre contre moi. C'est difficile de le comprendre car on ne sait pas ce qu'il a dans la tête, alors pour cela et pour éviter la peur, il faut mettre les bouchées doubles et le battre une fois de plus.
Comment se passe ta vie en Thaïlande ? Peux-tu nous décrire une de tes journée type ?
Le matin on se lève à 5h30 et on part courir 12 Kms pour la condition physique, ensuite on se lave et on mange. A 7h30, on part pour l'école jusqu'à 16h00 et on court encore 10 Kms avant l'entraînement du soir qui dure 3 à 4 heures. On mange et on se couche tôt. C'est tous les jours comme ça sans s'arrêter. Il ne faut pas stopper car sinon c'est trop dur de revenir au niveau. C'est un plaisir et pas une punition. On est avec tous ses copains et l'on vit avec les autres. Ici, tout le monde fait comme ça. Chez nous l'école est obligatoire. Si un boxeur ne va pas à l'école, il ne peut pas continuer à boxer dans le camp car après il faut de l'instruction pour avoir un métier. Car la boxe s'arrête jeune ici.
Qu’apprécies-tu là-bas ?
C'est le pays du sourire et les gens sont tous gentils. Il n'y a pas de différence entre pauvres et riches. A l'école tout le monde est habillé pareil. C'est pareil pour la boxe et dans la vie de tous les jours. J’aime aussi le fait qu’il fait toujours beau. Quand on est un bon boxeur on est un peu un dieu vivant et c'est très agréable d'être reconnu et aimé par les autres.
Y-a-t-il des choses de France qui te manque ?
De la France il me manque mon Papé qui habite dans les Pyrénées et aussi quelques copains. Il me manque aussi de voir la neige ou de manger du fromage et du saucisson. On rentre une fois par an en vacances en France, mais très vite tout le monde a envie de repartir car les gens sont trop tristes en occident.
As-tu un plan de carrière ? Si oui lequel ?C'est très difficile d'en parler car je ne suis qu'un enfant de 14 ans. Pour le moment tout va bien car j'ai gagné tous mes combats (15) et déjà mis 6 Ko contre les meilleurs Thaïs de ma catégorie en 49 kg. Mon problème est que je suis grand pour mon âge par rapport aux Thaïlandais et que je combat aujourd'hui contre des Thaïs qui ont 10 ans de plus que moi et avec plus de 100 combats derrière eux. Ce n'est pas facile de gérer pour moi et pour mes promoteurs. Ils veulent que je boxe à Bangkok et pour la télévision UBC mais je crois qu'il faut attendre encore un peu (comme dit papa). Il me manque un peu d'expérience malgré les bons résultats. Ensuite je serai trop grand et trop lourd pour les Thaïs et à ce moment là je pourrai aider les autres (ce qu'ils font pour moi aujourd'hui) ou peut être venir en France pour expliquer comment on s'entraîne en Thaïlande et qu'il faut respecter la culture thaïe. Continuer à aller à l'école pour ensuite avoir une porte de sortie au cas où ça s'arrête pour la boxe, mais j'aimerais bien combattre pour l'anniversaire du Roi le 5 décembre et cela serait ma plus grande joie d'être le seul enfant occidental à faire ça. Ce qui est bien, c'est que c'est moi qui choisi et pas les autres. Comme je parle couramment Thaï et aussi Anglais j'aimerais bien travailler dans le sport pour la télévision thaïe et pouvoir expliquer aux étrangers ce qu'est vraiment la Thaïlande et le Muay Thaï.
As-tu une chose à ajouter ?
Oui j’aimerais dire aux jeunes qui liront cette interview, que tout est possible si on y croit vraiment et qu’on s’entraîne dur.
Le 27 février, Dek Schlam a de nouveau battu Nong Nong Mai le champion Thailandais de HuaHin qui boxe au Lumpinee et au Grand Sport Arena. Le combat n’a duré que 38 secondes : deux Tei Khaa (low kick), un Tei Khan Kro (high kick) suivit d’une série de poings qui trouve la faille pour un coup de genou puissant qui envoit Nong Mai au tapis pour le compte. Dek Schlam (Antoine Pinto) devient le seul prétendant au titre professionnel thaïlandais en 49 kg. Il boxera bientôt à Nakhon Patong Stadium sur UBC tv.
Propos recueillis par Vincent Dao





















