Amadou BA
MUAY THAI BONNEUIL
Par Gregory Declercq le vendredi 04 mai 2007
Lors de notre visite au club « Muay Thaï Bonneuil », après avoir recueilli les propos de Nordine MAHMOUDI, nous nous sommes intéressés de plus près à quelques compétiteurs de haut niveau présents dans la salle ce soir-là, dont notamment le champion Amadou BA, un Nak Muay humble et attachant.Muaythaitv.com : Bonjour Amadou, peux-tu te présenter en quelques mots et rappeler notamment ton palmarès actuel ?
Amadou BA : Bonjour, je m’appelle Amadou BA, j’ai 27 ans.
Mon palmarès est de 30 combats, pour 27 victoires et 3 défaites. Je boxe entre 63,5 kg et 65 kg.
Je suis champion de France classe A 2005.
Je m’entraîne à Bonneuil, mais je combats pour le club de « Magic Créteil », que j’ai créé avec Philippe DA SILVA.
Je pratique le Muay depuis 9 ans maintenant. A côté, je travaille à la mairie de Créteil.
Muaythaitv : Est-ce difficile justement de concilier Muay Thaï au haut niveau et vie professionnelle ?
BA : Disons que la mairie de Créteil est très conciliante. Lorsque j’ai des combats, notamment à l’étranger, ils facilitent beaucoup les choses, en aménageant mon emploi du temps. J’en profite donc au passage pour les remercier grandement pour leur compréhension.
Mon premier combat, en Thaïlande
Muaythaitv : A ce jour, quel est le combat qui t’a le plus marqué, dont tu gardes le plus beau souvenir ?
BA : Je dirais tout simplement mon premier combat en classe A. D’une part parce que je l’appréhendais beaucoup, mais aussi et surtout parce qu’il s’est effectué en Thaïlande. C’est très marquant. Je me souviens avoir gagné par KO au premier round. Je m’étais préparé dans un camp, en compagnie de Farid VILLAUME et Karim SAADA, c’était une ou deux semaines avant le championnat du monde de Farid face à ORONO.
En plus mon combat était passé sur ITV en direct. C’était vraiment un beau souvenir.
Un événement tragique
Muaythaitv : Et as-tu inversement un moment que tu souhaiterais n’avoir jamais vécu ?
BA : Oui, mon plus mauvais souvenir, c’était un mois avant ma finale du championnat de France en 2002, j’ai eu un grave accident de moto. A priori la boxe aurait du s’arrêter la pour moi. Les médecins ne pensaient pas que je pourrais refaire du sport un jour. J’ai eu beaucoup de chance de m’en tirer indemne, j’aurais du être amputé. Pour tout dire j’ai même failli y rester, je suis passé en réanimation.
Un an et demi après, j’étais de nouveau sur le ring, mais la reprise a été vraiment très dure. Je me blessais souvent, mon corps s’était fragilisé, il a fallu tout recommencer à zéro.
En 2004 tout de même j’ai réussi à atteindre la finale du championnat de France, que j’ai perdue contre PASTOR. Mais pour moi ce jour-là c’était un peu comme une victoire !
C’est vrai que jusqu’à mes trois ou quatre derniers combats, cela a été très dur.
Muaythaitv : Et qu’est ce qui t’a aidé selon toi à revenir de la sorte, après un tel événement ?
BA : Je dirais que ce qui m’a aidé d’abord pour la guérison, c’est la famille, les amis…et la foi en Dieu.
Le Muay m’a aussi évidemment beaucoup aidé. J’avais la volonté de revenir, de reprendre l’entraînement. Les copains à la salle aussi m’ont bien soutenu. S’il n’y avait pas eu le Muay dans ma vie, je pense que je n’aurais pas récupéré aussi bien physiquement.
Je tiens aussi à dire que j’ai été très bien suivi par des kinésithérapeutes à Créteil, qui s’occupent notamment de l’équipe de Football et de Handball, et j’ai eu la chance d’être opéré par l’un des meilleurs chirurgiens. Après cela, j’ai effectué trois combats, puis j’ai de nouveau du être opéré car j’avais des vis et des broches dans le corps, au niveau des hanches et des jambes. J’ai du ensuite attendre trois ou quatre mois que tout cela se consolide avant de reprendre les entraînements. Cela a été véritablement très dur mentalement.
Muaythaitv : Et ce que tu as vécu t’aide-t-il mentalement pour tes combats aujourd’hui ?
BA : Sincèrement, oui.
Sur le ring, celui qui est en face peut envoyer ce qu’il veut, après le combat j’aurai peut-être mal, mais sur le coup non (rires) !
Sincèrement, c’est vrai que ce genre d’épreuves forge le mental.
Muaythaitv : Plus largement, après cela j’imagine que tu relativises beaucoup de choses dans ta vie ?
BA : Oui effectivement. Je me rends compte qu’on est peu de choses dans ce monde. On a beau être champion d’Europe ou du monde, gagner de l’argent, être célèbre ou ce qu’on veut, du jour au lendemain on peut redescendre très bas.
Heureusement la plupart des personnes de mon entourage sont des gens sur qui je peux compter, même dans les plus mauvais moments.
Muaythaitv : Pour en revenir au Muay proprement dit, veux-tu nous dire deux mots sur tes dernières confrontations aux « Nuit des super fights » 5 et 6 ?
BA : Oui, mais avant je voudrais juste revenir sur un combat que j’ai effectué à Bordeaux avant la « Nuit des super fights 5 » contre un thaïlandais, classé au Lumpini et au Radjadamnoen.
Ce combat m’a beaucoup apporté : j’ai pris conscience que j’avais de bonnes capacités, mais aussi beaucoup de défauts, et qu’en travaillant dur j’avais la possibilité de faire de bonnes choses. Cela m’a mis en confiance.
J’ai donc ensuite affronté Abdoulaye M’BAYE à la « Nuit des super fights 5 », un combattant très dur qui a boxé de grands champions comme SAADA, SAMKOR, etc.
J’appréhendais beaucoup ce combat parce que trois jours avant j’ai eu une déchirure musculaire au mollet, et j’ai du adapter ma boxe en conséquence. Au final j’ai pu faire un beau combat et avec un peu de chance, cela s’est bien passé pour moi (NDLR : BA a gagné par jet de l’éponge à la troisième reprise). Puis il y a eu mon combat contre Olivier TCHETCHE à la « Nuit des super fights 6 ». En fait on s’était déjà rencontré en 2003, c’était donc une revanche.
Ce combat a été dur et très serré. C’est un combattant que je respecte beaucoup, c’est l’un des meilleurs de la catégorie, et cette revanche me tenait à cœur. Ca a tapé très fort dès le premier round, on a voulu tous les deux s’impressionner, prendre le dessus mentalement. Je voudrais d’ailleurs en profiter pour dire deux mots sur la manière dont se termine le combat, pour ceux qui auraient des doutes : le premier compte de TCHETCHE était parfaitement légal. Il m’envoie un middle kick, je le saisis et je le pousse, il tombe dans les cordes, et lorsque les cordes le ramènent vers moi j’envoie un genou direct qu’il prend en plein visage. Après cela, je savais qu’il était touché et qu’il allait avoir du mal à revenir. Je l’ai ensuite contré à l’aide d’une droite, puis j’ai placé un coup de genou sauté. Puis sur un crochet il a été de nouveau compté, et arrêté. J’aurais préféré qu’ils arrêtent le combat avant parce que le KO était dur, et sincèrement ça m’a vraiment fait mal pour lui.
A Bonneuil, on travaille beaucoup sur le social, sur l’éducatif
Muaythaitv : Tu enseignes le Muay aux plus jeunes, n’est-ce-pas ?
BA : Oui. A Bonneuil, c’est vrai qu’on travaille beaucoup sur le social, sur l’éducatif. Pratiquement tous les champions qui sont passés par cette salle ont été formés au DIF (Diplôme d’Instructeur Fédéral) pour essayer de transmettre aux jeunes tout ce qu’on nous a appris, pour permettre de s’en sortir sur le ring et en dehors du ring. Ce qu’on nous apprend ici, c’est à être fort physiquement et mentalement sur le « petit ring », et c’est ce qui fait qu’ensuite dans le « grand ring » (NDLR : la vie) on s’attache à être des gens humbles et travailleurs.
Pour être un champion, il faut transpirer, travailler, être sérieux, respectueux, humble…autant de qualités que je pense indispensables pour être un champion. Et ces qualités, on essaie de les réutiliser dans la vie de tous les jours. Grâce au DIF, on essaie de transmettre ces valeurs aux plus jeunes. On a donc créé avec DA SILVA une section à Créteil, qui est selon nous dans la continuité de Bonneuil.
Muaythaitv : L’enseignement est-il un domaine qui te plaît ? Y vois-tu un avenir pour toi ?
BA : Oui, j’ai fait des études à l’université en STAPS pour être professeur de sport, donc c’est justement un domaine qui me passionne. J’avais du abandonner cette voie à cause de mon accident à l’époque. Cette opportunité me permet donc aujourd’hui de continuer dans ce domaine, et c’est bien plaisant. Quand on voit des jeunes qui arrivent dans la salle, un peu perdus et qui, grâce à nous, et un travail sur eux-mêmes aussi, deviennent des personnes fort respectables avec de belles valeurs, encore meilleures que nous, aussi bien sur le ring que dans la vie, cela fait rudement plaisir !
C’est le travail qui paie
Muaythaitv : Qu’est-ce que le Muay Thaï t’a apporté personnellement dans la vie ?
BA : Le Muay m’a apporté énormément : la confiance en soi, le respect d’autrui, l’humilité, et surtout la culture du travail. Cela m’a fait prendre conscience qu’on a rien sans rien. Des « champions de la salle » comme on dit, il y en a beaucoup. Des gens qui sont doués, qui ont des facilités, mais qui au final ne réussissent pas souvent parce qu’ils restent sur leurs acquis, alors que c’est le travail qui paie. Je crois que c’est ce que je retiens le plus de tout cela.
Muaythaitv : Pour terminer, as-tu d’autres passions ou centres d’intérêt dans la vie, dont tu aimerais parler ?
BA : Disons que ma vie c’est le sport en général. Je suis friand de beaucoup de sports, dont tous les sports de contact, comme le free-fight par exemple, toutes les sortes de boxe dont la boxe anglaise…finalement j’aime beaucoup les sports à adrénaline, et la compétition ! Je pense que je suis un compétiteur dans l’âme, et dès qu’il y a la possibilité de faire de la compétition, peu importe le sport : ski, snow-board, parachute, canyoning, rafting, moto-cross….je suis partant (rires) !
Muaythaitv : Bien, merci Amadou de nous avoir permis de te découvrir un peu plus, et bonne chance pour la suite.
BA : C’était avec plaisir, merci à vous.





















