Valentin THIBAUT, quand un jeune chat peureux devient un léopard des rings
Par Michel Lecorre le lundi 07 janvier 2019
Valentin THIBAUT a fait un très grand pas dans la lumière il y a quelques mois en battant Mohamed SOUANE à l'ALL STAR MUAY THAI. Ce garçon qui est la gentillesse incarnée n'en est pas moins un redoutable guerriers sur les rings. Pensionnaire du Max Sport Gym à Bangkok, il s'est souvent fait remarquer au MAX MUAY THAI. Avec sa notoriété naissante, on pourrait le voir peut-être plus souvent boxer en France... En attendant, voici son portrait.
Valentin THIBAUT est aujourd’hui âgé de 25 ans. Il est arrivé très jeune au Phénix 13 à Paris pour s’entraîner, à l’âge de 10 ans. Bien qu’il soit issu d’une famille illustre du muay thaï, il n’a pas brillé tout de suite au club. Très discret et timide, il passait même inaperçu entre les jeunes espoirs du moment qu’étaient les frères DEFRETIN ou Vatsana SEDONE par exemple. Valentin perdait souvent ses assauts.
La personnalité de Valentin THIBAUT est celle d’un garçon calme. A l’école, on ne l’entendait pas, il ne cherchait en rien la bagarre, il les fuyait même. Valentin est paisible. Ce qui est remarquable, c’est qu’en devenant aujourd’hui ce sportif de haut niveau, il n’a pas perdu sa naturelle bienveillance envers les autres. Et pour cause…
Il y a cinq ans, avant qu’il ne parte en Thaïlande s’entraîner, on percevait déjà son évolution, c’est-à-dire qu’il était pleinement capable de monter sur un ring. Malgré ses qualités, on ne le sentait pas assez "méchant" face à des styles "rouleau compresseur". Mais il possède deux atouts rares : la persévérance et la faculté de boxer avec intelligence avant tout. Pour lui, ce n’est pas un défaut, il a l’art de transformer ses faiblesses en qualités, voire en précieuses alliées.
Mon père fait tout pour que je réussisse mes rêves. J’ai beaucoup de chance de l’avoir à mes côtés. Je me dois de réussir, pour lui.
Ce qui a été déterminant, c’est son départ en Thaïlande et son rapprochement avec son père, Adam alias "Dédé". Dédé est un Thaïlandais qui a longtemps vécu en France, à Paris. Il a été, avec Roger PASCHY, l’un des premiers maîtres à venir former des nak muay en France, dont le grand Farid VILLAUME, cela dès le milieu des années 1980. Depuis le début des années 2000, Dédé est retourné vivre près de Bangkok où il a ouvert un camp d’entraînement, le Max Sport Gym. C’est aussi le frère de Valentin, Désiré (alias "Dédé" lui aussi !) qui a su révéler le talent de Jimmy VIENOT, qu'il coache depuis le début.
Valentin a été logé à la même enseigne que les autres nak muay. Puisqu’il voulait boxer, décrocher des victoires, il devait s’astreindre aux règles du camp. Régularité, investissement et pas de sortie le soir… ou c’est la porte ! Au Max Sport Gym, c’est une règle intransgressible, que l’on soit champion de France, Thaïlandais, ou simple débutant, on doit s’y tenir. Dans ce club, à partir du moment où un nak muay s’investit, il est pris en charge, soutenu, et progresse comme il ne l’aurait pas lui-même imaginé.
Mon voyage en Thaïlande, connaitre du monde, ça m’a fait du bien. Je ne me faisais pas confiance.
Valentin nous confie : "Au Max Sport Gym, on s’adapte à chaque boxeur, à leur style, à leur corpulence, on développe au maximum leurs points forts. C’est un esprit fimeu. Mon père est un génie de la boxe, du muay. Il m’a aidé sur beaucoup de choses. Il a su tout rectifier chez moi : dans ma boxe et surtout mentalement. Il m’a appris à devenir dur, à ne pas appréhender les coups, il m’a donné confiance en moi. Je ne suis pas un surdoué de la boxe. Il y a des personnes qui apprennent une technique très rapidement. Pour moi, il a fallu des mois, même des années. A ce jour, je continue à travailler, je reste humble tout en gardant ma volonté d’aller plus haut."
Lorsqu’il passe par Paris et revient au Phénix 13, mettre les gants avec Valentin est un moment qu’on n’oublie pas. On sort du sparing debout et sans réelles blessures, mais on est lessivé. Il est observateur, il repère toutes les ouvertures. Il profite un maximum de son allonge, sa garde est devenue hermétique. On casse la distance, on cherche à lui casser ses grandes jambes. Il est aussi très bon, voire excellent en corps à corps, il pique et fait mal. Tandis qu’avec d’autres partenaires de sparing plus aguerris, qui lui révèlent ses failles, il va jusqu’au bout, même quand c’est dur. Valentin est humble, il veut toujours apprendre.
La grande intelligence du Max Sport Gym est de ne pas chercher à façonner, mais à révéler un nak muay.
Mon père m’apporte un repère, il me montre le chemin pour réussir.
Valentin : "Mon père c’est un "bonhomme". Il a une parole. Il est droit, mais il a surtout un grand cœur. Cela avec tous les nak muay qui viennent vers lui. La condition est de s’investir. Pour la boxe, c’est un expert, il aime la boxe. Il connaît tout dans la boxe. Par exemple, sa façon de vous expliquer les détails de chaque mouvement, sa patience, sa détermination en font un entraîneur exceptionnel. J’ai beaucoup de chance d’être son fils, et je le respecte infiniment. Mais surtout, il sait accueillir chacun qui vient vers lui, tel qu’il est, peu importe votre niveau de départ, mais la condition : C’est d’en vouloir et d’avoir du temps !"
Il comptabilise aujourd'hui plus d'une vingtaine de combats au Max Muay Thai, pour un grand nombre de victoires par KO. Certains pensaient : "C’est le fils de Dédé, alors… on lui offre des fights au Max". Et bien non, sa présence n’était en rien usurpée. D’abord, parce qu’il va jusqu’au bout de ses combats, et revient sur le ring encore plus fort.
En mai 2017, il perd lors du tournoi Max Muay Thai qualifiactif pour le grand tournoi Gold Belt. Mais coup du sort ! Suite à un forfait, on le repêche. Il bat Fabrice DELANNON en demi-finale puis affronte en finale MAHASAN Poptheeratham, contre qui il avait fait match nul le mois précédent. Valentin y va ! Durant cette opposition, il mène un combat de fou, il se protège, il avance, il donne un nombre incalculable de coups de coude, il est dur, une boxe magnifique. Il n’a pas peur du corps à corps dans lequel MAHASAN cherche à l’amener, au contraire, il prend le dessus. Une magnifique victoire.
En octobre dernier, il vient en France, s’entraîne durant son séjour au Phénix 13, quotidiennement. Il combat à l'ALL STAR MUAY THAI contre Mohamed SOUANE, un nak muay de très haut niveau, un champion qui s’impose en France et à l’étranger. Lors du combat, Valentin est le premier à donner, en low kick. Il remise sur chaque attaque, ne se laisse pas enfermer dans les coins. Il encaisse les droites et les jabs durs que SOUANE lui a envoyés. Valentin boxe avec intelligence, efficacité, ses coudes et ses genoux sont redoutables, terriblement efficaces. Il remporte ce combat. Dans une interview juste à la sortie du ring, Valentin témoigne beaucoup de respect à son adversaire, qu’il admire beaucoup.
Valentin a mué, il est devenu adulte. Le jeune chat craintif est devenu un léopard agile et victorieux sur les rings. Sans conteste, il est promis à un bel avenir dans le muay thaï, et cela par le fruit de son travail, et sa volonté d’engagement dans ses combats. En plus d’être un guerrier, c’est un garçon prévenant et attentionné. Loin des polémiques, de la superficialité, il poursuit ses entraînements. C'est certain, il nous réserve encore des combats des plus magnifiques. Son secret ? Peut-être qu’il est très simple, c’est sa modestie et sa capacité à avoir gardé son regard d’enfant, sans être naïf pour autant. C’est aussi une belle histoire, vraie, celle d’une rencontre, d’une écoute, entre un père et un fils. A méditer…






















