Le Muay Boran, un art ancestral
Interview
Par Vincent Dao le vendredi 11 juin 2004
Depuis la sortie du film Ong-bak, le Muay Boran connaît un véritable essor. Ancêtre du Muaythaï, il en diverge quelque peu sur des points tels que les mouvements, la tenue…Pour vous faire découvrir cette discipline, nous avons « interviewé » Fabrice Payen (en photo), spécialiste du Muay Boran en France, qui a proposé une belle démonstration lors du gala du 29 mai à Houplines.
Présentation de Fabrice Payen
Compétiteur de Muaythaï durant 20 ans, il a été en 1988 le premier occidental classé en Thaïlande. Son palmarès est auréolé de 4 titres de champion d’Europe et d’un titre de champion du monde. Il a arrêté la compétition et recherché la philosophie du Muay en allant à la découverte du Muay Boran.Samouraitv : Depuis combien de temps pratiquez-vous le Muay Boran ? Et auprès de qui l’avez-vous appris ?
Je me suis rendu à Ayutthaya (province de l’ancienne capitale du Siam), pour retrouver l’essence du Muay Boran. Je me suis aperçu qu’à cette époque, les « Atchan » (les maîtres) ne voulaient pas divulguer leur savoir. Je suis donc allé à l’université de Thammasat, où Khru Deng (75 ans) m’enseigne la discipline depuis 1999.
D’ailleurs Olivier (assistant de Fabrice) et moi sommes les seules personnes reconnues en France, dans l’enseignement de cette discipline (Olivier en tant qu’instructeur et Fabrice en tant que professeur).
Je me suis rendu à Ayutthaya (province de l’ancienne capitale du Siam), pour retrouver l’essence du Muay Boran. Je me suis aperçu qu’à cette époque, les « Atchan » (les maîtres) ne voulaient pas divulguer leur savoir. Je suis donc allé à l’université de Thammasat, où Khru Deng (75 ans) m’enseigne la discipline depuis 1999.
D’ailleurs Olivier (assistant de Fabrice) et moi sommes les seules personnes reconnues en France, dans l’enseignement de cette discipline (Olivier en tant qu’instructeur et Fabrice en tant que professeur).
Quelles sont les origines du Muay Boran ?Son vrai nom est : Muaythaï (= boxe thaïe) Boran (ancienne) Katcha (sans gants). Il a 11 siècles et a été inventé par les Siamois qui pratiquaient le Krabi Krabang, méthode de lutte avec des armes. Mais ils étaient très faibles en corps en corps, donc ils ont transposé les coups portés avec les armes blanches sous forme de coups avec leurs membres. Par exemple : il y a un coup nommé inao tenkrit (du nom d’un couteau malais) : c’est un coup de coude remontant comme le ferait un poignard. Les Siamois, avant d’arriver en Thaïlande, ont migré dans toute l’Asie du sud-est. Ils se sont donc un peu inspirés de tous les arts martiaux (judo, kung-fu) mais en gardant l’essence propre de leur art.
L’appellation des coups est tirée du Ramayana (mythologie hindouiste), et donc inspirée des personnages de cette mythologie, tel qu’Hanuman. Chaque mouvement à ainsi une signification propre. Il existe environ 300 coups de Muay Boran.
A l’origine, les coups étaient donnés pour neutraliser ou tuer son adversaire. Les cibles étaient donc les points sensibles et vitaux du corps humains. Le Wai Khru (respect au maître et à l’école, lire notre article) fait partie intégrante de la discipline et du diplôme du professorat, il y a d’ailleurs une école de Wai Khru en Thaïlande. A la base c’était une sorte d’échauffement, puis les écoles les ont personnalisés. C’est ainsi que le Wai Khru (en photo, Fabrice exécutant le Wai Khru de l’archer) s’est développé. C’est pour cette raison qu’il a aujourd’hui une telle valeur et qu’on le retrouve aussi dans le Muaythaï.
Le Muay Boran est toujours utilisé dans l’armée. Des démonstrations de maîtres ont lieu lors des fêtes, telle que Wan Songkran (la fête de l’eau), ou de grandes manifestations sportives telles que les Championnats du monde amateur.
Quel a été l’effet d’Ong Bak sur la discipline ?
Depuis que ce film a fait fureur sur nos écrans, je reçois des e-mails de partout. On me demande «où peut on trouver des clubs de Muay Boran ? » Or pour le moment nous sommes un peu coincés mais nous allons nous développer. Par ailleurs, Ong bak est une représentation réelle de notre pratique. Tony Jaa a su garder l’essence de cette pratique, avec le respect et la culture qui y sont attachés. Les coups sont vraiment des coups de Muay Boran et portent leurs vrais noms.
Tout les gens qui ont vu le film sans connaître la discipline, croient que le Muay Boran est une nouvelle discipline et que le Muaythaï est plus ancien. Or c’est le contraire.
Même en Thaïlande Ong bak a relancé le Muay Boran. Les Thaïlandais le re-développent avec des écoles précises qui n’ont rien à voir avec celle de Muaythaï. Si je peux conseiller ceux qui veulent ouvrir un club c’est de rester dans l’éthique du Muay Boran : l’esprit, l’équipement (pas de gant mais des bandes, pas de short de Muaythaï mais un pantalon qui arrive au genou). C’est comme ça qu’on pourra gagner des adhérents qui ne venaient pas au Muaythaï car ils trouvaient ça trop dur. Ils viendront au Muay Boran pour le côté harmonieux et esthétique.
Depuis que ce film a fait fureur sur nos écrans, je reçois des e-mails de partout. On me demande «où peut on trouver des clubs de Muay Boran ? » Or pour le moment nous sommes un peu coincés mais nous allons nous développer. Par ailleurs, Ong bak est une représentation réelle de notre pratique. Tony Jaa a su garder l’essence de cette pratique, avec le respect et la culture qui y sont attachés. Les coups sont vraiment des coups de Muay Boran et portent leurs vrais noms.
Tout les gens qui ont vu le film sans connaître la discipline, croient que le Muay Boran est une nouvelle discipline et que le Muaythaï est plus ancien. Or c’est le contraire.
Même en Thaïlande Ong bak a relancé le Muay Boran. Les Thaïlandais le re-développent avec des écoles précises qui n’ont rien à voir avec celle de Muaythaï. Si je peux conseiller ceux qui veulent ouvrir un club c’est de rester dans l’éthique du Muay Boran : l’esprit, l’équipement (pas de gant mais des bandes, pas de short de Muaythaï mais un pantalon qui arrive au genou). C’est comme ça qu’on pourra gagner des adhérents qui ne venaient pas au Muaythaï car ils trouvaient ça trop dur. Ils viendront au Muay Boran pour le côté harmonieux et esthétique.
« Cette discipline marche bien auprès des filles »
Quelles différences significatives existent entre le Muaythaï et le Muay Boran ? Les vieux Thaïs appellent le Muay Boran, Muaythaï Boran car pour eux il n’y a pas de différences dans l’esprit. Beaucoup de coups sont les mêmes, sauf pour les coups dans la colonne vertébrale. N’oubliez pas que le Muay Boran est fait pour tuer (comme beaucoup d’autres Arts Martiaux à l’origine) alors que dans le Muaythaï, il y a une construction de combat.
Il y a un paradoxe puisque les deux disciplines sont les mêmes, mais pratiquées de façons différentes. Par exemple, le déplacement n’est pas le même : en Muay Boran nous avons les appuis posés alors qu’en Muaythaï nous devons être véloce, en mouvement. Le coeur est moins sollicité en Muay Boran car il n’y a pas d’enchaînements, puisqu’on vise le point pour « détruire » l’adversaire. Au niveau des coups, il y a des projections, des clés de bras, des coups dans la colonne vertébrale (voir photo). Et, il y a des « katas » qui sont l’essence de la discipline.
Donnez-vous des cours dans un club ?
Mon club se situe à Evreux, en Normandie, où j’ai 120 licenciés dont 50 en Muay Boran. D’ailleurs le 24 juillet je fais un spectacle relatant la vie de Naï Khanohm Tom (précurseur du Muay Boran). Il y a trois ans nous avions fait un test avec des filles. Cette discipline marche très bien dans le monde féminin car les filles recherchent du self défense très efficace et réaliste. Le Muay Boran est une question de rapidité et de subtilité. J’y ai aussi adapté du cardio-boxing. J’ai également deux cours masculin par semaine.
Pratiquez-vous le Krabi Krabang ?
Oui, avec les bâtons. Car dans le Krabi Krabang, il y a 9 armes telles que l’épée, la lance, la machette… Comme en Thaïlande, nous voulons l’intégrer dans nos démonstrations pour faire comprendre aux gens qu’avant le Muay Boran, il y avait le Krabi Krabang. Pour ceux qui ne connaissent pas, le Krabi Krabang c’est le maniement des armes lié à l’art martial thaïlandais. C’est un peu comme la canne d’arme en boxe française.
Mon club se situe à Evreux, en Normandie, où j’ai 120 licenciés dont 50 en Muay Boran. D’ailleurs le 24 juillet je fais un spectacle relatant la vie de Naï Khanohm Tom (précurseur du Muay Boran). Il y a trois ans nous avions fait un test avec des filles. Cette discipline marche très bien dans le monde féminin car les filles recherchent du self défense très efficace et réaliste. Le Muay Boran est une question de rapidité et de subtilité. J’y ai aussi adapté du cardio-boxing. J’ai également deux cours masculin par semaine.
Pratiquez-vous le Krabi Krabang ?
Oui, avec les bâtons. Car dans le Krabi Krabang, il y a 9 armes telles que l’épée, la lance, la machette… Comme en Thaïlande, nous voulons l’intégrer dans nos démonstrations pour faire comprendre aux gens qu’avant le Muay Boran, il y avait le Krabi Krabang. Pour ceux qui ne connaissent pas, le Krabi Krabang c’est le maniement des armes lié à l’art martial thaïlandais. C’est un peu comme la canne d’arme en boxe française.
Avez-vous déjà participé au festival des arts martiaux de Bercy ?Non, mais nous le souhaitons. Le problème est que nous sommes en Province et peu sollicités. Je lance un appel, si pour le prochain festival il y a une place pour le Muay Boran, nous sommes partant. Nous avons un programme et nous commençons à être bien rodés sur nos combinaisons.
Quels sont vos objectifs pour le Muay Boran ?
J’aimerais qu’il y ait un maximum de clubs en France. Mais comme nous voulons bien faire les choses, nous avons établis des critères avec la fédération (FFMDA) pour qu’il n’y ait pas des gens qui, demain intègrent des « coups de boule », des coups qui ne font pas partis du MuayBoran. Cette discipline a des valeurs et appartient aux Thaïlandais. Il faut que tout le monde soit sur la même longueur d’onde. Ce qui est intéressant pour nous, c’est de récupérer beaucoup de gens de divers arts martiaux. Nous voulons ouvrir des clubs pour les gens qui sont plus intéressés par le côté art martial que le côté compétitif du Muaythaï.
De plus comme les coups sont très dangereux, les compétitions sont difficilement envisageables. Pourtant, j’en ai parlé avec le DTN (directeur technique national, Hervé Bruandet), et mon souhait dans un avenir proche serait de pouvoir faire des assauts techniques de Muay Boran comme les éducatifs en Muaythaï.
Un stage national de Muay Boran est organisé du 10 au 17 juillet : lire la brève.
Propos recueillis par Vincent Dao

























