JEMEL vs Anuwat
Par Thibaut Machu le mercredi 30 septembre 2009
Kamel JEMEL devrait rencontrer le 26 mars le thaï Anuwat KAEWSAMRIT élu 2 fois meilleur boxeur Thaïlandais, multiples champion du Raja, et détenteur de la coupe du roi en 2006 (immense privilège car seulement 7 boxeurs l'ont reçu dans l'histoire de ce sport). Le combat s'annonçant palpitant, nous sommes allés à la rencontre de Kamel dans sa salle d'entrainement à Noisy le Sec (93, France).
Muaythaitv.com : Bonjour Kamel, à 34 ans tu peux aujourd'hui te féliciter d'avoir marqué de ton empreinte notre discipline, mais comment l'aventure du Muay a t-elle débuté pour toi ?
Kamel JEMEL : Bonjour à tous les internautes de Muaythaitv.com, cela fait maintenant 21 ans que j'ai commencé la boxe, j'avais 13 ans, ce sont des souvenirs assez lointains, la boxe fut un pur hasard, un concours de circonstance en fait, j'étais dans un quartier, on s'ennuyait un peu et on avait un éducateur de centre social qui s'occupait un peu des jeunes, il s'appelait Rachid BAKOUCH, j'aime bien le citer parce que c'est lui qui m'a amené à la boxe. Il a eu un jour l'idée de monter un club pour nous canaliser et nous occuper, je ne connaissais pas ce sport avant qu'il l'introduise dans ma vie.
Ce fut tout de suite une révélation malgré le fait que je n'ai jamais été sportif avant ça, j'ai tellement aimé ça que j'en ai négligé l'école, je me suis donné à fond, et cela a donné le résultat que l'on connait : 21 ans de boxe, plus de 130 combats, avec les différents titres nationaux, européen et mondiaux, j'en éprouve beaucoup de fierté, parce que c'est un beau parcours.
À travers la boxe, j'ai pu rencontrer plusieurs personnes, enrichir ma culture, j'ai voyagé autour du monde, j'ai été au Japon, en Russie, en Thaïlande, aux États-Unis, en Afrique, à la Réunion, et j'en passe... Cela m'a apporté beaucoup de connaissances, tant sur l'ouverture d'esprit que sur le monde en lui même.
En dehors du ring, la boxe a fait de moi ce que je suis aujourd'hui, sans elle j'aurais peut être suivi un chemin un peu plus périlleux, ça m'a évité pas mal d'embûches, je connais pas mal de copains qui ont suivi des voies plus compliquées et périlleuses et qui aujourd'hui sont dans des situations très compliquées. Ça m'a apporté une ouverture d'esprit très large. C'est vrai que dans les années 90 dans les cités de banlieue telle que Rosny sous Bois, on était plus vite attiré par la facilité que par la difficulté !
Muaythaitv : Dans notre sport, tu fais parti des plus grands champions de notre pays, estimes-tu avoir eu la reconnaissance que tu mérites ?
Je vais parler pour moi mais aussi pour tous les boxeurs, je ne pense pas qu'on ait la reconnaissance que l'on mérite, car c'est un sport dur, ou l'on souffre beaucoup. Il n'y a pas assez de reconnaissance au niveau médiatique et même au niveau bourse, et c'est dommage ! Si l'on pouvait vivre de notre passion on serait heureux !
Malheureusement 90 % des boxeurs sont obligés de travailler à côté, ils ont des obligations, jongler entre travail et entrainement intensif c'est difficile. Moi je suis un privilégié, ce n'est pas toutes les mairies qui agissent comme celle de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis, France), où j'habite, le maire et la ville me soutiennent beaucoup.
Mes collègues de RTV aussi et sans eux je n'aurais pas pu parvenir à ce niveau. Je suis entré à la mairie dès que j'ai commencé à travailler et ils ont été derrière moi dès le début de ma carrière, que ce soit avec un aménagement du temps de travail et par le biais du sponsoring.
Pour le 26 mars, par exemple on va emmener 300 à 400 jeunes à Levallois (Hauts-de-Seine, France) et ce sont des places payées par le maire et les services municipaux, il y a même des cars qui sont mis à disposition. Quand c'est possible, ils sont toujours là.
Muaythaitv : Quels ont été tes plus gros défis sportifs, et pourquoi ?
Je ne répondrais pas par rapport aux titres car pour moi c'est surtout par rapport à l'adversaire, il y a des combats que j'ai fait sans titre en jeu qui étaient des gros challenges avec des adversaires comme ATTACHAI, SOMLAK, ZIANI, le petit prince Samir MOHAMED, … le combat du 26 mars contre Anuwat KAEWSAMRIT en est un aussi !
Muaythaitv : pourquoi ?
Parce qu' Anuwat est un très bon thaïlandais, réputé pour être très dur au mal, il a été champion du Radja, élue meilleur boxeur de l'année en Thaïlande plusieurs fois, il a vraiment un style de cogneur et c'est une confrontation qui est excitante. À partir du moment où l'on rencontre des vrais boxeurs, des boxeurs qui sont forts cela devient des challenges et là s'en est un grand !
Muaythaitv : Les boxeurs qui ont été pour toi source d'inspiration ?
Le thaï SOMSONG dans les années 90, il m'a impressionné par son style de bucheron, de bagarreur, il m'a aiguillé dans ma boxe, il était excitant à chaque combat !
Parmi les boxeurs français il y en a aussi, tels que Joe PRESTIA, Richard NAM, c'est la vieille génération, mais plus jeune il y a eu Dany BILL qui a été un vrai réacteur pour nous parce qu'il a vraiment ouvert la voie en Thaïlande où il a fait de grands combats.
Muaythaitv : Avais-tu des aptitudes, des dons quand tu as commencé ?
Non, moi j'étais un gros travailleur, à l'âge de 14 ans je faisais 36kg, donc par rapport à mes copains j'étais le plus petit, le plus léger, j'avais constamment le besoin de me surpasser, je m'entrainais toujours le double du temps initialement prévu. C'est l'acharnement au travail qui m'a permis d'accéder rapidement à une bonne technique et à un haut niveau.
Muaythaitv : Te souviens-tu de tes sensations, de tes émotions lors de ton premier combat ?
Oui, je m'en souviens comme si c'était hier ! C'est le souvenir le plus fort et le plus présent dans ma tête, ce jour là c'était dans ma ville, il y avait tous mes amis, c'était la première fois que je boxais. Quand je ferme les yeux je peux encore visualiser certains moments de ce combat, 20 ans en arrière ! Alors qu'il y a des combats que j'ai effectué il y a deux, trois ans je ne m'en rappelle plus. Mais le premier est souvent fort en émotions, surtout quand il s'achève par une victoire, c'est toujours plus facile de se souvenir de la victoire que de la défaite, mais cela reste un grand souvenir. J'étais fier car il y avait toute ma cité, tous mes camarades de classe, la joie et la fierté sont les sentiments qui sont vraiment ressortis à ce moment. Avant le combat j'étais euphorique, j'étais un peu fougueux étant jeune, je ne faisais pas attention à tout çà, j'étais impatient et l'appréhension ne faisait pas partie de mon vocabulaire, contrairement à maintenant où je suis conscient des risques et du danger, je sais que les coups peuvent faire mal...
Muaythaitv : Le style Kamel JEMEL, comment se caractérise t-il ?
Comme tout le monde le dit, explosif, très rapide, une bonne faculté en anglaise que j'ai beaucoup travaillé étant plus jeune.
Muaythaitv : D'où ton surnom « Mister Dynamite » ?
(rire) Oui, c'est un journaliste, Karim BEN ISMAEL qui me l'a donné, lors de ma première interview dans un magasine de boxe. Ça n'engage que lui, je ne sais pas si je suis une dynamite mais c'est vrai que les combats partent très vite, mais je pense que c'est la peur et l'appréhension qui me font démarrer au quart de tour pour surprendre l'adversaire et finir le combat au plus vite.
Muaythaitv : Que peux-tu nous dire de tes voyages en Thaïlande, le premier remonte à quand ? Y retournes-tu souvent ?
La première fois c'était en 1991, j'avais 15 ans, j'ai découvert la Thaïlande réelle, pas le circuit des touristes mais le rythme imposé par le camp, je ne le referais pas mais c'était très instructif. J'essaye d'y retourner régulièrement, au moins une fois par an car c'est un pays où je me suis attaché et on y vit ce sport de l'intérieur, on le vit à fond. De plus c'est un pays avec de beau paysages, de la bonne nourriture, il a conquis tous les boxeurs en général.
Muaythaitv : Ton souvenir le plus amer ?
Un K.O, le seul que j'ai pris, en 2003 à Bercy contre Hassan AIT BASSOU, c'est pas le K.O en lui même qui reste un mauvais souvenir, mais c'est la manière ! J'avais gagné le combat avant la limite, l'arbitre avait arrêté la rencontre parce que j'avais mis trois fois à terre mon adversaire, puis lors de la décision il y a eu une polémique le promoteur n'était pas content car c'était le combat phare de la soirée et que c'était trop rapide, alors on a redémarré le combat, j'étais refroidi et j'ai pris un K.O !
Çela a été le trou noir, pendant une heure je ne me rappelais plus de rien, c'est un de mes pires souvenirs en tant que boxeur !
Muaythaitv : Un souvenir plus agréable ?
Mon premier titre mondial à Rotterdam (Hollande) contre Mustapha ZIANI, c'est plus le souvenir du combat que celui de la ceinture. Le combat était tellement intense, et tellement beau que cela a doublé le mérite. J'étais vraiment content, car c'était un grand combat, et en plus il y avait une ceinture à la clé. J'ai gagné sur ses terres, chez lui, c'était un de mes plus beau souvenir.
Muaythaitv : As tu déjà eu un problème de santé du à la boxe ?
Non à part de multiples petites fractures, des petits pépins au niveau des genoux, ou au pouce comme ce soir (rire). Je n'ai rien eu de bien grave, grâce à Dieu.
Muaythaitv : Qu'est ce qui fait qu'après 21 ans de carrière, tu continues encore la boxe ?
Parce qu'on me le demande tout simplement, c'est simplement ça, mais c'est aussi un peu de passion, un peu d'amour aussi pour le sport. Même si aujourd'hui, la passion est un peu en retrait, après 21 ans de boxe, avec tout ce que j'ai vécu de bon et de mauvais, ce qui me fait continuer encore c'est les grands challenges, le combat que je vais faire le 26 mars !
C'est le genre de combat qui est excitant pour moi, ce sont des choses qui me motivent pour continuer à aller à la salle.
Muaythaitv : Justement, comment prépares tu ce challenge contre Anuwat ?
Je le prépare comme tous les combats, avec deux entraînement quotidien, un le matin qui est basé sur le « cardio » et le renfort musculaire. Le matin à peu près deux heures d'entrainement, et le soir ici je travaille différents thèmes : mise de gants, paos, corps à corps.
En moyenne, c'est une dizaine d'entrainements par semaine, à raison de 3, 4 semaines avant le combat.
Muaythaitv : Que penses tu faire, une fois que tu auras raccroché les gants ?
Je travaille déjà, je suis caméraman sur une chaîne de télévision locale à Rosny sous bois, donc déjà ma reconversion est plus ou moins faite. En plus de cela, j'aimerais bien retransmettre ce que l'on m'a appris. C'est à dire ouvrir une salle de boxe, donner des cours, essayer de former des jeunes et de les mettre dans ce milieu qui m'a aidé, et qui m'a sauvé.
Muaythaitv : Comment t'est venu l'idée d'être caméraman ?
Moi, c'est simple, j'ai commencé par la photo, j'avais 17 ans lorsque je suis rentré au service communication de Rosny, et on m'a proposé directement d'apprendre à faire des photos.
À l'époque c'était encore de l'argentique, du noir et blanc, on développait nous même nos photos.
Et j'ai vraiment vécu ça avec passion, c'est vraiment un métier, tu faisais ta photo toi même, il y a pleins de paramètres etc.
De là, j'ai toujours été attiré par tout ce qui était métier de l'image, de la photo de la vidéo.
Une chaîne locale s'est montée dans la ville de rosny, maintenant « je kiffe », c'est une passion. Depuis 10 ans, je fait ce métier.
Muaythaitv : Quels conseils donnerais tu à un jeune qui souhaite avoir une belle carrière dans la boxe ?
Il faut croire en soit, être courageux et se donner les moyens. Il faut être sérieux, il ne faut pas griller les étapes, il faut se mettre à fond dans ce qu'on fait. Quand on veut, on peut.
Je n'avais pas les facultés que certains ont ici lorsque j'ai démarré la boxe.
Je vois des jeunes qui sont là depuis 3 mois qui arrivent à faire des mouvements que je n'arrivais pas à faire en 6 mois de cours. Il faut croire en soit, travailler, le travail c'est la solution dans tous les milieux.
Mehdi ZATOUT
comme mon petit frère
Muaythaitv : Que penses tu de la nouvelle génération de boxeur ?
La génération qui arrive est pas mal, elle est intéressante. Je vais nommer celui qui est comme mon petit frère dans ce milieu : Mehdi ZATOUT (voir sa fiche), à qui je souhaite une grande carrière. Je le vois faire une grande carrière.
Mais à côté de cela, il y a d'autres grands boxeurs, comme Fabio PINCA (voir sa fiche), et pleins d'autres que je ne pourrais pas citer par ce qu'ils sont nombreux. C'est vrai qu'il y a une nouvelle génération qui arrive et qui promet.
Muaythaitv : Penses tu qu'il y a eu une évolution entre la manière de boxer des anciens, et celle de cette nouvelle génération ?
Il y a une évolution, elle n'est pas toujours meilleure. À l'époque, il y avait des combats d'une grande qualité qu'on n' arrive pas à retrouver aujourd'hui.
Il y a des styles qui se mélangent, et ça ce n'est pas toujours bon pour retrouver du vrai Muay.
À l 'époque on avait deux stylistes « muaythaï » qui se rencontraient sur le ring, avec les vrais gestes techniques de la boxe thaï.
Aujourd'hui, pour 70 % des combats, c'est un « mec » du Kick qui rencontre un de la Thaï.
Un « mec » de la Boxe Française qui va faire un combat de boxe Thaï. Ou un gars fort en anglaise, qui va faire du Muaythaï.
Beaucoup de styles se mélangent, la boxe se modernise bien sûr, mais ce qu'on le voit sur le ring n'est pas toujours meilleur que ce qu'il y avait avant. Cela peut être mieux sur certains points, où les boxeurs sont plus physiques, et plus techniques mais à l'époque, il y avait un vrai style.
Muaythaitv : Que penses tu de Mehdi ZATOUT ?
C'est un fainéant ! (rire). Il est très très fort techniquement, il a connu la boxe tout petit, il a tout de suite baigné dans ce milieu. Les mouvements, il les fait aussi simplement que faire du vélo, c'est simple pour lui car il a fait quand même une quarantaine de combats en Thaïlande. C'est un jeune qui a commencé à boxer à l'âge de 10 ans en Thaïlande, c'est un très bon boxeur qui manque cependant un peu de rigueur au niveau de sa préparation.
Il le sait, je lui dis tout le temps ! C'est un boxeur prometteur s'il se remet en question sur certains paramètres de sa préparation et s'il se met des objectifs. Nous sommes tous derrière lui pour le pousser à atteindre ses objectifs.
Mehdi a les moyens, mais parfois les moyens ne suffisent pas, on peut avoir les qualités mais pas forcément la volonté. Lui, il a tous ces paramètres, mais c'est à lui de faire une bonne alchimie de tout cela pour accéder à un bon niveau.
Muaythaitv : Comment vous êtes vous rencontré ?
Dans une salle de boxe, ce n'est pas très original ! (rire) C'était à Drancy (Seine-Saint-Denis, France) où je me suis entraîné de temps en temps, il était tout petit. "De fil en aiguille" les années sont passées, il a évolué, on ne s'est pas lâché. Aujourd'hui, comme il le dit je suis un peu son manager, son coach. Mais je dirais plutôt son conseiller, j'aime bien savoir contre qui il boxe, où il boxe, dans quelles conditions. Quand il fait un combat, ou quand on lui propose un combat, j'aime bien être au courant.
La boxe, quand on est seul est un milieu pas très commode, ce n'est pas très facile quand on est livré à soit même. J'aime bien être derrière lui, et surveiller ce qui se propose pour lui, car on a tous besoin d'être encadré. Comme moi qui suis encadré par toute une équipe.
Muaythaitv : Qu'est ce qui vous lie ?
L'amitié, l'amour, qu'on a l'un pour l'autre. Quand Mehdi boxe, et que moi je suis sur le bord du ring, j'ai plus de stress que lorsque c'est moi qui suis sur le ring.
C'est un peu bizarre, autant moi quand je boxe, je sais ce que je veux faire, quand c'est lui qui est sur le ring je suis plus mal que lorsque c'est moi qui suis entre les quatre cordes.
Je vois des choses qui peuvent lui arriver comme les mauvais coups. La boxe est un sport difficile, où on n'a pas le droit à l'erreur, où la sanction on la paye "cash". Quand tu vois un ami à toi boxer, tu as toujours peur, toujours envie que ça se passe bien. C'est pour ça qu'on est très soudé, et qu'on ne se lâche pas.
Muaythaitv : Un message pour les internautes de muaythaiv ?
Je les remercie, car c'est à travers tous ces internautes que beaucoup de personnes connaissent la boxe. Leurs discours sur le forum sont très intéressants, même si quelque fois je trouve leurs remarques ou leurs critiques un peu négatives, il faut un peu de tout, du bon et du mauvais.
C'est un bon pallier pour faire connaître la boxe à tous les gens qui ne la connaissent pas.
Je leur souhaite de continuer car tous leurs messages qu'ils soient bons ou mauvais, nous stimulent et nous motivent.
Muaythaitv.com : Bonjour Kamel, à 34 ans tu peux aujourd'hui te féliciter d'avoir marqué de ton empreinte notre discipline, mais comment l'aventure du Muay a t-elle débuté pour toi ?
Kamel JEMEL : Bonjour à tous les internautes de Muaythaitv.com, cela fait maintenant 21 ans que j'ai commencé la boxe, j'avais 13 ans, ce sont des souvenirs assez lointains, la boxe fut un pur hasard, un concours de circonstance en fait, j'étais dans un quartier, on s'ennuyait un peu et on avait un éducateur de centre social qui s'occupait un peu des jeunes, il s'appelait Rachid BAKOUCH, j'aime bien le citer parce que c'est lui qui m'a amené à la boxe. Il a eu un jour l'idée de monter un club pour nous canaliser et nous occuper, je ne connaissais pas ce sport avant qu'il l'introduise dans ma vie.
Ce fut tout de suite une révélation malgré le fait que je n'ai jamais été sportif avant ça, j'ai tellement aimé ça que j'en ai négligé l'école, je me suis donné à fond, et cela a donné le résultat que l'on connait : 21 ans de boxe, plus de 130 combats, avec les différents titres nationaux, européen et mondiaux, j'en éprouve beaucoup de fierté, parce que c'est un beau parcours.
À travers la boxe, j'ai pu rencontrer plusieurs personnes, enrichir ma culture, j'ai voyagé autour du monde, j'ai été au Japon, en Russie, en Thaïlande, aux États-Unis, en Afrique, à la Réunion, et j'en passe... Cela m'a apporté beaucoup de connaissances, tant sur l'ouverture d'esprit que sur le monde en lui même.
En dehors du ring, la boxe a fait de moi ce que je suis aujourd'hui, sans elle j'aurais peut être suivi un chemin un peu plus périlleux, ça m'a évité pas mal d'embûches, je connais pas mal de copains qui ont suivi des voies plus compliquées et périlleuses et qui aujourd'hui sont dans des situations très compliquées. Ça m'a apporté une ouverture d'esprit très large. C'est vrai que dans les années 90 dans les cités de banlieue telle que Rosny sous Bois, on était plus vite attiré par la facilité que par la difficulté !
La boxe m'a évité pas mal d'embûches
Muaythaitv : Dans notre sport, tu fais parti des plus grands champions de notre pays, estimes-tu avoir eu la reconnaissance que tu mérites ?
Je vais parler pour moi mais aussi pour tous les boxeurs, je ne pense pas qu'on ait la reconnaissance que l'on mérite, car c'est un sport dur, ou l'on souffre beaucoup. Il n'y a pas assez de reconnaissance au niveau médiatique et même au niveau bourse, et c'est dommage ! Si l'on pouvait vivre de notre passion on serait heureux !
Malheureusement 90 % des boxeurs sont obligés de travailler à côté, ils ont des obligations, jongler entre travail et entrainement intensif c'est difficile. Moi je suis un privilégié, ce n'est pas toutes les mairies qui agissent comme celle de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis, France), où j'habite, le maire et la ville me soutiennent beaucoup.
Mes collègues de RTV aussi et sans eux je n'aurais pas pu parvenir à ce niveau. Je suis entré à la mairie dès que j'ai commencé à travailler et ils ont été derrière moi dès le début de ma carrière, que ce soit avec un aménagement du temps de travail et par le biais du sponsoring.
Pour le 26 mars, par exemple on va emmener 300 à 400 jeunes à Levallois (Hauts-de-Seine, France) et ce sont des places payées par le maire et les services municipaux, il y a même des cars qui sont mis à disposition. Quand c'est possible, ils sont toujours là.
Muaythaitv : Quels ont été tes plus gros défis sportifs, et pourquoi ?
Je ne répondrais pas par rapport aux titres car pour moi c'est surtout par rapport à l'adversaire, il y a des combats que j'ai fait sans titre en jeu qui étaient des gros challenges avec des adversaires comme ATTACHAI, SOMLAK, ZIANI, le petit prince Samir MOHAMED, … le combat du 26 mars contre Anuwat KAEWSAMRIT en est un aussi !
Muaythaitv : pourquoi ?
Parce qu' Anuwat est un très bon thaïlandais, réputé pour être très dur au mal, il a été champion du Radja, élue meilleur boxeur de l'année en Thaïlande plusieurs fois, il a vraiment un style de cogneur et c'est une confrontation qui est excitante. À partir du moment où l'on rencontre des vrais boxeurs, des boxeurs qui sont forts cela devient des challenges et là s'en est un grand !
Le thaï SOMSONG dans les années 90
m'a aiguillé dans ma boxe
m'a aiguillé dans ma boxe
Muaythaitv : Les boxeurs qui ont été pour toi source d'inspiration ? Le thaï SOMSONG dans les années 90, il m'a impressionné par son style de bucheron, de bagarreur, il m'a aiguillé dans ma boxe, il était excitant à chaque combat !
Parmi les boxeurs français il y en a aussi, tels que Joe PRESTIA, Richard NAM, c'est la vieille génération, mais plus jeune il y a eu Dany BILL qui a été un vrai réacteur pour nous parce qu'il a vraiment ouvert la voie en Thaïlande où il a fait de grands combats.
Muaythaitv : Avais-tu des aptitudes, des dons quand tu as commencé ?
Non, moi j'étais un gros travailleur, à l'âge de 14 ans je faisais 36kg, donc par rapport à mes copains j'étais le plus petit, le plus léger, j'avais constamment le besoin de me surpasser, je m'entrainais toujours le double du temps initialement prévu. C'est l'acharnement au travail qui m'a permis d'accéder rapidement à une bonne technique et à un haut niveau.
Muaythaitv : Te souviens-tu de tes sensations, de tes émotions lors de ton premier combat ?
Oui, je m'en souviens comme si c'était hier ! C'est le souvenir le plus fort et le plus présent dans ma tête, ce jour là c'était dans ma ville, il y avait tous mes amis, c'était la première fois que je boxais. Quand je ferme les yeux je peux encore visualiser certains moments de ce combat, 20 ans en arrière ! Alors qu'il y a des combats que j'ai effectué il y a deux, trois ans je ne m'en rappelle plus. Mais le premier est souvent fort en émotions, surtout quand il s'achève par une victoire, c'est toujours plus facile de se souvenir de la victoire que de la défaite, mais cela reste un grand souvenir. J'étais fier car il y avait toute ma cité, tous mes camarades de classe, la joie et la fierté sont les sentiments qui sont vraiment ressortis à ce moment. Avant le combat j'étais euphorique, j'étais un peu fougueux étant jeune, je ne faisais pas attention à tout çà, j'étais impatient et l'appréhension ne faisait pas partie de mon vocabulaire, contrairement à maintenant où je suis conscient des risques et du danger, je sais que les coups peuvent faire mal...
Kamel JEMEL affrontera Anuwat le 26 mars à Levallois
Muaythaitv : Le style Kamel JEMEL, comment se caractérise t-il ?
Comme tout le monde le dit, explosif, très rapide, une bonne faculté en anglaise que j'ai beaucoup travaillé étant plus jeune.
« Mister Dynamite »
Muaythaitv : D'où ton surnom « Mister Dynamite » ?
(rire) Oui, c'est un journaliste, Karim BEN ISMAEL qui me l'a donné, lors de ma première interview dans un magasine de boxe. Ça n'engage que lui, je ne sais pas si je suis une dynamite mais c'est vrai que les combats partent très vite, mais je pense que c'est la peur et l'appréhension qui me font démarrer au quart de tour pour surprendre l'adversaire et finir le combat au plus vite.
Muaythaitv : Que peux-tu nous dire de tes voyages en Thaïlande, le premier remonte à quand ? Y retournes-tu souvent ?La première fois c'était en 1991, j'avais 15 ans, j'ai découvert la Thaïlande réelle, pas le circuit des touristes mais le rythme imposé par le camp, je ne le referais pas mais c'était très instructif. J'essaye d'y retourner régulièrement, au moins une fois par an car c'est un pays où je me suis attaché et on y vit ce sport de l'intérieur, on le vit à fond. De plus c'est un pays avec de beau paysages, de la bonne nourriture, il a conquis tous les boxeurs en général.
Muaythaitv : Ton souvenir le plus amer ?
Un K.O, le seul que j'ai pris, en 2003 à Bercy contre Hassan AIT BASSOU, c'est pas le K.O en lui même qui reste un mauvais souvenir, mais c'est la manière ! J'avais gagné le combat avant la limite, l'arbitre avait arrêté la rencontre parce que j'avais mis trois fois à terre mon adversaire, puis lors de la décision il y a eu une polémique le promoteur n'était pas content car c'était le combat phare de la soirée et que c'était trop rapide, alors on a redémarré le combat, j'étais refroidi et j'ai pris un K.O !
Çela a été le trou noir, pendant une heure je ne me rappelais plus de rien, c'est un de mes pires souvenirs en tant que boxeur !
Muaythaitv : Un souvenir plus agréable ?
Mon premier titre mondial à Rotterdam (Hollande) contre Mustapha ZIANI, c'est plus le souvenir du combat que celui de la ceinture. Le combat était tellement intense, et tellement beau que cela a doublé le mérite. J'étais vraiment content, car c'était un grand combat, et en plus il y avait une ceinture à la clé. J'ai gagné sur ses terres, chez lui, c'était un de mes plus beau souvenir.
Muaythaitv : As tu déjà eu un problème de santé du à la boxe ?
Non à part de multiples petites fractures, des petits pépins au niveau des genoux, ou au pouce comme ce soir (rire). Je n'ai rien eu de bien grave, grâce à Dieu.
Muaythaitv : Qu'est ce qui fait qu'après 21 ans de carrière, tu continues encore la boxe ?
Parce qu'on me le demande tout simplement, c'est simplement ça, mais c'est aussi un peu de passion, un peu d'amour aussi pour le sport. Même si aujourd'hui, la passion est un peu en retrait, après 21 ans de boxe, avec tout ce que j'ai vécu de bon et de mauvais, ce qui me fait continuer encore c'est les grands challenges, le combat que je vais faire le 26 mars !
C'est le genre de combat qui est excitant pour moi, ce sont des choses qui me motivent pour continuer à aller à la salle.
Muaythaitv : Justement, comment prépares tu ce challenge contre Anuwat ?
Je le prépare comme tous les combats, avec deux entraînement quotidien, un le matin qui est basé sur le « cardio » et le renfort musculaire. Le matin à peu près deux heures d'entrainement, et le soir ici je travaille différents thèmes : mise de gants, paos, corps à corps.
En moyenne, c'est une dizaine d'entrainements par semaine, à raison de 3, 4 semaines avant le combat.
Muaythaitv : Que penses tu faire, une fois que tu auras raccroché les gants ?
Je travaille déjà, je suis caméraman sur une chaîne de télévision locale à Rosny sous bois, donc déjà ma reconversion est plus ou moins faite. En plus de cela, j'aimerais bien retransmettre ce que l'on m'a appris. C'est à dire ouvrir une salle de boxe, donner des cours, essayer de former des jeunes et de les mettre dans ce milieu qui m'a aidé, et qui m'a sauvé.
Une autre passion : la photo et la vidéo
Muaythaitv : Comment t'est venu l'idée d'être caméraman ?
Moi, c'est simple, j'ai commencé par la photo, j'avais 17 ans lorsque je suis rentré au service communication de Rosny, et on m'a proposé directement d'apprendre à faire des photos.
À l'époque c'était encore de l'argentique, du noir et blanc, on développait nous même nos photos.
Et j'ai vraiment vécu ça avec passion, c'est vraiment un métier, tu faisais ta photo toi même, il y a pleins de paramètres etc.
De là, j'ai toujours été attiré par tout ce qui était métier de l'image, de la photo de la vidéo.
Une chaîne locale s'est montée dans la ville de rosny, maintenant « je kiffe », c'est une passion. Depuis 10 ans, je fait ce métier.
Muaythaitv : Quels conseils donnerais tu à un jeune qui souhaite avoir une belle carrière dans la boxe ?
Il faut croire en soit, être courageux et se donner les moyens. Il faut être sérieux, il ne faut pas griller les étapes, il faut se mettre à fond dans ce qu'on fait. Quand on veut, on peut.
Je n'avais pas les facultés que certains ont ici lorsque j'ai démarré la boxe.
Je vois des jeunes qui sont là depuis 3 mois qui arrivent à faire des mouvements que je n'arrivais pas à faire en 6 mois de cours. Il faut croire en soit, travailler, le travail c'est la solution dans tous les milieux.
Mehdi ZATOUT
comme mon petit frère
Muaythaitv : Que penses tu de la nouvelle génération de boxeur ?
La génération qui arrive est pas mal, elle est intéressante. Je vais nommer celui qui est comme mon petit frère dans ce milieu : Mehdi ZATOUT (voir sa fiche), à qui je souhaite une grande carrière. Je le vois faire une grande carrière.
Mais à côté de cela, il y a d'autres grands boxeurs, comme Fabio PINCA (voir sa fiche), et pleins d'autres que je ne pourrais pas citer par ce qu'ils sont nombreux. C'est vrai qu'il y a une nouvelle génération qui arrive et qui promet.
Mehdi et Kamel
Muaythaitv : Penses tu qu'il y a eu une évolution entre la manière de boxer des anciens, et celle de cette nouvelle génération ?
Il y a une évolution, elle n'est pas toujours meilleure. À l'époque, il y avait des combats d'une grande qualité qu'on n' arrive pas à retrouver aujourd'hui.
Il y a des styles qui se mélangent, et ça ce n'est pas toujours bon pour retrouver du vrai Muay.
À l 'époque on avait deux stylistes « muaythaï » qui se rencontraient sur le ring, avec les vrais gestes techniques de la boxe thaï.
Aujourd'hui, pour 70 % des combats, c'est un « mec » du Kick qui rencontre un de la Thaï.
Un « mec » de la Boxe Française qui va faire un combat de boxe Thaï. Ou un gars fort en anglaise, qui va faire du Muaythaï.
Beaucoup de styles se mélangent, la boxe se modernise bien sûr, mais ce qu'on le voit sur le ring n'est pas toujours meilleur que ce qu'il y avait avant. Cela peut être mieux sur certains points, où les boxeurs sont plus physiques, et plus techniques mais à l'époque, il y avait un vrai style.
Muaythaitv : Que penses tu de Mehdi ZATOUT ?
C'est un fainéant ! (rire). Il est très très fort techniquement, il a connu la boxe tout petit, il a tout de suite baigné dans ce milieu. Les mouvements, il les fait aussi simplement que faire du vélo, c'est simple pour lui car il a fait quand même une quarantaine de combats en Thaïlande. C'est un jeune qui a commencé à boxer à l'âge de 10 ans en Thaïlande, c'est un très bon boxeur qui manque cependant un peu de rigueur au niveau de sa préparation.
Il le sait, je lui dis tout le temps ! C'est un boxeur prometteur s'il se remet en question sur certains paramètres de sa préparation et s'il se met des objectifs. Nous sommes tous derrière lui pour le pousser à atteindre ses objectifs.
Mehdi a les moyens, mais parfois les moyens ne suffisent pas, on peut avoir les qualités mais pas forcément la volonté. Lui, il a tous ces paramètres, mais c'est à lui de faire une bonne alchimie de tout cela pour accéder à un bon niveau.
Superbe droite de Mehdi ZATOUT
Muaythaitv : Comment vous êtes vous rencontré ?
Dans une salle de boxe, ce n'est pas très original ! (rire) C'était à Drancy (Seine-Saint-Denis, France) où je me suis entraîné de temps en temps, il était tout petit. "De fil en aiguille" les années sont passées, il a évolué, on ne s'est pas lâché. Aujourd'hui, comme il le dit je suis un peu son manager, son coach. Mais je dirais plutôt son conseiller, j'aime bien savoir contre qui il boxe, où il boxe, dans quelles conditions. Quand il fait un combat, ou quand on lui propose un combat, j'aime bien être au courant.
La boxe, quand on est seul est un milieu pas très commode, ce n'est pas très facile quand on est livré à soit même. J'aime bien être derrière lui, et surveiller ce qui se propose pour lui, car on a tous besoin d'être encadré. Comme moi qui suis encadré par toute une équipe.
Quand Mehdi boxe j'ai plus de stress
que lorsque c'est moi qui suis sur le ring.
que lorsque c'est moi qui suis sur le ring.
Muaythaitv : Qu'est ce qui vous lie ?
L'amitié, l'amour, qu'on a l'un pour l'autre. Quand Mehdi boxe, et que moi je suis sur le bord du ring, j'ai plus de stress que lorsque c'est moi qui suis sur le ring.
C'est un peu bizarre, autant moi quand je boxe, je sais ce que je veux faire, quand c'est lui qui est sur le ring je suis plus mal que lorsque c'est moi qui suis entre les quatre cordes.
Je vois des choses qui peuvent lui arriver comme les mauvais coups. La boxe est un sport difficile, où on n'a pas le droit à l'erreur, où la sanction on la paye "cash". Quand tu vois un ami à toi boxer, tu as toujours peur, toujours envie que ça se passe bien. C'est pour ça qu'on est très soudé, et qu'on ne se lâche pas.
Mehdi ZATOUT contre Amadou BA le 20 décembre 2008
Muaythaitv : Un message pour les internautes de muaythaiv ?
Je les remercie, car c'est à travers tous ces internautes que beaucoup de personnes connaissent la boxe. Leurs discours sur le forum sont très intéressants, même si quelque fois je trouve leurs remarques ou leurs critiques un peu négatives, il faut un peu de tout, du bon et du mauvais.
C'est un bon pallier pour faire connaître la boxe à tous les gens qui ne la connaissent pas.
Je leur souhaite de continuer car tous leurs messages qu'ils soient bons ou mauvais, nous stimulent et nous motivent.
Kamel avec ses deux fils en vacances en Égypte
































