YOUSSOP « SOR TANIKUL »
Par Michel Lecorre le lundi 28 janvier 2008
Un boxeur qui a marqué son temps et grand homme d’honneur
YOUSSOP a gagné son premier cachet à 13 ans, en 1971, la somme était de 40 Bahts, cela représenterait aujourd’hui 1,5 €. Issu d’une famille de neuf enfants, six frères (5 boxeurs dont deux pro) et deux soeurs. YOUSSOP préférait le football, mais le sport qui rapportait de l’argent en Thaïlande était le Muay.
De l’argent, il en avait besoin pour aider sa famille: leur construire une maison, envoyer ses frères à l’école, permettre à ses parents de se soigner car la protection sociale n'existait pas.
Immédiatement, il s’investit corps et âme dans le muay. Au bout de dix ans de travail, son premier combat important se déroulera au Lumpini en 1980, où il remporte la médaille du général Premier Ministre PREM TIN A SULANOEN. Ensuite le succès continue, YOUSSOP est quatre ans N°1 du Lumpini en 79, 80, 81 et 82 dans la catégorie des 61,5 kg. Il est en 5ème position du célèbre classement des nakmuays « Top 10 » en 1980. (Pour le détail du Top de 1980, voir à la fin de l’article).
A cette époque, ses cachets montaient à 120 000 Bahts par combat (soit 2700 € environ), une somme très importante. Les combats se sont enchaînés, parfois avec seulement 48 heures de repos entre deux combats. Alors qu'en France, obligatoirement trois semaines séparent les rencontres. YOUSSOP ne compte plus le nombre de combats qu’il a disputé durant toute sa carrière, il en a près de 200 ! Parmis les plus grands adversaires qu'il a rencontré : SOMSONG (victoire par KO technique ), Fabrice PAYEN (Champion du Monde) (victoire aux points), Stéphane NIKIEMA (Défaite par KO 5 ème round).Mais en 1982, après une fracture, YOUSSOP arrête le ring durant un an. Remis de sa blessure, il veut retourner dans son camp d'entraînement. Mais on refuse de le reprendre, on ne croyait plus à ses capacités, il ne serait plus « rentable ». Pour lui, c’est horrible, il le vit comme un abandon, une trahison. Il ne peut pas évoquer ce moment, ce souvenir vieux de 30 ans, sans éprouver encore aujourd’hui une forte émotion dans la voix, sans faire silence quelques minutes parce que les mots ne sortent plus. Il se souvient avoir supplié, avec toute la déférence que les Thaïlandais donnent en exemple, le responsable du camp d’entraînement. Mais rien n’y a fait, YOUSSOP aurait pu frotter ses genoux contre la terre jusqu’à l’os, qu’on ne lui aurait pas prêté la moindre attention. Ce n’est pas le ring qui le met KO. Il s'essaye en boxe anglaise amateur, il devient vice-champion de Thaïlande contre Khao Phrang Sitee Chuchai (première médaille d'argent Olympique pour la Thaïlande en Boxe Anglaise amateur).
Quelques années plus tard, au milieu des années 80, avec son frère DARIS SOR TANIKUL, il décide d’immigrer en Europe, d’abord au Danemark, puis en France.
DARIS est le premier Nak Muay à avoir battu Ramon DEKKER et DIDA lors d’un combat mémorable à Lyon. En France, YOUSSOP enchaîne des boulots divers, les salaires en Europe étant bien plus élevés, ils lui permettent de continuer à aider sa famille. Mais la boxe va le reprendre très vite. En effet, dans l’hexagone, le Muay commence à sortir de la confidentialité, et c’est à Paris, dans le quartier asiatique du 13ème arrondissement de la capitale qu’il va remettre les gants, au fameux STARBOXING. Professeur de Farid VILLAUME, de Djamel YACOUBEN, entre autres, naturellement, sans prétention, il va dispenser son enseignement du Muay. En effet, avec lui, même si la nécessité de l’investissement de soi reste indispensable, la boxe devient un art clair et précis. Par exemple, s’il repère un nakmuay avec de médiocres appuis, ou avec une mauvaise manière de se positionner avant d’envoyer une jambe : alors, YOUSSOP donne tout ce qu’il sait, généreusement et sans compter. Il explique, montre et remontre qu’un petit décalage, un petit pas de côté, peut tout changer. Aussi, comment réussir à placer un uppercut, face à un adversaire qui vient de vous saisir une jambe et pense avoir le dessus sur vous ! Egalement, il sait trouver l'attitude, le peu de mots pour soutenir un nak muay, l'aider à dépasser sa peur naturelle et ne plus uniquement bloquer les poings avec ses gants, mais les chasser, tout en observant pour remiser dans la seconde. Et c’est sans oublier ses techniques de coups de coudes, qu'il arrive à placer malgré une garde haute et hermétique d’un adversaire. (C’est ce qui a permis au Thaï, PONGPIPOB, de gagner son combat le 29 novembre 2007 à Paris face au français Kamel DJEMEL).
À l’entraînement, l'allure de YOUSSOP est toujours féline, la boxe semble l’habiter, ses gestes sont précis, souples. Il sait « sentir les nakmuays », tout le monde peut aller aux paos avec lui, filles ou garçons, quelque soi sont niveau. Il sait mettre à l’aise avec son superbe sourire franc, c'est ainsi que les nakmuays donnent spontanément, sans stresser, tout ce qu’ils peuvent. Ce que nous venons de décrire n’est qu’un bref aperçu de son enseignement.
D’ailleurs, il nous fait remarquer, qu’en France, dans presque tous les club, lors de la minute de repos, les nakmuays se reposent vraiment à partir du milieu du cours, ce qui n’est jamais le cas en Thaïlande, nous dit-il avec un sourire poli. YOUSSOP est remonté sur le ring et son dernier combat fut en 1989, une défaite face à Stéphane NIKIEMA, mais rappelons qu’il avait battu, deux ans plus tôt Mustapha BENATTIA (Champion d'Europe).
Quand nous lui avons demandé ce qu’il a apprécié chez VILLAUME, YOUSSOP répond : « Sa mentalité est bonne, son esprit est ouvert, à l’écoute, tout ce que j’ai pu lui apprendre parmi d’autres enseignants, il l’a redonné sans se poser de question. Pour le Muay Thaï, Farid me croit plus que mon fils ! »
Il rajoute : « Ce n’est pas bon et improductif d’être stressé. L’idéal, c’est de prendre le Muay comme un jeu.»
En résumé, pour devenir un champion, un boxeur a totalement besoin d’être en accord avec son entraîneur, c’est une relation humaine profonde.
Que pense YOUSSOP du Muaythaï en France et en Europe ?
« Les deux pays précurseurs sont la Hollande et la France, même si aujourd’hui, sur un plan comptable le premier des deux est plus actif dans le nombre de combats organisés annuellement. Les nakmuays français ne combattent pas assez. La règle des trois semaines de repos entre deux combats devrait être ramenée à deux. »
Un jour, la télévision Thaïlandaise est venue en France réaliser un reportage sur les anciens champions de Muay Thaï installé dans le pays. Quand le journaliste lui a demandé : quels conseils pouvait-il donner à un jeune nakmuay qui monte ? Non sans émotion, il a répondu ceci : « il faut être très prévoyant, garder la tête froide, faire attention à son argent, car un jour vous en gagnez beaucoup, le lendemain, vous pouvez ne plus rien avoir ! »
Pour YOUSSOP, en France, nous avons à présent plusieurs générations de très bons boxeurs, ce serait une bonne chose que cela perdure.
Dans les locaux de Muaythaitv, les entretiens avec YOUSSOP furent d’une très grande qualité sur le plan pugilistique et humain. Nous avions face à nous un vrai guerrier du ring, avec une connaissance inestimable du Muay. Mais nous avons eu également à faire à un homme sincère, sensible, chez qui il se dégage tout simplement de la bonté. YOUSSOP, il fait parti de l’histoire de la boxe Thaï. Pourquoi ? Parti de rien, efforts après efforts, il est arrivé très haut : l’argent, la sueur, le sang, le glamour, puis ensuite la trahison et la traversée du désert. Enfin, il n’a pas baissé les bras, a continuer à se battre, a su se relever. Pour cet homme : sa famille, sa femme et ses enfants, c’est ce qu’il a de plus cher, ils sont à ce jour les piliers de son existence. Son histoire mérite d’être racontée, elle captive les fans de Muaythaï, mais elle va au-delà, car elle n’est pas seulement romanesque, elle est vraie, et c’est un grand homme qui l’a faite !
Maintenant Youssop travail au Centre Commercial à la Défense "Les 4 temps" (Hauts-de-Seine, France) en tant qu'agent de sécurité incendie, il y entraîne aussi au commissariat de la défense et est conseiller technique au phénix muaythai Paris 13.
Le TOP 10 de 1980 :
N°1 : Dieselnoi Chor Thanasukarn
N°2 : Padejsuek Pisanurachan
N°3 : Vicharnnoi Porntawee
N°4 : Khao Phrang Sitee Chuchai (première médaille d'argent Olympique pour la Thaïlande en Boxe Anglaise amateur)
N°5 : Youssop SOR TANIKUL (3ans et demi N°1 du Lumpinee)
N°6 : Rhak Teha Mong Surine
N°7 : Pravite Sri Tahm
N°8 : NangKai Soh'Prapahtson
N°9 : Prosai SitiBuhlors
N°10 : Serksan Soh'Tehpitak

























