Tobias ALEXANDERSSON, le Suédois balafré
Par Julien LANCHAS le jeudi 14 avril 2016
Le Suédois Tobias ALEXANDERSSON, 32 ans, possède assurément un des plus beaux palmarès du muaythai européen. Il a affronté les plus grands noms thaïlandais dans sa catégorie, a remporté plusieurs titres de champion du monde WPMF. Nous aurons la chance de l'accueillir en France, le 30 avril, lors du KERNER THAI. Il affrontera Samy SANA pour un combat qui s'annonce on ne peut plus musclé. Si vous ne connaissez pas encore celui que les Thaïlandais appellent "Tobe", voici son parcours à travers son interview.
Tobias ALEXANDERSSON : Quand j'étais petit, j'adorais regarder le film "Kickboxer" avec Jean Claude VAN DAMME et j'ai alors essayé différents arts-martiaux : le Jiu jitsu, le Taekwondo et le Kickboxing. Mais ces styles là n'étaient pas pour moi donc j'ai continué à chercher et j'ai fini par me retrouver dans un club de pur Muaythai dans une ville proche de la mienne. J'ai accroché direct.
Qu'est-ce qui te plait tant dans ce sport ?
Ce qui m'attire c'est la pureté des coups, réalisés avec un bon équilibre, de la puissance. C'est aussi l'utilisation de différentes stratégies pour remporter un combat. Pour moi, ce sport est comme à l'état brut mais il reste magnifique.
Comment se porte le muaythai en Suède ?
Le Muaythai suédois est de bonne qualité, quelques boxeurs possèdent vraiment une super technique : ils tapent fort et avec précision, ils ont un bon équilibre et un bon timing, et ont une bonne connaissance en matière de clinch. Mais malheureusement il y en a encore beaucoup qui ont un style kickboxing et je crois que cela est dû à la façon de compter les points en Suède, basée sur l'amateur, où ça paye d'être plus actif dans les premiers rounds, même si tu es ensuite dominé vers la fin. Une fois, j'ai entendu un entraineur thaïlandais dire quelque chose comme "Tu peux commencer le combat comme un chaton et finir comme un lion, mais si tu commences comme un lion et finis comme un chaton alors tu es foutu...". J'espère que le comptage professionnel va s'imposer petit à petit. Une autre différence entre la Suède et la Thaïlande est l'utilisation des coudes. Ça peut faire une grosse différence durant le combat ! Mais il y a de plus en plus de galas qui autorisent les coups de coudes pour les main events donc ça va vers la bonne direction.
Enfin, l'entrainement est assez différent. En Thaïlande, c'est à peu près la même routine chaque jour (ce que je préfère pour ma part) : paos, sparring et clinch. Alors qu'en Suède c'est plus varié, pour pouvoir garder l'intérêt de ceux qui s'entrainent.
C'est compliqué d'être boxeur pro en Suède ?
Il y a beaucoup d'événements en Suède mais au niveau de l'argent et des sponsors, on est proche de zéro. Donc pour un boxeur pro il n'y a pas grand chose à gagner. Quand j'ai un combat prévu, je dois évidemment continuer à travailler (j'aide les personnes atteintes d'autisme), en plus de m'occuper du club et de ma famille. Donc oui c'est dur parfois.
Tu as ouvert ton club, le 019 Gym. Comment cela s'est-il fait ?
Mes amis et moi avions autrefois un créneau muaythai à la Mixed Martial Art Academy. On a voulu avoir notre propre lieu d'entrainement. Le club a deux groupes (débutants et confirmés) avec 20-25 boxeurs dans chaque, j'entraine les deux groupes après avoir fait mes rounds de paos.
Que genre de boxeur es-tu ?
Je suis principalement un boxeur physique. Durant mes combats, j'aime mettre la pression sur mon adversaire. J'ai bien sûr quelques points faibles mais le principal est ma taille : je suis quasi tout le temps plus petit que mon adversaire.
Au KERNER THAI, tu affronteras Samy SANA. Que sais-tu sur lui ?
Je sais qu'il a affronté YODSANKLAI Fairtex et THONGCHAI Sitsongpeenong.
Ce sera ton second combat en France. Le premier était contre Damien OZENNE en 2014.
J'avais été contacté six jours avant le combat pour remplacer BERNUENG. J'avais perdu aux points mais je suis convaincu que la victoire était pour moi, grâce à ma domination en clinch durant le combat.
Un autre Français que tu as affronté : Adrien RUBIS. Comment s'était passé le combat ?
J'avais fait compter Adrien au 1er round avec un coup de coude. Au 2eme round, il était revenu fort avec des bons genoux et moi j'essayais de le toucher avec mes coudes et mes poings. Le combat avait été serré mais le knock down m'avait assuré la victoire.
Tu as été quatre fois champion du monde WPMF. Raconte-nous un peu ces grands moments de ta carrière.
Le premier titre que j'ai pris était en 168lbs, durant l'anniversaire de la Reine à Bangkok, en 2011. J'avais affronté le Français Laurent TANEVE. L'arbitre avait arrêté le combat au 4eme round après avoir compté mon adversaire.
Le deuxième titre c'était à l'anniversaire du Roi en 2011, contre PANOM Topking, pour sa ceinture 160lbs. Je l'avais envoyé au tapis avec un coup de coude au 2eme round et après ça, ça avait été la guerre et je m'étais salement fait ouvrir deux ou trois au visage. Mais j'étais resté devant au pointage et avais donc remporté la victoire.
Le troisième titre était en 168lbs en 2013 face à Samuel ANDOCHE. Je l'avais mis KO au 3eme round avec un direct au corps.
Il y a un mois j'ai remporté mon quatrième titre à Ayutthaya durant le Naikhanomtom Day.
Le titre que tu n'as pas réussi à prendre c'est celui de champion du Rajadamnern. Défaite contre LAMSONGKRAM en 2012. C'est un gros regret ?
Oui, ça a été mon objectif principal depuis que j'ai commencé à boxer en Thaïlande. LAMSONGKRAM est vraiment très doué, il a une super technique. Il avait très bien usé de son allonge durant le combat.
Tu as affronté BERNUENG trois fois. Quel souvenir tu en gardes ?
Le premier combat avait été une grosse guerre. Le deuxième aussi mais pas autant, j'avais été arrêté au 4eme round car j'avais trop de sang dans les yeux. Le troisième, j'avais fait un combat de merde et avais perdu aux points.
Tu parles de "guerres" pour tes combats et c'est vrai qu'on te voit souvent en photo avec des ouvertures au visage...
J'aime utiliser les coudes et c'est facile de se faire avoir quand on est soi même en train d'en balancer à tout va. Comme mon ami Leo MONTEIRO le dit souvent "Ne sors pas sous la pluie si tu n'as pas envie d'être mouillé" !
Tu as combien de cicatrices ?
Ha ha, je ne suis pas sûr... attends je vais compter... Environ une vingtaine sur ma tête et mon visage, toutes dues au muaythai !
Qu'est-ce qu'elle en dit ta femme ?
Ha ha, moi je lui dis qu'elle ne se lassera jamais de moi parce que je j'ai une nouvelle tête après chaque ouverture ! Comme un lifting ! Ça fait 14 ans que je suis avec elle, elle a l'habitude, elle ne s'enfuira pas !
Vous avez des enfants ?
Oui un garçon, Odin, il a presque deux ans.
Un futur nakmuay ?
Ha ha, pas sûr ! C'est les voitures qu'il aime lui. Mais c'est vrai qu'il aime bien nous taper ! Donc on verra. Je commence à jouer avec lui avec les pattes d'ours.
En Thaïlande, ton camp est le Kaewsamrit Gym. Pourquoi avoir choisi ce camp ?
En 2004 durant mon premier séjour d'entrainement, j'étais dans un camp appelé Kiatchansing, c'était là que s'entrainait autrefois BOVY Sor Udomsorn. L'année suivante, quand j'y étais retourné, le camp avait fermé et les contrats des boxeurs avaient été vendus ou alors les nak muay avaient arrêté de boxer. Un des camps qui avaient racheté quelques contrats était le Kaewsamrit et j'avais su que BOVY et le teneur de paos Ta étaient partis là-bas, alors j'avais décidé d'y aller aussi. Le Kaewsamrit a une bonne réputation et a formé beaucoup de super boxeurs comme ANUWAT, qui est probablement le plus connu de tous, mais aussi SINGMANEE et les jumeaux RITTIJACK et YUTTAJACK.
Ma relation avec le camp fonctionne super bien, ils me font savoir quand je peux combattre par l'intermédiaire de mon manager Danny CARLSSON qui parle thaï couramment. J'arrive en général quatre ou cinq jours avant chaque combat et ils me traitent toujours comme un membre de la famille.
Quelle est ta relation à la Thaïlande ?
Je m'y sens vraiment bien ! J'adore la nourriture, le climat, l'ambiance décontractée. Je vais là-bas pour combattre et même aussi pour passer des vacances avec ma femme. On termine toujours là-bas alors qu'on parle à chaque fois d'aller "ailleurs la prochaine fois". La Thaïlande c'est super, il y a pas à dire !
























