Salahdine AIT NACEUR, interview "passé/présent/futur"
Par Julien LANCHAS le mercredi 26 septembre 2018
Sa carrière de boxeur fraichement arrêtée, l'organisation de son premier gala (CHALLENGE) le 6 octobre prochain, l'ouverture la saison dernière de son club,... Salahdine AIT NACEUR nous dit tout dans cette interview.
Salahdine, te voici aujourd’hui organisateur avec ton premier événement, le CHALLENGE, le 06 octobre prochain. Comment t’es-tu décidé à te jeter dans cette nouvelle aventure ?
C'est venu de façon progressive. J'ai voulu promouvoir, moi aussi, le pieds-poings dans la région, faire briller les bons boxeurs de région en leur donnant une vitrine au beau milieu de boxeurs de renommée internationale. Aussi, j'ai voulu faire autrement que ces organisations qui cherchent à mettre en avant un boxeur, leur boxeur, au détriment d'autres boxeurs plus méritants, oubliant par la même occasion "le mérite sportif". Notre sport perd en crédibilité par ces comportements. Beaucoup vont jusqu'à faire plus qu'enjoliver des "carrières". Aujourd'hui, on entend tout et n'importe quoi dans les galas. Le grand public est floué. Et j'aimerais présenter quelque chose d'authentique, pour, à mon niveau, promouvoir le muay et le k1.
Est-ce que cela est compliqué alors d’organiser son premier événement ? Quelles difficultés as-tu rencontrer ?
La grande difficulté c'est d'organiser des défis franco-français. J'avais déjà pu percevoir la chose mais là, ça se confirme. C'est dommage car une grande partie du public français, les aficionados, attendent cela. Mais beaucoup ont bien plus de conditions lorsqu'il s'agit de boxer un boxeur français... ou ne veulent tout simplement pas prendre de risque. Pourtant, ce n'est pas comme si on leur proposait un boxeur de "seconde zone", un boxeur face à qui il n'y avait aucun challenge. Battre des boxeurs qui sont parmi les meilleurs Français, quand on est en train de se faire son nom, c'est un beau challenge, non?
Comment as-tu pensé ta fight card ?
J'ai voulu attirer des boxeurs de niveau international, des boxeurs ayant une boxe "télégénique". J'ai pris des bons boxeurs de notre région et les ai mis au milieu de cela, pour qu'ils se disent "pourquoi ne pas battre des boxeurs de renommée internationale ?". J'aimerais développer chez eux l'esprit de challenge. Les vrais champions ne sont pas ceux qui sont connus localement mais ceux qui se font reconnaître dans le milieu et respecter de leur pairs. Et au sommet de la pyramide, j'ai fait appel à Yetkin OZKUL, qui malheureusement s'est blessé. Yetkin, c'est une grosse carrière et une très belle boxe. Face à lui, un sérieux adversaire en la personne de Xavier BASTARD. Depuis Celestin MENDES a remplacé Yetkin. Celestin est un joker de luxe.
D'autres changements ?
Oui, un jeune talent fait son apparition, talent qui boxe à l'Enfusion, c'est Islem HAMECH. Il sera opposé à un bon boxeur de la région, Madani BELHADDAD, qui fait partie de ces boxeurs capables d'affronter de durs combattants. Et avec Islem HAMECH, on sait qu'il y aura une guerre sur le ring.
Tu as eu une carrière de boxeur bien remplie. C’est bel et bien terminé aujourd’hui ?
Pour être honnête, moi même je ne suis sûr de rien. Étant donné que j'ai ouvert mon club, j'ai voulu m'y consacrer. J'ai un homme de confiance (Yahya), il gère bien les choses à la salle, mon épouse est aussi présente et tout le reste de l'équipe, ce qui me permet depuis quelques temps de m'entraîner à nouveau donc...
Quel a été ton meilleur souvenir de boxeur ?
Je parlerai plus d'une période. Cette période où dès mes 17,18 ans, je créais la surprise en battant chez eux (Belgique, Hollande) des adversaires de renom à leur apogée. J'avais cet esprit de challenge. Quand un boxeur était coté, je voulais vraiment aller le chercher. Mais si je devais retenir un seul moment, c'est plus l'extra-sportif qui m'a marqué. C'est lors de la ceinture mondiale wako-pro 65kg que je disputais face à LAMPARD Sor Khamsing. Combat que j'ai gagné par KO face à un dur adversaire. Ce soir là, mon père (que Dieu ait son âme) était présent et... je ne devais pas perdre devant les yeux de mon père. J'avais cette motivation que l'adversaire ne pouvait avoir. J'étais prêt à tout donner pour faire honneur à mon père.
Et le pire ?
Là aussi, ce serait plutôt une période... Cette période où j'avais des luxations chroniques de l'épaule... Cette période a duré car je ressentais une forte douleur au biceps au moment de la luxation et le médecin n'arrivait pas à faire de diagnostic, jusqu'à ce que je vois un spécialiste. Pendant cette période, je craignais le corps à corps et l'ai laissé de côté. Il y a juste face à Mehdi ZATOUT que je ne me suis pas économisé (car je pensais que c'était passé). D'ailleurs, en plein combat, j'ai eu une luxation et me suis vite remis l'épaule en place. Mais s'il fallait retenir un seul pire moment, c'est lors d'une opportunité qui n'est pas donnée à tous : disputer une ceinture mondiale (WPMF) en Thaïlande, face au champion du THAI FIGHT, SINGMANEE. Là, malheureusement, je suis pris à froid en début de combat, touché au corps par un coup de genou en entrée de corps à corps. Je m'en suis voulu. Je n'était pas concentré alors que... Mais bon, ça fait partie de notre sport. Nous, Européens, ne vivons pas comme des pro. Et pour certains, avons beaucoup d'à-côtés qui ne nous facilitent pas.
L’adversaire le plus dur que tu aies affronté ?
Si je devais désigner le plus dur, je dirais PAJONSUK. C'était un Thaï qui battait les meilleurs Hollandais à 75kg... Moi je montais de catégorie de poids, je tentais les 70kg. Boxer un dur Thaï (qui était invaincu en Europe et finaliste des jeux asiatiques de boxe anglaise), qui en plus est plus lourd que vous, c'est quelque chose. Nous n'avions pas du tout le même gabarit. C'est le seul combat où j'ai été dominé pendant 5 rounds. Et je n'ai jamais su trouver la solution. Il savait se servir de son avantage de poids en me prenant au corps à corps par exemple. J'ai cherché la solution jusqu'au bout mais...
Le plus grand regret de ta carrière ?
Je n'en ai pas. Mais si je devais absolument en relater un, ce serait mon état d'esprit dans des moments où j'aurais peut-être dû me protéger, voir mon intérêt avant tout. Parce que j'avais donné ma parole, j'ai fait des combats alors que j'était blessé ou n'avais pas pu me préparer.
Tu as ouvert ton club, l'Ait Naceur's Team, qui démarre sa deuxième saison. Peux-tu nous présenter un peu ce club ?
Ce club va avoir un an. D'ailleurs, cela coïncidera avec l'événement CHALLENGE. Nous avons une section adulte, une section éducative et une section "muay-cardio-boxing" destinée plutôt à un public féminin. Beaucoup de parents y ont emmené leurs enfants et nous les remercions pour leur confiance. Après une saison nous avons 2 jeunes champions régionaux (Elsa et Maximilien) et un jeune champion de France (AFMT). Nous avons terminé la saison avec 129 adhérents. Cela dans un village de 3000 habitants. D'ailleurs, nous remercions la municipalité.
Quels sont tes objectifs à présent ?
Donner plus de temps à ma famille. Continuer à évoluer sur le plan professionnel et en parallèle continuer à donner des formations (formateur vacataire) dès que mon planning le permet. J'aime former. Aussi, pour la partie hobby, continuer à entraîner, former, accompagner des petits champions. Et continuer à faire du sport pour m'entretenir, mais en famille.
Je tiens à remercier tout ce qui m'ont toujours soutenu. Je remercie ma femme, qui m'accompagne, me soutient dans cette aventure, mes frères qui m'ont formé et ont toujours été là, les entraîneurs qui à un moment donné étaient là (impératifs professionnel pour mon frère), Hamid, Youssef, Anthony. Je remercie Kader MAROUF qui est le parrain de la soirée. Je remercie la municipalité d'Haveluy. Je remercie le Pasino de Saint-Amand-les-eaux, qui en plus de nous accueillir, est partenaire de l'événement. Merci à tous les partenaires . Et merci pour cette interview. Qui sait, peut être la dernière...























