Safia LEHHANI
L'ancienne championne du monde des -60 kg se livre
Par Alicia Sahraoui le vendredi 20 mars 2009
Adieu campagne, bonjour banlieue! C'est à l'âge de onze ans que la petite Safia LEHHANI débarque dans les Hauts-de-Seine, à Asnières-sur-Seine avec sa famille. Quand on vient d'un milieu rural, il n'est pas toujours aisé de s'adapter au milieu urbain. Quelles sont les raisons qui poussent une jeune fille calme à la boxe thaïlandaise ? C'est ce que nous raconte Safia, le « pourquoi du comment » du Muay Thaï version féminine !
Muaythaitv : Aujourd'hui, si l'on effectue un sondage dans les classes de 6ème, et que l'on demande aux élèves « Quel sport souhaitez-vous faire cette année ? » il y aurait sûrement un pourcentage peu élevé parmi la population féminine qui répondrait : de la boxe ! Alors dis-nous pourquoi, toi, tu t'es tourné vers cette discipline ?
Safia LEHHANI : Quand je suis arrivée à Asnières à l'âge de onze ans, j'ai eu du mal à m'intégrer. Les enfants sont parfois cruels entre eux et n'hésitaient pas à me faire sentir que j'étais différente d'eux par ma tenue vestimentaire et de par ma manière de m'exprimer. J'étais la « campagnarde ! » Cela allait jusqu'à la persécution verbale et moralement ce n'était pas du tout évident. J'appréhendais d'avoir un jour à me défendre physiquement et de ne pas être en mesure de le faire. De là, je me suis renseigné sur les sports de combat qui étaient enseignés près de chez moi. J'ai donc mis les pieds pour la première fois dans une salle de boxe à cette époque, à Asnières. Initialement j'avais retenue le Full Contact mais le hasard a fait que je suis allée dans une salle de Muay Thaï et l'entraineur présent m'avait dit « c'est la même chose ! ».
Muaythaitv : Pour ta famille, cela semblait-il normal que tu pratiques le MuayThaï à douze ans?
Je ne leur ai pas dit tout de suite. J'ai rusé ! Vous pouvez sourire, mais je faisais croire que j'allais à des cours de danse ! J'avais peur de leurs réactions ! Au fil des entrainements j'ai pris de l'assurance, les gens étaient étonnés de la force qui émanait de mes petits poings. Au bout d'un an d'entrainement, on m'a proposé de faire un assaut et là j'ai été obligé d'avouer la supercherie à mes parents. Mon père a bien réagi. Ancien boxeur du temps où il était au Maroc, il aime les sports de combats et ne s'est pas opposé au fait que je pratique un sport, somme toute toujours considéré comme masculin ! Ma mère était plutôt sceptique, elle avait cette angoisse toute maternelle qu'il arrive un accident à son bébé. Je leurs suis reconnaissante de m'avoir laissé vivre ma passion.
Muaythaitv : Racontes-nous les émotions que peut ressentir une petite fille de treize ans lors de son premier assaut.
Mon adversaire avait un prénom quasi similaire au miens, ce qui fait qu'aujourd'hui encore je m'en souviens ! Elle se prénommait Sofia et avait déjà deux/trois assauts "dans les pattes". Honnêtement, j'avais vraiment peur, l'appréhension que j'ai ressenti était vraiment à son comble ! Elle était dure mais je lui ai tenue tête et on a fait match nul. J'avais même réussi à placer des saisies et à la projeter au sol. Nasser, mon entraineur, était vraiment fier de moi et m'a pris sous son aile.
Muaythaitv : Comment les choses ont-elle évolué par la suite ?
Je suis partie en Thaïlande, ce fut la première fois que je quittais mes parents pour partir dans un pays autre que le Maroc. Ce fut une expérience inoubliable et très instructive autant en boxe que sur le plan personnel. Puis les choses ont suivi leur cour. J'étais assidue à l'entrainement et ma curiosité m'a poussé à aller poser mes gants dans d'autres clubs. Après Asnières, je suis allée à Nanterre, Gennevilliers, St Ouen et pour finir Bezons. Chacun de ses clubs a enrichi ma boxe et a forgé mon mental.
Je ne peux dire si je boxe bien, mais tout ce que je sais c'est que je me sens bien dans mes gants. « Je kiffe quand je boxe! » et je fais tout pour atteindre mes objectifs !
Muaythaitv : Qu'en a t-il été de tes rapports avec la gente masculine?
J'ai toujours respecté autrui et on m'a toujours respecté. On ne m'a jamais "pris la tête" car j'ai toujours dès le départ, dans chaque club, mis une distance entre moi et les garçons. Je ne voulais pas qu'il y ait de confusion ou de situations de malaise. Ils ont toujours su que ce n'était pas la peine de tenter quoi que ce soit. Mais comme je boxais comme un mec, ils ne faisaient plus de différence avec moi. J'étais une des « leurs »!
Ça m'a endurci. L'esprit de cohésion est important dans un club. Je l'ai beaucoup ressentit à Bezons. Quand quelqu'un boxe, c'est tout le club qui boxe. C'est une famille pour moi. Mon entraineur Chaouqui FERRADJ m'a beaucoup apporté. Je suis une personne qu'il faut beaucoup pousser, il faut toujours quelqu'un derrière moi, et cela il l'a compris immédiatement. C'est devenu quelqu'un de très proche et d'important pour moi, il est comme mon frère. On a beaucoup voyagé ensemble grâce à la boxe.
Muaythaitv : Parles nous de ta catégorie de poids, tu as toujours été au poids ?
Ouh la! Chaouqui m'a souvent "tapé sur les doigts" pour que je sois au poids. J'aime beaucoup manger, je ne fais que ça ! Et je prends très vite ! Heureusement je peux aussi perdre très vite...(rires)
Je me souviens lors de mon championnat de France en 2005 à Japy, j'ai fais un régime "soupe aux choux "et entrainement intensif ! J'ai perdu 6 kg en une semaine, mais j'étais très fatiguée ! J'ai fait ma finale exténuée, j'ai perdu aux points. Trop sur la réserve... C'est le genre de chose que je ne referai plus jamais.
Muaythaitv : Quels sont ton pire et ton meilleur souvenir?
Alors je vais commencer par le meilleur, ma victoire lors du championnat du monde en Italie contre la championne en titre Laura TAVEKIO. On était dans son pays face à son public, j'ai tout donné. Elle, elle avait la carrure et l'allure d'un homme et était déterminé. Moi aussi. Le pire fut mon K.O. L'année d'après au Portugal.
Muaythaitv : Aujourd'hui qu'en est-il de la boxe?
Ça fait un an que je ne boxe plus, j'ai du arrêter pour des raisons professionnelles car je ne pouvais plus allier travail et entrainement. Ça me manque!
Muaythaitv : Que penses-tu des préjugés qui font que lorsqu'on assimile fille + boxe = « bonhomme » ?
Cela me fait sourire, je pense être la preuve vivante du contraire ! Je suis très coquette. Il y a de tout mais il ne faut pas généraliser!
Muaythaitv : Aujourd'hui, si tu fais le bilan, que t'as apporté le Muay Thaï ?
Beaucoup ! Cela m'a donné confiance en moi et m'a rendu plus sereine. Je sais garder le tête froide et affronter ce qui peut arriver dans la vie avec recul. Le respect de soi et d'autrui sont des valeurs fondamentales de cet art, qui font maintenant partie intégrante de ma vie.
Muaythaitv : Tu penses revenir ?
Oui, peut être pas pour la compétition, mais pour l'entrainement, et continuer de vivre ma passion !
J'étais la « campagnarde! »
Muaythaitv : Aujourd'hui, si l'on effectue un sondage dans les classes de 6ème, et que l'on demande aux élèves « Quel sport souhaitez-vous faire cette année ? » il y aurait sûrement un pourcentage peu élevé parmi la population féminine qui répondrait : de la boxe ! Alors dis-nous pourquoi, toi, tu t'es tourné vers cette discipline ?Safia LEHHANI : Quand je suis arrivée à Asnières à l'âge de onze ans, j'ai eu du mal à m'intégrer. Les enfants sont parfois cruels entre eux et n'hésitaient pas à me faire sentir que j'étais différente d'eux par ma tenue vestimentaire et de par ma manière de m'exprimer. J'étais la « campagnarde ! » Cela allait jusqu'à la persécution verbale et moralement ce n'était pas du tout évident. J'appréhendais d'avoir un jour à me défendre physiquement et de ne pas être en mesure de le faire. De là, je me suis renseigné sur les sports de combat qui étaient enseignés près de chez moi. J'ai donc mis les pieds pour la première fois dans une salle de boxe à cette époque, à Asnières. Initialement j'avais retenue le Full Contact mais le hasard a fait que je suis allée dans une salle de Muay Thaï et l'entraineur présent m'avait dit « c'est la même chose ! ».
Muaythaitv : Pour ta famille, cela semblait-il normal que tu pratiques le MuayThaï à douze ans?
Je ne leur ai pas dit tout de suite. J'ai rusé ! Vous pouvez sourire, mais je faisais croire que j'allais à des cours de danse ! J'avais peur de leurs réactions ! Au fil des entrainements j'ai pris de l'assurance, les gens étaient étonnés de la force qui émanait de mes petits poings. Au bout d'un an d'entrainement, on m'a proposé de faire un assaut et là j'ai été obligé d'avouer la supercherie à mes parents. Mon père a bien réagi. Ancien boxeur du temps où il était au Maroc, il aime les sports de combats et ne s'est pas opposé au fait que je pratique un sport, somme toute toujours considéré comme masculin ! Ma mère était plutôt sceptique, elle avait cette angoisse toute maternelle qu'il arrive un accident à son bébé. Je leurs suis reconnaissante de m'avoir laissé vivre ma passion.
Muaythaitv : Racontes-nous les émotions que peut ressentir une petite fille de treize ans lors de son premier assaut.
Mon adversaire avait un prénom quasi similaire au miens, ce qui fait qu'aujourd'hui encore je m'en souviens ! Elle se prénommait Sofia et avait déjà deux/trois assauts "dans les pattes". Honnêtement, j'avais vraiment peur, l'appréhension que j'ai ressenti était vraiment à son comble ! Elle était dure mais je lui ai tenue tête et on a fait match nul. J'avais même réussi à placer des saisies et à la projeter au sol. Nasser, mon entraineur, était vraiment fier de moi et m'a pris sous son aile.
Je me sens bien dans mes gants
Muaythaitv : Comment les choses ont-elle évolué par la suite ?
Je suis partie en Thaïlande, ce fut la première fois que je quittais mes parents pour partir dans un pays autre que le Maroc. Ce fut une expérience inoubliable et très instructive autant en boxe que sur le plan personnel. Puis les choses ont suivi leur cour. J'étais assidue à l'entrainement et ma curiosité m'a poussé à aller poser mes gants dans d'autres clubs. Après Asnières, je suis allée à Nanterre, Gennevilliers, St Ouen et pour finir Bezons. Chacun de ses clubs a enrichi ma boxe et a forgé mon mental.
Je ne peux dire si je boxe bien, mais tout ce que je sais c'est que je me sens bien dans mes gants. « Je kiffe quand je boxe! » et je fais tout pour atteindre mes objectifs !
Muaythaitv : Qu'en a t-il été de tes rapports avec la gente masculine?J'ai toujours respecté autrui et on m'a toujours respecté. On ne m'a jamais "pris la tête" car j'ai toujours dès le départ, dans chaque club, mis une distance entre moi et les garçons. Je ne voulais pas qu'il y ait de confusion ou de situations de malaise. Ils ont toujours su que ce n'était pas la peine de tenter quoi que ce soit. Mais comme je boxais comme un mec, ils ne faisaient plus de différence avec moi. J'étais une des « leurs »!
Ça m'a endurci. L'esprit de cohésion est important dans un club. Je l'ai beaucoup ressentit à Bezons. Quand quelqu'un boxe, c'est tout le club qui boxe. C'est une famille pour moi. Mon entraineur Chaouqui FERRADJ m'a beaucoup apporté. Je suis une personne qu'il faut beaucoup pousser, il faut toujours quelqu'un derrière moi, et cela il l'a compris immédiatement. C'est devenu quelqu'un de très proche et d'important pour moi, il est comme mon frère. On a beaucoup voyagé ensemble grâce à la boxe.
Muaythaitv : Parles nous de ta catégorie de poids, tu as toujours été au poids ?
Ouh la! Chaouqui m'a souvent "tapé sur les doigts" pour que je sois au poids. J'aime beaucoup manger, je ne fais que ça ! Et je prends très vite ! Heureusement je peux aussi perdre très vite...(rires)
Je me souviens lors de mon championnat de France en 2005 à Japy, j'ai fais un régime "soupe aux choux "et entrainement intensif ! J'ai perdu 6 kg en une semaine, mais j'étais très fatiguée ! J'ai fait ma finale exténuée, j'ai perdu aux points. Trop sur la réserve... C'est le genre de chose que je ne referai plus jamais.
Muaythaitv : Quels sont ton pire et ton meilleur souvenir?
Alors je vais commencer par le meilleur, ma victoire lors du championnat du monde en Italie contre la championne en titre Laura TAVEKIO. On était dans son pays face à son public, j'ai tout donné. Elle, elle avait la carrure et l'allure d'un homme et était déterminé. Moi aussi. Le pire fut mon K.O. L'année d'après au Portugal.
Muaythaitv : Aujourd'hui qu'en est-il de la boxe?
Ça fait un an que je ne boxe plus, j'ai du arrêter pour des raisons professionnelles car je ne pouvais plus allier travail et entrainement. Ça me manque!
Chaouqui, Mohamed DIABY, Safia et Ahmed ZALEG
Je suis très coquette
Muaythaitv : Que penses-tu des préjugés qui font que lorsqu'on assimile fille + boxe = « bonhomme » ?
Cela me fait sourire, je pense être la preuve vivante du contraire ! Je suis très coquette. Il y a de tout mais il ne faut pas généraliser!
Muaythaitv : Aujourd'hui, si tu fais le bilan, que t'as apporté le Muay Thaï ?
Beaucoup ! Cela m'a donné confiance en moi et m'a rendu plus sereine. Je sais garder le tête froide et affronter ce qui peut arriver dans la vie avec recul. Le respect de soi et d'autrui sont des valeurs fondamentales de cet art, qui font maintenant partie intégrante de ma vie.
Muaythaitv : Tu penses revenir ?
Oui, peut être pas pour la compétition, mais pour l'entrainement, et continuer de vivre ma passion !



























