Quand Football et Muaythai se croisent au Brésil
Par Julien LANCHAS le jeudi 26 juin 2014
Au Brésil, le Muaythai gagne de plus en plus d'adeptes parmi les ultras (groupes de supporters), qui ont même l’aide de leurs clubs de foot.
Veille de derby à Campinas (Etat de Sao Paulo). Un groupe de 10 supporters du club de Ponte Preta se retrouvent attaqués par les ultras rivaux du Guarani. C’est une embuscade, près du stade Moisés Lucarelli. Un des ponte-pretanos visés est un boxeur pro, Ed ALVES. "À l’instant où je les ai vus, ils étaient une quarantaine. Je devais me défendre. Ils envoyaient coups de coude et coups de genou. Si ce n’était pas du muay thai..."
Dans le siège de la Torcida Jovem, association de supporters du Ponte Preta, Ed ALVES est un des professeurs et il donne des cours trois par semaine. Car on retrouve aujourd'hui le muaythai dans les sièges des différents groupes ultras brésiliens où il est enseigné puis utilisé pendant les confrontations entre des fractions rivales.
Les membres des fractions reconnaissent que ceux qui dominent les arts martiaux sortent vainqueurs des confrontations. L’année dernière, en plein milieu d’une bagarre entre la Força Jovem du Vasco de Gama et Os Fanaticos de l’Atletico Paranaense, à Joinville, l’attitude d’un des ultras a attiré l’attention des pratiquants. Pour eux, la garde du "Vascaino" révélait la la pratique du muay thai.
Le Muaythai a commencé à être pratiqué par les ultras de Rio qui fréquentaient les salles de sport du sud de la ville, tout comme le jiu-jitsu, dans le début des années 90. Le premier groupe d’ultras à créer un espace pour la boxe thaïlandaise dans son siège est la Torcida Jovem de Flamengo, selon Bernado BORGES BUARQUE DE HOLLANDA, professeur et chercheur de la Fondation Getulio Vargas. C’est même devenu un projet social, avec l’appui de la préfecture de Rio (équivalent de la mairie). Les boxeurs des différents groupes d’ultras se retrouvaient dans un local dans une espèce de ring, après les matchs de foot et de basket. En plus des combats, il y avait même des paris.
"C’était la bonne l’époque, c’était ce que l’on appelait « l’époque romantique », quand on contrôlait les combats, un temps sans la lâcheté ni les embuscades ou encore les armes à feux" dit Bernardo, auteur du livre Le Journalisme Sportif et La Formation des Groupes Ultras de Rio de Janeiro.
C’est au milieu des années 2000 que le muaythai a gagné de l’importance. C’est devenu à la mode, avec l’explosion de l’UFC. Les salles se sont multipliées, ainsi que les adeptes. Au début, tous recherchaient des bénéfices pour le corps, très bon pour la condition physique, avec de hautes dépenses caloriques, de la force et de l’agilité. Mais ce n’était pas que ça.
"Nous avons commencé à prendre le dessus dans les bagarres", raconte l’ancien président de la Mancha Alviverde Jânio CARVALHO DOS SANTOS, qui a amené la discipline chez les ultras de Rio De Janeiro. Il se souvient que, entre 2006 et 2008, "le muay thai explose". "Tout le monde a commencé à pratiquer et à donner des cours dans les sièges des groupes. En même temps, la discipline a commencé à prendre de l’importance et à passer à la télé. Au début, le sport était marginalisé, comme les ultras, c’était juste une collaboration."
L’ex-dirigeant est devenu lutteur professionnel, mais il n’oublie pas les ultras quand il monte dans l’octogone, son nom est Jânio MANCHA. Derrière la formation de Jânio et d’autres supporters se cache l’ancien triple champion du monde de muaythai Moisés GIBI. Le maître ne suit pas le foot, mais il ne cherche pas à s’en éloigner. Il a même déjà donner des cours où l’on pouvait trouver des supporters de 5 à 6 groupes d’ultras différents. Selon lui, il y a le respect du ring ou du tatami. "Je suis toujours derrière les élèves, à leur dire qu’ils se battent en dehors de la salle, ils seraient expulsés. On ne peut pas empêcher une personne de se battre, mais j’essaye toujours de faire passer le message que le sport combat et les bagarres ce ne sont pas la même chose."
Ca n’a été qu’une question de temps pour que le muay thai passe des salles aux tribunes. Tiffo, maillots et casquettes à l’effigie de la discipline sont devenus communs dans les stades. "C’est une façon de montrer qu’il existe un travail sérieux dans ce groupe" affirme le directeur de la Torcida Jovem du Ponte Preta, Paulo GARMS.
"Travail sérieux" qui bien souvent reçoit l’appui de leur club. Avec la collaboration du club de Santos qui a offert des tatamis, les cours dans le siège de la Torcida Jovem ont commencé il y a moins d’un an. Le club de Ponte Preta aussi a collaboré en offrant un ring à ses ultras. "Quand on a commencé, on a amené les gosses les plus explosifs et agressifs à la salle. Ils ont vu ce qu’est le sport, ils ont compris que le muaythai ce n’est pas de la bagarre, mais un sport de combat et de la discipline" explique Fabio CAVALCANTE, élève et ex-président des ultras de Santos.
L’entraîneur des stars de l’UFC comme Vitor BELFORT et les frères Minotauro et Minotouro, Paulo NIKOLAI est critique. "Bien sûr que nous comprenons que l’utilisation de ces disciplines chez les ultras est intentionnelle, pour que le mec sache utiliser ses coudes et ses genoux. Mais ça, ce n’est pas du muay thai." "La violence n’a pas commencé avec le muay thai" ajoute Jânio MANCHA. "La discipline a canalisé la violence". Pour le sport ou pour les bagarres le fait est que la discipline est entré dans le quotidien des ultras.
























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