Portrait : Yohann DRAI, le lutteur devenu kickeur devenu nak muay
Par Julien LANCHAS le jeudi 12 avril 2018
Nombreux sont les « farangs » chaque année à partir tenter leur chance au Royaume de Siam. Mais peu parviennent à la réussite que connait actuellement Yohann DRAI. Ce Marseillais de 26 ans n’a pas encore atteint la dimension d’un Rafi BOHIC ou d’un Youssef BOUGHANEM, mais ses performances dans les circuits de renom tels que le KUNLUN FIGHT en font un des Français les plus respectés à l’international. Quel chemin parcouru, depuis ses premiers pas en Pancrace, à Marseille, jusqu’à Pattaya et le Fairtex Gym ! C’est l’histoire que nous allons vous conter ici.
Yohan a une quinzaine d’années lorsqu’il se met à la Lutte, dans le quartier de Bonneveine à Marseille. Il excelle dans cette discipline puisqu’il comptera une vingtaine de victoires en Pancrace et Sambo en autant de combats. Puis il passe au kickboxing dans le club du Star Palace Boxing d’André SABATIER. Mais à 22 ans, pour s’entrainer de façon encore plus professionnelle, il décide de partir tenter sa chance en Hollande. Il n’est retenu par aucune obligation professionnelle puisqu’il travaille à ce moment là en free-lance comme scaphandrier ! Il rejoint alors le célèbre Mike’s Gym où il se lie d’amitié avec le futur champion du Glory Serhiy ADAMCHUK. Il découvre le professionnalisme dans la boxe… mais l’aventure ne durera que trois mois. « Il fait vraiment trop froid là bas, explique Yohann, et puis la vie est chère ! Tout ça ne me plaisait pas, je suis vite rentré en France. »
Yohann n’est vraiment pas du genre à rester en place. Au bout de quelques mois, c’est décidé, il part en Thaïlande avec un ami. « Je voyais que tous ceux qui allaient en Thaïlande revenaient avec le sourire… Je me suis dit : il doit y avoir quelque chose que je rate là ! Mais je voyais aussi qu’en revenant, ils essayaient de faire ce qu’ils avaient appris là-bas mais sans trop y arriver parce qu’ils n’étaient pas restés assez longtemps. Je ne voulais pas que ça me fasse pareil, alors j’ai décidé de partir pour longtemps ». Yohan a alors 4 combats pros de K1 dans les pattes (victoires contre Madické CAMARA, Tarek GUERMOUDI et Anthony RECIO, défaite face à Thibault REY). Son ami connait bien Alexis BARATEAU et Dimitri CERBERES. Ils décident donc de les rejoindre au Petchsaman FC de Youssef BOUGHANEM.
Une fois là-bas, Yohan n’a pas de temps à perdre… Il fait trois combats en deux semaines ! Il commence par deux victoires par KO au Pattaya Boxing Stadium puis boxe au MAX MUAY THAI où il s’impose aux points.
Yohann alterne des périodes de trois mois en Thaïlande avec des retours d’un mois en France. Il se retrouve ainsi dans le tournoi à 4 du SIMPLY THE BOXE 2015. Après avoir battu Anthony RECIO en demi, Yohann retrouve Eddy NAIT SLIMANI en finale. La décision sera en sa défaveur, à la plus grande surprise de bon nombre d’observateurs. « Le public, les commentateurs de SFR Sport,… tous disaient que je m’étais fait voler. »
Peu importe, à son retour en Thaïlande, ses trois succès à Pattaya le projettent dans des combats bien plus sérieux. Ça va se passer alors un peu moins bien pour le Marseillais. Il enchaine quatre défaites consécutives. « J'étais un peu comme un faire-valoir, je n’avais ni l’entrainement ni l’expérience. Ce qu’il y avait de positif c’est que je faisais quand même mon combat, j’étais loin d'être ridicule et les Thaïs disaient que j’avais un gros coeur, je continuais toujours à avancer quoi qu’il arrive. Cette série de défaites n’était pas importante pour moi. J’aimais ce que je faisais, c’était le principal, je boxais pour moi même. »
L’une de ces défaites est au THAI FIGHT, en kard chuek, contre IQUEZANG. Le combat le plus dur jusque là dans la carrière de Yohann. « Les trois combats avant, tous les étrangers étaient repartis sur civière ! Là tu arrives, toute la foule est contre toi, tu boxes devant des milliers de personnes, tu as l’impression que tu pars au charbon. Mentalement c’était dur, il y avait tellement de pression, j’étais épuisé psychologiquement à la fin ! »
IQUEZANG, Yohann le retrouvera deux ans plus tard, au THAI FIGHT toujours, mais à Paris. Une toute autre histoire. « Ce n’était plus du tout la même chose. J’avais bien plus d’expérience, je n’avais pas peur d’aller au corps à corps, pas peur du clinch ou des coudes. Avant, au début, oui, j’avais une appréhension des coudes, je n’avais pas envie de me faire ouvrir. Ce n’était pas encore mon sport en fait, ça l’est devenu, j’ai appris dans le dur. »
Mais reprenons le fil du récit. Après sa mauvaise série de quatre défaites, c’est en France que Yohann renoue avec le succès. Il s’offre un premier nom prestigieux à son palmarès, celui de Cédric CASTAGNA. Le combat se tient alors à la NUIT DES CHAMPIONS 2015, dans une ambiance très particulière puisque les attentats du Bataclan avaient eu lieu la veille.
Quatre mois plus tard, Yohann fait face à une très grande star du Muaythai : SINGMANEE Kaewsamrit. Le Thaïlandais défend alors sa ceinture mondiale WPMF -66,7kg sur laquelle bien des Français se sont cassé les dents auparavant. Yohann ne fera pas mieux que ses compatriotes. « J’étais quand même content de mon combat. Ça restait SINGMANEE, il a tout gagné ! Moi je débutais, je n’avais rien à perdre. A ce moment là, je ne comprenais pas bien leur façon de compter… Pour moi, tu avançais, tu étais plus agressif = tu gagnais le combat. A l’époque, je ne bloquais pas, il m’a mis au moins 200 middles ! Mais au 3eme round, je l’ai quand même touché sur une droite, il a vacillé, après je voyais dans ses yeux qu’il était moins serein ! C’est une petite fierté, j’essaye de trouver le positif dans ma défaite (rires) ! »
Après deux ans au Petchsaman, Yohann décide de changer de camp. « Youssef est toujours dans le game, il faut qu'il s’occupe de lui. Moi je n’avais pas temps à perdre, il me fallait quelqu’un qui s’occupe de moi. Précisions que j’ai gardé de bon rapports avec Youssef. »
Yohann tape alors à la porte du Fairtex Gym. Ils prennent le Français à l’essai pendant trois mois et le placent au KUNLUN FIGHT pour un combat contre SRIMUANGPAI AmnatMuaythaiGym (qui comptera ensuite une victoire et une défaite contre Rafi BOHIC). Yohann s’impose dans ce qu’il estime être le combat le plus important de sa carrière. « Je jouais clairement ma place au Fairtex. Contre un Thaï qui était coté en plus ! »
Le Fairtex garde donc Yohann et le voici alors aux côtés de la superstar YODSANKLAI. « C’est un super mec, un bon vivant ! On dirait qu’il n’est pas conscient que c’est une légende du muay. Moi je suis son sparring en fait, même s'il est beaucoup en Chine en ce moment. J’apprends énormément quand je tourne avec lui. Il est précis, il est puissant, il a tout. »
Les succès s’enchainent alors pour Yohann. Il continue de briller au KUNLUN FIGHT où il compte six victoires pour une défaite (contre Dzianis ZUEV) et a remporté deux fois le tournoi -70kg. « Le KUNLUN a du lourd en terme de boxeurs, c’est l’équivalent du GLORY en Asie en fait. J'ai fait partie du top 8 lors du tournoi précédent alors qu’il y avait 64 boxeurs à la base ! C’est une grande fierté pour moi, le petit gars du quartier Bonneveine qui se retrouve dans le top ! »
Yohann pourrait encore franchir un palier important s’il venait à s’imposer contre JOMTHONG Chuawattana le 28 avril, à l'ALL STAR FIGHT 3. Ça ne sera pas évident car son adversaire est redoutable. Dans un article récent, Yohan nous confiait : « JOMTHONG est un mec que je regardais quand j'ai commencé la boxe. Je l'ai vu plusieurs fois combattre, il est incroyable. Précis, rapide, puissant techniquement, il est parfait. Je dois faire la différence sur ma condition physique, imposer un rythme soutenu tout en gardant une bonne défense. »
Yohan est assez clairvoyant sur ses points forts et ses lacunes : « Je ne suis pas le meilleur puncheur, je n’ai pas la jambe gauche de YODSANKLAI, je n’ai pas les meilleurs genoux… mais je vais rapidement voir chez mon adversaire là où je dois aller, ses points faibles. Je sais que je suis complet et je sais utiliser la bonne arme au bon moment. Mais j’ai encore beaucoup à apprendre, j’évolue de fight en fight. Là, je travaille ma défense, c’est important de ne prendre pas trop de coups si tu veux aller loin. »
La catégorie des 70kg n’est pas la plus fournie actuellement chez les boxeurs français. On peut donc sans problème placer Yohann dans le top 3 national. Un combat contre Mohamed SOUANE serait même le bienvenu pour voir un peu plus clair dans la hiérarchie. « En France, oui un combat contre Mohamed SOUANE serait intéressant. Je peux aussi descendre à 67kg en Thaïlande (en France c’est plus difficile), donc pourquoi pas un combat contre Rafi BOHIC. Il y a Fabio PINCA aussi mais pas tout de suite, je dois encore prendre de l’expérience. Côté étrangers, j’aimerais boxer SUPERBON. »
L’année prochaine, Yohann pourrait se lancer dans le MMA. Une forme de retour aux origines pour lui. « Le Fairtex a ouvert une session MMA donc j’y songe. Financièrement, le MMA est bien plus intéressant que le pieds-poings. Ici, en Thaïlande, tu peux boxer des tueurs pour juste 10 000 bahts (ndlr : 250 euros) ! »
Autre projet pour Yohann, arrêter de manger du poisson ! Ce grand passionné d’animaux qu’il est est végétarien… mais il consomme quand même des fruits de mer et du poisson… pour l’instant.
Dans quatre ou cinq ans, Yohann envisage de rentrer enfin en France. « Je vais vivre ma passion jusqu’au bout mais il me tarde aussi de rentrer chez moi, pour voir ma famille… et mon chien ! »





















