Portrait : Ludivine LASNIER, une championne du monde qui s'ignorait
Par Julien LANCHAS le jeudi 18 octobre 2018
A l'affiche du prestigieux FIGHT LEGEND, le 27 octobre à Genève, la multiple championne du monde ISKA Ludivine LASNIER s'étonne tous les jours d'être parvenue à aller si haut dans le pieds-poings, alors que rien ne l'y prédestinait. Mariée au boxeur Marouane SIFI, Ludivine se consacre aujourd'hui pleinement à son sport, avec, à 33 ans, un appétit encore aiguisé. Voici son portrait.
On l’a vu évoluer à la Konteam de Villiers-sur-Marne ou au Shark Boxing de Massy. Mais Ludivine LASNIER est bien une pure Troyenne, ville où elle est née il y a 33 ans. A 18 ans, elle passe beaucoup de temps chez une amie qui habite juste en face d’une salle de boxe anglaise. Alors les deux comparses se disent un jour « Allons essayer ». Elle accroche vite, contente de se défouler comme jamais. Plus tard, elle suit un groupe de copines à l’ATTB de Dany COQUET pour des séances de fit boxe. Mais ça ne lui suffit pas, il faut que ça tape ! Elle se met donc au Full Contact, toujours dans le même club. A 25 ans, elle gagne alors sans tarder les championnats de France classe C. « Je me surprenais moi-même, je pensais pas du tout que j’étais faite pour ce genre de sport ! »
Elle quitte plus tard l’ATTB pour un club à Saint-André-les-Vergers, le SAPP. Passé en pro, elle devient championne de France durant deux années consécutives, est sélectionnée par l’équipe de France de Full Contact, et part aux championnats du monde amateurs WAKO 2013 en Turquie. Parmi toute les nations, il y a aussi la Tunisie, dans laquelle figure un certain Marouane SIFI… Love is in the air ! Aucun des deux ne rentrera avec une médaille... mais avec beaucoup mieux : l’Amour. Trois ans plus tard, les deux tourtereaux se passeront la bague au doigt. Leur mariage en Tunisie (juste avant celui en France) fera le buzz. La séquence durant laquelle les deux époux, munis de leurs gants de boxe, se livrent à un petit combat dépassera le million de vue sur Facebook et sera reprise à la télé nationale tunisienne.
Entre temps, Ludivine est passée pro et a décroché une ceinture d'Europe du monde ISKA en Full Contact. Elle ne refera qu’un combat en Full par la suite, en 2017, pour une ceinture mondiale IKL qu’elle remportera. Car d’autres disciplines viendront vite la séduire. Un jour, Alan KERMOVAN, manager au réseau tentaculaire, fait un appel sur Facebook. Il cherche une boxeuse pour disputer un titre mondial -50kg en K1, en Angleterre. Passons sur la magie de ce sport qui permet de concourir pour un titre de champion du monde aussi facilement que si l’on faisait l’achat d’une poêle à frire…, voilà notre Ludivine qui, malgré son inexpérience dans cette discipline, va relever le défi. Pour préparer ce combat, elle demande l’aide d’Alex NGOM PRISO, entraîneur du Shark Boxing à Massy, ville où Ludivine est alors en train de passer son DEJEPS (Diplôme d'Etat de la Jeunesse, de l'Education Populaire et du Sport). Elle s’entraîne à fond pendant un mois entier et se retrouve affûtée comme jamais face à la Britannique Ruqsana BEGUM. Ludivine surclasse son adversaire et décroche le titre ! « Je n’y croyais pas ! Tout le monde m'avait dit "En Angleterre, si ça finit aux points, tu ne gagnes pas." Je suis croyante, je crois aux signes. C'est après ce combat que je me suis dit "Je peux le faire", c'est là que j'ai envisagé de faire une carrière pro. »
Elle défend sa ceinture seulement trois mois plus tard, chez elle, à Saint-André-les-Vergers, face à l’Italienne Sara FALCHETTI. Là encore, Ludivine s’impose sans soucis.
Ayant bien accroché avec Alex NGOM PRISO, elle est à présent à cheval avec entre le Shark Boxing et le SAPP. Mais cela crée quelques problèmes entre les deux clubs et Ludivine, pour calmer un peu les tensions, décide de partir à la Konateam pendant un an. C’est ici qu'elle va découvrir le Muaythai. Alors que tout lui a réussi jusque là, la championne du monde en Full et K1 ne va pas connaître le même succès avec le Muay. Son premier combat se fait au RADIKAL FIGHT NIGHT. D’abord prévue contre Lou-Anne PIMENTEL, elle hérite finalement de la Portugaise Maria LOBO. « Quand j’ai appris que c’était elle, j’ai dégluti. Ce n’était plus du tout la même histoire ! Mais bon, j’ai dit ok, on y va ! Au final, ça ne s’est pas trop mal passé mais Maria LOBO a fait la différence au corps à corps. »
Quelques mois plus tard, Ludivine se retrouve au YOKKAO pour faire face au prodige Amy PIRNIE. La Troyenne subit alors sa première défaite avant la limite. « Je l’avais touchée avec une droite, je voyais dans ses yeux que ça l’avait remuée. Alors je me suis un peu jetée et elle m’a intelligemment contrée avec un gros low kick. Elle m’a explosé le muscle. Le deuxième low kick sera fatal, impossible de continuer. Je n’étais pas habituée à perdre. C’est vrai que tout était arrivé assez facilement pour moi, les ceintures, etc. Et là, je me retrouvais avec deux défaites en muay. Alors je me suis dit qu’il fallait que je me donne encore plus à fond. »
Ludivine connaitra même deux défaites de plus, en K1, contre Silvia LA NOTTE puis Fadma BASRIR (défaites pour lesquelles elle a la sensation de s'être fait voler). Pour le combat suivant, son troisième en muaythai, elle doit faire face à Yolande ALONSO au SPIRIT BOXING SHOW. Cette fois-ci, elle prend le taureau par les cornes et décide de partir se préparer en Thaïlande, au camp du Chuwattana. « Ça m’a métamorphosée. Là-bas, on n’est pas dans notre zone de confort du tout donc ça te forge le mental. Et puis c’est vraiment enrichissant d’être aux côtés de nak muay qui boxent au Lumpini, au Rajadamnern. Là-bas, j’ai surtout appris enfin le corps à corps. Je n’avais rien avant ça, quand je regarde des vidéos de mes deux premiers combats je rigole. Là ça n’a plus rien à voir… » L’apprentissage au Royaume de Siam porte effectivement ses fruits puisqu’à son retour, Ludivine bat Yolande ALONSO, lui donnant du fil à retordre justement en clinch.
Ce combat était il y a un an et Ludivine n’a pas combattu depuis. « Le peu de propositions que j’ai eu n’étaient pas respectueuses, il fallait limite que je prenne les frais de déplacement à ma charge… »
Ludivine et Marouane ont pendant ce temps créé leur association, l’Avenir Energy Kick. Ils ont aujourd’hui 80 licenciés et proposent des créneaux enfants, femmes et adultes. En janvier prochain, ils ouvriront leur propre salle, à Rosières, avec espace musculation et fitness, et proposeront les mêmes cours.
Le 1er décembre, Ludivine et Marouane se lanceront même dans l’organisation avec la première édition du NIGHT OF SI’FIGHT à Troyes. Ludivine aura l’occasion de réaliser un de ses rêves : décrocher une ceinture mondiale WAKO PRO. « C’est marrant, à l’époque où j’ai commencé, jamais je n’aurais pensé que je passerai en pro, je me disais que je m’arrêterai là où ça s’arrêtera pour moi… Mais ça ne s’est en fait jamais arrêté. Et me voilà aujourd’hui à disputer la ceinture dont je rêve. C’est fou ! »
Mais l’actualité brulante de Ludivine c’est aussi le prestigieux FIGHT LEGEND, où elle boxera en K1, le 27 octobre à Genève. C’est à nouveau en Thaïlande que Ludivine est partie se préparer pendant un mois avec son mari, au Sitchefboontham puis au Yodyut à Koh Samui. Son adversaire sera la Suissesse Sonia DINH. « J'ai vu une vidéo d'un de ses combats. Elle boxe comme une Thaï, elle est super technique, elle avance tout le temps, cherche le coup dur, encaisse et avance. Si je boxe en reculant, ça n'ira pas. Il faudra que je lui donne moins l'envie d'avancer, que je lui fasse mal. C'est elle qui va douter la première ! »
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