"Poings de suture"
Premiers pas d'un nak muay
Par Michel Lecorre le lundi 22 mars 2010
Loin des légendes montées de toutes pièces, MUAYTHAITV vous présente un nak muay Thomas ALIZIER; peut-être que beaucoup de jeunes pratiquants se reconnaitront dans l’authenticité de son parcours. Remarqué dans un premier temps par Pascal MATHIEU, responsable du pôle espoir de la fédération FMDA. C’est en mars 2009 que nous faisions connaissance avec Thomas, lors d'un combat en Angleterre.
Photos : Sophie Martin
Le junior surclassé
Dans un premier temps, par rapport aux règles « catégoriques » des fédérations, il était surprenant de le voir combattre en junior surclassé, sans protections ; néanmoins le défie était intéressant. Il gagne facilement face à un adversaire plus âgé que lui. (voir l'article)
Coup de chance ? Durant cette opposition, Thomas montre déjà une réelle maturité, il boxe dans un style fimeu, ne se bagarre pas, même si ces poings frappent avec la puissance d’un marteau. Il gagne par KO à la troisième reprise. La suite nous montera qu’il avait bien mérité ce surclassement.
Déterminé
Qui est donc Thomas ALIZIER ? De premier abord, il impressionne par sa taille, dans le langage cinématographique d’AUDIARD, on le nommerait « armoire à glace ». Lors d’une interview, le journaliste lui demanderait, peut-être : « quelle profession exercez-vous ? » Avant que Thomas n’ouvre la bouche, un scribouillard serait prêt à noter déménageur, sans avoir attendu de réponse. Bien qu’il n’y ait pas de sot métier, Thomas est bachelier depuis deux ans, il a obtenu un baccalauréat littéraire, option art plastic avec mention. Aujourd’hui, il étudie l’architecture. Pourquoi cette filière ? À ses yeux, une formation qui allie sociologie, art, construction et sciences physiques est universelle, mais aussi concrète ; elle ne laisse pas de coté la culture, notamment le patrimoine, les arts plastiques. Son objectif est de construire. Pourquoi ? Peut-être pour laisser une œuvre quelque part, un bâtiment, une trace de son passage. Thomas affectionne Marcel DUCHAMP, un artiste plasticien à l’œuvre étonnante et déroutante, un contemporain d’André BRETON. Thomas s’est exercé, un peu moins à présent, mais s’exercera probablement dans le futur à créer des œuvres artistiques picturales, où il montre un art graphique violent en couleur. Thomas est convaincu par son art, autant qu’il est déterminé dans le muay thaï.
Thomas a donc débuté la boxe près de chez lui, à Crosne dans l’Essonne, durant deux ans. Puis, il croise Maxime JACQUEMET, un boxeur qui allait devenir entraîneur du BMT 91 à Boussy Saint-Antoine. C’est une rencontre capitale : « Maxime est proche de ses boxeurs, il sait se faire respecter et vit le muay thaï à fond, il n’hésite pas à donner de son temps pour nous préparer. C’est aussi un ami avec qui on parle de tout, on rigole bien ensemble. » De plus, l’ambiance au club BMT 91 est excellente, elle motive ; c’est une famille où il existe une réelle fraternité, un soutient indispensable aux boxeurs. Il est important de souligner la complicité qui lie Thomas à Sofiane BOUGOSSA, un autre nak muay de ce club, tout aussi remarquable, ils progressent ensemble. Depuis 2008, Thomas remporte victoire sur victoire en France, il s’entraîne très sérieusement chaque jour ; s’est efforcé de perdre du poids jusqu’en juin dernier pour boxer plus régulièrement chez les – de 81 kg. Mais à présent il déclare : « C’est difficile, éprouvant et pas toujours nécessaire, j’ai entamé la saison 2009-2010 à 86 kilos, aujourd’hui je boxe à mon poids de forme, plus puissant. Les régimes ça te fatigue physiquement et mentalement, tu finis par ne penser qu’à la bouffe. Maintenant je fais attention sans me faire du mal. » En juin 2009, Thomas s’est rendu en Thaïlande : « une expérience formidable, une autre approche de la boxe, moins agressive, plus posée, à l’image du pays et de la mentalité des Thaïs. Techniquement, on a encore énormément à apprendre d’eux. Là-bas, mes journées étaient rythmées ainsi :
6H : jogging, puis entraînement, des rounds de pao interminables sous la chaleur. Le repas seulement après !
16H : un autre jogging, corps à corps, pao, des abdos et des pompes, indispensables. »
Un autre aspect de la boxe : le mental
Lors de ce premier séjour, il a boxé. Jusqu’à présent, Thomas est serein avant les combats, avec ou sans protections. « Combattre sans protections c’est vraiment mieux, on n’a pas la sensation d’étouffer comme avec un plastron, on est plus prudent, on se protège mieux, on boxe mieux. J’ai découvert un autre aspect de la boxe: le mental, j’ai vu qu’en classe A avec des rounds de trois minutes, tout change, il faut tenir le coup psychologiquement même quand on est mort de fatigue et qu’on se demande, mais qu’est-ce que je fous là ? » Lors de son premier combat en Thaïlande, Thomas était face à un adversaire un peu plus léger que lui, ce qui le mettait en confiance. Pourtant, le français a dû « ravaler son sang », après un crochet dans la mâchoire, lors de la première reprise, mais il n’a rien lâché et a fini par s’imposer par KO sur un « tei lam toa » au quatrième round. De retour en France, Thomas jongle entre ses études qui le passionnent et l’entraînement ; néanmoins, quand il ne combat pas, il profite de ses week-ends pour sortir avec ses amis.
Sélectionné pour les championnats du monde
IFMA en Thaïlande
À Paris, faute d’adversaire face à lui, il ne compte plus les championnats où il s’est déplacé et finalement préparé durant des semaines pour rien. Cependant, il ne claque pas la porte du gymnase, laisse juste filer, à l’intérieur de lui-même, son agacement durant quelques minutes. Mais à la fin de la soirée, ses mains reluisent de baume de tigre, ses vêtements se sont un peu imprégnés de cette odeur de camphre sans avoir combattu ; avec Maxime, dans l’humour et l’efficacité, il a pris soin, préparé, encouragé tous les nak muay de son club, débutant ou champion.
En décembre, une nouvelle opportunité se présente à lui : l’équipe de France FMDA le sélectionne pour les championnats du monde IFMA en Thaïlande ; Thomas s’envole une nouvelle fois pour Bangkok, avec Sofiane BOUGOSSA, « son frère d’adoption », et son entraîneur Maxime JAQUEMET. Depuis son arrivée en Thaïlande, toute l’équipe de France a boxé, Thomas les a toutes et tous vu passer avant lui ; gagnants ou perdants, il a encouragé avec véhémence Nabil BOUJENAN, Amadou N’DIAYE, Dino ADAD, Sofiane DERDEGA, Hamza HANDAL, Saïda ATMANI. En plus d’être composé de nak muay valeureux, cette équipe de France était « adorable ». Thomas est bien pris en charge par les cadres FMDA Larbi BENATTIA, HADJ et Christian TJARKOV, mais cette « attente » est interminable ; après quatre jours d’appréhension dans les pattes, enfin il monte sur le ring. Chez les moins de 86 kilos, vu le petit nombre de compétiteurs engagés, seul quatre tours doivent se disputer, mais heureusement, les boxeurs sont en nombre impair, alors « cadeau », le sort a voulu que Thomas bénéficie d’un combat supplémentaire, une huitième de finale face à l’italien BEKOTTI Roberto, ce dernier est plus âgé, avec un passeport IFMA déjà bien rempli.
Un grand trou noir
Au début, Thomas avance, repousse par des « front kick » les attaques de l’italien qui recule et reçoit des coups de genoux sautés. Thomas est technicien, après l’envoi d’un jab, puis d’une droite, il place des low, des middle avec énergie, mais il doit être prudent, car même si la boxe de BERKOTTI est brouillonne, l’italien a un marteau de ferronnier dans chaque gant et une enclume à la place des tibias. Durant le combat, il ne placera qu’un seul « bon » low kick qui fera gonfler la jambe de Thomas. La douleur de cet hématome ne le quittera pas durant toute la suite du championnat et encore au-delà. Seconde reprise, Thomas avance toujours, sape les jambes de son adversaire, le coince dans les cordes après un puissant coup de genoux sauté, l’arbitre les sépare et les replace au centre du ring. Lors de ses assauts, les bras de l’italien tournent dans tous les sens, il place un crochet large, le protège dent de Thomas s’est expulsé de sa bouche sous l’impact, mais le français reste en garde, un peu sonné, mais les encouragements des autres nak muay de l’équipe de France, les conseils de Maxime JAQUEMET le soutiennent, alors il réussit à rester lucide, se protège. Troisième round, ALIZIER est plus agile que jamais, avance, puis entre en corps à corps. Thomas saisit BERKOTTI, le décale sur le côté et lui place un genou. Revenu au centre, il touche avec un high kick l’italien qui se jette sur lui et l’enlace violemment. ALIZIER gère, assène plusieurs coups de coudes. Pour la dernière reprise, BERKOTTI décide de ne plus reculer, mais Thomas le garde à distance en lui sapant les jambes presque sur chaque pas ; ALIZIER boxe comme un Thaï, ne lâche rien, il enchaîne aux poings, en jambe et en coups de genoux. Gong. Thomas a fatigué son adversaire, bien moins endurant que lui, il est passé au-dessus de la boxe de BERKOTTI, et c’est avec intelligence qu’il gagne ce combat.
Cependant, ALIZIER savoure à peine sa victoire, il a été secoué, la suite de cette journée est pour lui un grand trou noir. Bien sûr, Sofiane BOUGOUSSA s’occupait de lui, comme un frère !
Après une nuit de sommeil mérité, il doit remonter sur le ring, dès le lendemain. Cette fois, il affronte Mohamed SAID du Bahreïn. La première reprise est de suite énergique, SAID est agressif, mais diffus, Thomas l’a déjà jaugé, place un genou, puis son tibia percute la jambe avant de SAID qui grimace aussitôt de douleur. Thomas impose le rythme du combat, coince son adversaire et lui place un superbe genou dans le ventre. Sans son plastron, SAID serait certainement à terre, plié en deux. Deuxième round, sa blessure de la veille face à l’italien se rappelle à Thomas, sournoisement par des douleurs ponctuelles, mais il ne le montre pas, bouge beaucoup, bloque, boxe avec une garde hermétique ; il comprend que SAID se sent dominé, car soudain il s’est jeté sur lui pour entrer en corps à corps, alors le français réplique par des coups de coudes, le décale. Sorti de l’enlacement, Thomas double ses low kick, le bruit mat des impacts s’entend jusque dans le public ; à nouveau, il avance comme un rouleau compresseur, ses genoux piquent comme des pointes de sabres le cuir du plastron de son adversaire, un pur moment de maîtrise technique. Troisième reprise, un high kick d’ALIZIER, mais SAID remise de même et son coup semble être passé ! Coup de théâtre ? L’arbitre les éloigne, observe Thomas, il n’en est rien, le combat reprend de plus bel. En ligne, toujours sans se jeter, ALIZIER boxe son adversaire, le coince, l’attaque avec un coup de coude, puis voit une ouverture. Avec puissance, sa droite touche en ligne, sonne par deux fois la face de SAID. L’arbitre arrête le combat. Une nouvelle victoire, avant la fin pour ALIZIER.
Déjà la demi-finale. A présent, il se retrouve face à l’indien Hemanth KUMAR qui, par le hasard du sort, n’avait pas disputé un seul combat depuis le début de ce championnat du monde, alors que Thomas boxe depuis trois jours. KUMAR est plus petit, pas très impressionnant physiquement, mais il n’est jamais bon de juger un combat par avance. L’opposition démarre, de suite l’indien est compté jusqu’à huit sur un genou au plexus. Le combat reprend, ALIZIER exploite la faille, il a un boulevard devant lui, nouveau coup de genou, mais cette fois au visage, KUMAR est KO. Le tout a duré trente secondes, peut-être quarante-cinq. Contrairement aux apparences, Thomas était épuisé, il a vu un moyen de s’économiser avant la finale, il n’a pas hésité une seconde. Son futur adversaire, le suédois LAZAREVIC Adam était venu pour voir sa boxe, mais il n’a pas pu observer grand-chose. La chance fait partie du jeu.
24 heures de repos et enfin la finale. Le combat démarre de suite très fort, LAZAREVIC a un style fluide, plus rapide, mais moins puissant. Sans allez jusqu’à risquer le coup irrégulier flagrant, et donc la disqualification, il s’évertue à placer tous les coups de vices possibles, d’ailleurs, tout au long du combat, l’arbitre lui adressera de nombreuses remontrances ; son but est d’anéantir psychologiquement le français. Le suédois est beaucoup plus expérimenté, Thomas se trouve alors secoué, touché par les poings de son adversaire. Déstabilisé, il se concentre pour rester explosif, répond aux assauts, mais ne parvient pas à imposer son rythme durant cette première reprise. Minute de récupération, Maxime JAQUEMET ressent que son nak muay est dans le doute, alors il sait trouver les mots pour le motiver, le « regonfler moralement », lui donner l’envie de se dépasser et de « tout arracher ». Déjà le gong, Thomas revient au centre du ring ; dès que le geste tranchant de l’arbitre à donné le signal, les coups pleuvent aussitôt ; le suédois est face à un adversaire bien plus coriace qu’il ne le pensait, mais profitant de sa plus grande taille, il le touche à la tête sur un genou. ALIZIER KO ? Pas le moins du monde, il l’a reçu, certes, mais c’est pour mieux le lui rend dans la seconde ! C’est une cadence infernale qui s’enchaîne, aucun des deux ne cède du terrain, le français ne recule plus. Lors du troisième round, le suédois tente à nouveau un genou sauté, « pour en finir », mais Thomas l’envoie au tapis sur un contre du gauche. Pour la dernière reprise, les combattants sont déterminés, l’aspect long et sec de LAZAREVIC n’est plus un atout majeur comme au début, Thomas arrive à le contrer régulièrement, à casser la distance, mais l’anglaise du suédois reste la meilleure. Gong, le match est joué, Thomas a perdu : « sans regret, j’ai tout donné, c’était la guerre ! ». Épuisé, il tient tout juste debout ; Maxime JACQUEMET et Sofiane BOUGOSSA réagissent à la seconde sans la moindre hésitation pour lui ôter le casque, le plastron, éponger sa sueur, lui donner à boire, l’amener pour l'assoir confortablement dans les vestiaires, puis le soigner, lui détendre les muscles et l’esprit, tout simplement le soutenir.
Thomas a conscience de la présence, des attentions de ceux qui l’entourent, mais il est encore dans son combat et un superlatif ne cesse de résonner dans sa tête : « très, très, très très… » Les minutes se sont envolées, il retrouve ses forces pour se relever, monter sur le podium et attendre de recevoir sa médaille d’argent. L’attitude de LAZAREVIC semble révélatrice, car il le prend spontanément par les épaules, comme un frère d’arme. Est-il sincère ? Le sourire du suédois montre sa joie évidente d’être médaille d’or, mais contrairement à son attitude sur le ring, le rictus méprisant du premier round a quitté ses lèvres, la défiance n’émane plus de son regard dont l’expression témoigne à présent un véritable respect envers Thomas qui, plus tard, affirmera : « ce combat était très intense des deux côtés, on a fait quatre rounds de fou. Mon plus dur jusqu’à présent.»
ALIZIER a donc derrière lui un parcourt sportif authentique, pavé de labeur et de modestie. Aujourd’hui, il peut décider de sortir des cordes, suivre une autre voie, un choix qui serait légitime, en aucun cas un manque de courage, ou bien, conscient de ses capacités, il continue le muay thaï, lucide des douleurs occasionnées, lucide des sensations intenses que notre sport apporte.
Thomas ALIZIER est le reflet de beaucoup de jeunes nak muay, qu’ils soient d’une fédération, ou d’une autre. « Toujours se perfectionner et apprendre, repousser ses limites et se donner a fond pour gagner »
Photos : Sophie Martin
Le junior surclassé
Dans un premier temps, par rapport aux règles « catégoriques » des fédérations, il était surprenant de le voir combattre en junior surclassé, sans protections ; néanmoins le défie était intéressant. Il gagne facilement face à un adversaire plus âgé que lui. (voir l'article)
Coup de chance ? Durant cette opposition, Thomas montre déjà une réelle maturité, il boxe dans un style fimeu, ne se bagarre pas, même si ces poings frappent avec la puissance d’un marteau. Il gagne par KO à la troisième reprise. La suite nous montera qu’il avait bien mérité ce surclassement.
Déterminé
Qui est donc Thomas ALIZIER ? De premier abord, il impressionne par sa taille, dans le langage cinématographique d’AUDIARD, on le nommerait « armoire à glace ». Lors d’une interview, le journaliste lui demanderait, peut-être : « quelle profession exercez-vous ? » Avant que Thomas n’ouvre la bouche, un scribouillard serait prêt à noter déménageur, sans avoir attendu de réponse. Bien qu’il n’y ait pas de sot métier, Thomas est bachelier depuis deux ans, il a obtenu un baccalauréat littéraire, option art plastic avec mention. Aujourd’hui, il étudie l’architecture. Pourquoi cette filière ? À ses yeux, une formation qui allie sociologie, art, construction et sciences physiques est universelle, mais aussi concrète ; elle ne laisse pas de coté la culture, notamment le patrimoine, les arts plastiques. Son objectif est de construire. Pourquoi ? Peut-être pour laisser une œuvre quelque part, un bâtiment, une trace de son passage. Thomas affectionne Marcel DUCHAMP, un artiste plasticien à l’œuvre étonnante et déroutante, un contemporain d’André BRETON. Thomas s’est exercé, un peu moins à présent, mais s’exercera probablement dans le futur à créer des œuvres artistiques picturales, où il montre un art graphique violent en couleur. Thomas est convaincu par son art, autant qu’il est déterminé dans le muay thaï.
Le BMT 91 est une famille
Thomas a donc débuté la boxe près de chez lui, à Crosne dans l’Essonne, durant deux ans. Puis, il croise Maxime JACQUEMET, un boxeur qui allait devenir entraîneur du BMT 91 à Boussy Saint-Antoine. C’est une rencontre capitale : « Maxime est proche de ses boxeurs, il sait se faire respecter et vit le muay thaï à fond, il n’hésite pas à donner de son temps pour nous préparer. C’est aussi un ami avec qui on parle de tout, on rigole bien ensemble. » De plus, l’ambiance au club BMT 91 est excellente, elle motive ; c’est une famille où il existe une réelle fraternité, un soutient indispensable aux boxeurs. Il est important de souligner la complicité qui lie Thomas à Sofiane BOUGOSSA, un autre nak muay de ce club, tout aussi remarquable, ils progressent ensemble. Depuis 2008, Thomas remporte victoire sur victoire en France, il s’entraîne très sérieusement chaque jour ; s’est efforcé de perdre du poids jusqu’en juin dernier pour boxer plus régulièrement chez les – de 81 kg. Mais à présent il déclare : « C’est difficile, éprouvant et pas toujours nécessaire, j’ai entamé la saison 2009-2010 à 86 kilos, aujourd’hui je boxe à mon poids de forme, plus puissant. Les régimes ça te fatigue physiquement et mentalement, tu finis par ne penser qu’à la bouffe. Maintenant je fais attention sans me faire du mal. » En juin 2009, Thomas s’est rendu en Thaïlande : « une expérience formidable, une autre approche de la boxe, moins agressive, plus posée, à l’image du pays et de la mentalité des Thaïs. Techniquement, on a encore énormément à apprendre d’eux. Là-bas, mes journées étaient rythmées ainsi :
6H : jogging, puis entraînement, des rounds de pao interminables sous la chaleur. Le repas seulement après !
16H : un autre jogging, corps à corps, pao, des abdos et des pompes, indispensables. »
Un autre aspect de la boxe : le mental
Lors de ce premier séjour, il a boxé. Jusqu’à présent, Thomas est serein avant les combats, avec ou sans protections. « Combattre sans protections c’est vraiment mieux, on n’a pas la sensation d’étouffer comme avec un plastron, on est plus prudent, on se protège mieux, on boxe mieux. J’ai découvert un autre aspect de la boxe: le mental, j’ai vu qu’en classe A avec des rounds de trois minutes, tout change, il faut tenir le coup psychologiquement même quand on est mort de fatigue et qu’on se demande, mais qu’est-ce que je fous là ? » Lors de son premier combat en Thaïlande, Thomas était face à un adversaire un peu plus léger que lui, ce qui le mettait en confiance. Pourtant, le français a dû « ravaler son sang », après un crochet dans la mâchoire, lors de la première reprise, mais il n’a rien lâché et a fini par s’imposer par KO sur un « tei lam toa » au quatrième round. De retour en France, Thomas jongle entre ses études qui le passionnent et l’entraînement ; néanmoins, quand il ne combat pas, il profite de ses week-ends pour sortir avec ses amis.
Sélectionné pour les championnats du monde
IFMA en Thaïlande
À Paris, faute d’adversaire face à lui, il ne compte plus les championnats où il s’est déplacé et finalement préparé durant des semaines pour rien. Cependant, il ne claque pas la porte du gymnase, laisse juste filer, à l’intérieur de lui-même, son agacement durant quelques minutes. Mais à la fin de la soirée, ses mains reluisent de baume de tigre, ses vêtements se sont un peu imprégnés de cette odeur de camphre sans avoir combattu ; avec Maxime, dans l’humour et l’efficacité, il a pris soin, préparé, encouragé tous les nak muay de son club, débutant ou champion.
En décembre, une nouvelle opportunité se présente à lui : l’équipe de France FMDA le sélectionne pour les championnats du monde IFMA en Thaïlande ; Thomas s’envole une nouvelle fois pour Bangkok, avec Sofiane BOUGOSSA, « son frère d’adoption », et son entraîneur Maxime JAQUEMET. Depuis son arrivée en Thaïlande, toute l’équipe de France a boxé, Thomas les a toutes et tous vu passer avant lui ; gagnants ou perdants, il a encouragé avec véhémence Nabil BOUJENAN, Amadou N’DIAYE, Dino ADAD, Sofiane DERDEGA, Hamza HANDAL, Saïda ATMANI. En plus d’être composé de nak muay valeureux, cette équipe de France était « adorable ». Thomas est bien pris en charge par les cadres FMDA Larbi BENATTIA, HADJ et Christian TJARKOV, mais cette « attente » est interminable ; après quatre jours d’appréhension dans les pattes, enfin il monte sur le ring. Chez les moins de 86 kilos, vu le petit nombre de compétiteurs engagés, seul quatre tours doivent se disputer, mais heureusement, les boxeurs sont en nombre impair, alors « cadeau », le sort a voulu que Thomas bénéficie d’un combat supplémentaire, une huitième de finale face à l’italien BEKOTTI Roberto, ce dernier est plus âgé, avec un passeport IFMA déjà bien rempli.
Un grand trou noir
Au début, Thomas avance, repousse par des « front kick » les attaques de l’italien qui recule et reçoit des coups de genoux sautés. Thomas est technicien, après l’envoi d’un jab, puis d’une droite, il place des low, des middle avec énergie, mais il doit être prudent, car même si la boxe de BERKOTTI est brouillonne, l’italien a un marteau de ferronnier dans chaque gant et une enclume à la place des tibias. Durant le combat, il ne placera qu’un seul « bon » low kick qui fera gonfler la jambe de Thomas. La douleur de cet hématome ne le quittera pas durant toute la suite du championnat et encore au-delà. Seconde reprise, Thomas avance toujours, sape les jambes de son adversaire, le coince dans les cordes après un puissant coup de genoux sauté, l’arbitre les sépare et les replace au centre du ring. Lors de ses assauts, les bras de l’italien tournent dans tous les sens, il place un crochet large, le protège dent de Thomas s’est expulsé de sa bouche sous l’impact, mais le français reste en garde, un peu sonné, mais les encouragements des autres nak muay de l’équipe de France, les conseils de Maxime JAQUEMET le soutiennent, alors il réussit à rester lucide, se protège. Troisième round, ALIZIER est plus agile que jamais, avance, puis entre en corps à corps. Thomas saisit BERKOTTI, le décale sur le côté et lui place un genou. Revenu au centre, il touche avec un high kick l’italien qui se jette sur lui et l’enlace violemment. ALIZIER gère, assène plusieurs coups de coudes. Pour la dernière reprise, BERKOTTI décide de ne plus reculer, mais Thomas le garde à distance en lui sapant les jambes presque sur chaque pas ; ALIZIER boxe comme un Thaï, ne lâche rien, il enchaîne aux poings, en jambe et en coups de genoux. Gong. Thomas a fatigué son adversaire, bien moins endurant que lui, il est passé au-dessus de la boxe de BERKOTTI, et c’est avec intelligence qu’il gagne ce combat.
Cependant, ALIZIER savoure à peine sa victoire, il a été secoué, la suite de cette journée est pour lui un grand trou noir. Bien sûr, Sofiane BOUGOUSSA s’occupait de lui, comme un frère !
Une nouvelle victoire, avant la fin...
Après une nuit de sommeil mérité, il doit remonter sur le ring, dès le lendemain. Cette fois, il affronte Mohamed SAID du Bahreïn. La première reprise est de suite énergique, SAID est agressif, mais diffus, Thomas l’a déjà jaugé, place un genou, puis son tibia percute la jambe avant de SAID qui grimace aussitôt de douleur. Thomas impose le rythme du combat, coince son adversaire et lui place un superbe genou dans le ventre. Sans son plastron, SAID serait certainement à terre, plié en deux. Deuxième round, sa blessure de la veille face à l’italien se rappelle à Thomas, sournoisement par des douleurs ponctuelles, mais il ne le montre pas, bouge beaucoup, bloque, boxe avec une garde hermétique ; il comprend que SAID se sent dominé, car soudain il s’est jeté sur lui pour entrer en corps à corps, alors le français réplique par des coups de coudes, le décale. Sorti de l’enlacement, Thomas double ses low kick, le bruit mat des impacts s’entend jusque dans le public ; à nouveau, il avance comme un rouleau compresseur, ses genoux piquent comme des pointes de sabres le cuir du plastron de son adversaire, un pur moment de maîtrise technique. Troisième reprise, un high kick d’ALIZIER, mais SAID remise de même et son coup semble être passé ! Coup de théâtre ? L’arbitre les éloigne, observe Thomas, il n’en est rien, le combat reprend de plus bel. En ligne, toujours sans se jeter, ALIZIER boxe son adversaire, le coince, l’attaque avec un coup de coude, puis voit une ouverture. Avec puissance, sa droite touche en ligne, sonne par deux fois la face de SAID. L’arbitre arrête le combat. Une nouvelle victoire, avant la fin pour ALIZIER.
Dès le lendemain, Thomas remonte sur le ring
Déjà la demi-finale. A présent, il se retrouve face à l’indien Hemanth KUMAR qui, par le hasard du sort, n’avait pas disputé un seul combat depuis le début de ce championnat du monde, alors que Thomas boxe depuis trois jours. KUMAR est plus petit, pas très impressionnant physiquement, mais il n’est jamais bon de juger un combat par avance. L’opposition démarre, de suite l’indien est compté jusqu’à huit sur un genou au plexus. Le combat reprend, ALIZIER exploite la faille, il a un boulevard devant lui, nouveau coup de genou, mais cette fois au visage, KUMAR est KO. Le tout a duré trente secondes, peut-être quarante-cinq. Contrairement aux apparences, Thomas était épuisé, il a vu un moyen de s’économiser avant la finale, il n’a pas hésité une seconde. Son futur adversaire, le suédois LAZAREVIC Adam était venu pour voir sa boxe, mais il n’a pas pu observer grand-chose. La chance fait partie du jeu.
Repousser ses limites
24 heures de repos et enfin la finale. Le combat démarre de suite très fort, LAZAREVIC a un style fluide, plus rapide, mais moins puissant. Sans allez jusqu’à risquer le coup irrégulier flagrant, et donc la disqualification, il s’évertue à placer tous les coups de vices possibles, d’ailleurs, tout au long du combat, l’arbitre lui adressera de nombreuses remontrances ; son but est d’anéantir psychologiquement le français. Le suédois est beaucoup plus expérimenté, Thomas se trouve alors secoué, touché par les poings de son adversaire. Déstabilisé, il se concentre pour rester explosif, répond aux assauts, mais ne parvient pas à imposer son rythme durant cette première reprise. Minute de récupération, Maxime JAQUEMET ressent que son nak muay est dans le doute, alors il sait trouver les mots pour le motiver, le « regonfler moralement », lui donner l’envie de se dépasser et de « tout arracher ». Déjà le gong, Thomas revient au centre du ring ; dès que le geste tranchant de l’arbitre à donné le signal, les coups pleuvent aussitôt ; le suédois est face à un adversaire bien plus coriace qu’il ne le pensait, mais profitant de sa plus grande taille, il le touche à la tête sur un genou. ALIZIER KO ? Pas le moins du monde, il l’a reçu, certes, mais c’est pour mieux le lui rend dans la seconde ! C’est une cadence infernale qui s’enchaîne, aucun des deux ne cède du terrain, le français ne recule plus. Lors du troisième round, le suédois tente à nouveau un genou sauté, « pour en finir », mais Thomas l’envoie au tapis sur un contre du gauche. Pour la dernière reprise, les combattants sont déterminés, l’aspect long et sec de LAZAREVIC n’est plus un atout majeur comme au début, Thomas arrive à le contrer régulièrement, à casser la distance, mais l’anglaise du suédois reste la meilleure. Gong, le match est joué, Thomas a perdu : « sans regret, j’ai tout donné, c’était la guerre ! ». Épuisé, il tient tout juste debout ; Maxime JACQUEMET et Sofiane BOUGOSSA réagissent à la seconde sans la moindre hésitation pour lui ôter le casque, le plastron, éponger sa sueur, lui donner à boire, l’amener pour l'assoir confortablement dans les vestiaires, puis le soigner, lui détendre les muscles et l’esprit, tout simplement le soutenir. Thomas a conscience de la présence, des attentions de ceux qui l’entourent, mais il est encore dans son combat et un superlatif ne cesse de résonner dans sa tête : « très, très, très très… » Les minutes se sont envolées, il retrouve ses forces pour se relever, monter sur le podium et attendre de recevoir sa médaille d’argent. L’attitude de LAZAREVIC semble révélatrice, car il le prend spontanément par les épaules, comme un frère d’arme. Est-il sincère ? Le sourire du suédois montre sa joie évidente d’être médaille d’or, mais contrairement à son attitude sur le ring, le rictus méprisant du premier round a quitté ses lèvres, la défiance n’émane plus de son regard dont l’expression témoigne à présent un véritable respect envers Thomas qui, plus tard, affirmera : « ce combat était très intense des deux côtés, on a fait quatre rounds de fou. Mon plus dur jusqu’à présent.»
ALIZIER a donc derrière lui un parcourt sportif authentique, pavé de labeur et de modestie. Aujourd’hui, il peut décider de sortir des cordes, suivre une autre voie, un choix qui serait légitime, en aucun cas un manque de courage, ou bien, conscient de ses capacités, il continue le muay thaï, lucide des douleurs occasionnées, lucide des sensations intenses que notre sport apporte.
Thomas ALIZIER est le reflet de beaucoup de jeunes nak muay, qu’ils soient d’une fédération, ou d’une autre. « Toujours se perfectionner et apprendre, repousser ses limites et se donner a fond pour gagner »






























