Pascal Benmati, le boxeur droit
Par Michel Lecorre le vendredi 13 octobre 2006
On connaît peu ce Nak Muay, car son calme et sa distance le rendent discret. Dans un premier temps, il peut paraître froid. Cet homme n’impressionne ni par sa taille, ni par sa masse musculaire. Seulement, à la salle du Phénix, club où il s’entraîne, on ne l’a pas vu baisser les yeux.Son regard est direct, pas biaisé et ne quitte jamais son adversaire lors des sparings, sa détermination à gagner, à aller vers le but qu’il veut atteindre ne laisse aucun doute sur sa volonté. Du haut de ses 60 kg, il accepte tous les « sparrings » avec tous ses collègue de la salle, qu’il s’agisse de Farid VILLAUME, de Karim SAADA ou même des combattants de passage. Qu’il s’agisse de petit assauts souples ou de sparring appuyés, Pascal n’en a jamais évité aucuns.
Pascal a débuté la boxe à 16 ans dans le 19ème à Paris, avec Richard Bonnal comme entraîneur. Il se souvient avec le sourire aux lèvres de son premier combat. Il a mis KO dans les 15 secondes du premier round son adversaire et… Bien sûr que non ! La boxe, nous sommes beaucoup à l’aimer, mais nous savons aussi qu’elle ne se conquière pas facilement. Son premier match, il l’a perdu sans conteste. Comme il le dit lui-même, « je me suis fait rétamer à mon premier combat ! » Cette défaite ne l’a pas découragé pour autant.
Il a continué à s’entraîner, à suer, à se prendre des Jab, des droites, quelques bons Tei lam Toa. Il a appris à se protéger, à observer pour donner efficacement ses coups.
Le combat de sa première finale en classe A en 2001 l’a marqué. Ce fut une confrontation très dure, Pascal a lutté jusqu’au bout et a gagné aux points contre Chémi du RMB de Saint-Ouen.
Á la salle, les Nak Muay sont impressionnés par sa maîtrise du Muay Thaï, et par son coté froid et lucide en combat. Pascal est un boxeur efficace, cinglant. Egal à sa personnalité, il ne donne pas dans l’effet spectacle par des attitudes cabotines sur le ring ou à l’entraînement. Il respecte ses adversaires, pas de haine dans ses yeux, seulement une insoutenable envie de gagner. Sur le parquet, on le voit avancer, reculer, pas de faux pas, pas de jambes qui se croisent ou qui tricotent. Du haut de ses 1m69, il sait plier ses genoux, prendre les bons appuis pour placer ses uppercuts ou ses crochets. On est surpris, on a l’impression qu’il voit au travers du cuir de ses gants qui protègent son visage. Si son adversaire a enchaîné un jab, une droite et un Tei Kha, Pascal sait esquiver ou encaisser, et de suite il remise avec un upercut, un genou, sans que l’autre n’ait eu le temps de revenir en garde. Pascal voit l’ouverture, et il s’y engouffre avec précision. Mais notre Nak Muay n’est pas seulement un chirurgien méthodique du Muay Thai. Quand il doit aller « au charbon », il y va ! Il s’adapte ! Il rentre, avance sur son adversaire avec force et rapidité, il rend coup pour coup. Il ne veut pas perdre, c’est à la fois un noble guerrier et un tirailleur sans peur.Les semaines qui précède un combat, Pascal observe, visualise, « s’imprègne » totalement de la boxe de son adversaire, il l’analyse, la respire, vit avec en silence jour et nuit, il y pense presque tout le temps. Durant ses footings, il se repasse dans la tête la boxe de celui qu’il doit combattre, ses mouvements, ses tiques, sa manière de bouger sur un ring. Lors de son combat contre Mounir Bouti, avec ses entraîneurs Hassan Gaye et Fred Chosson, ils avaient mis au point toute une stratégie. Pascal ne devait pas laisser Bouti installer sa boxe, ne pas aller au corps à corps, saper ses attaques, « mettre le paquet tout de suite ». Le but était de faire douter le poulain de Guillaume Kerner, l’obliger « à réfléchir et se poser des questions ». Ainsi, il en perdrait de sa vigilance et de sa détermination. Pascal lui a placé un magnifique crochet sous la mâchoire, il ne s’attendait pas à battre Mounir Bouti par KO à la seconde reprise, à ce que celui ci craque à mi distance. Aujourd’hui Pascal confie que ce fût un combat excellent pour lui, mais que si un jour il devait à nouveau rencontrer Mounir, nul ne peu savoir ce que sera l’issue du match. L’un comme l’autre peuvent gagner. Pascal a toujours un réel respect de ses adversaires. D’ailleurs, il rappelle qu’il n’y a aucune haine chez lui, juste l’envie de gagner, un brin d’agressivité, parce qu’il veut la victoire.
Avant un combat, Pascal ressent du stresse et de l’impatience. La boxe fait partie de lui, il aime ça, pas pour la gloire, les paillettes ou l’argent, juste parce qu’elle l’habite. Il ne souhaite pas particulièrement devenir « pro ». Pour la boxe Thaï en France, de toute manière cette option n’existe pas vraiment. Il ne semble pas en souffrir, son métier de gardien d’immeuble ne lui déplait pas. Pascal trouve un équilibre entre la boxe, sa vie de famille, sa femme maître nageur de profession et ses deux petits gars en bas âges. Pascal se déplace régulièrement au gymnase Max Roussié pour encourager et soutenir les classes D les samedis ou dimanches après-midi. Un jour, il avait amené avec lui son aîné, un petit bout de 3 ans. En toute simplicité, on observait un père attentif, complice de son garçon qui se régalait à rouler sur les tatamis inoccupés. Un papa et son petit bonhomme heureux d’être ensemble, une image simple et belle était donnée à qui voulait la voir.
La boxe, c’est une affaire entre lui et le Muay Thaï, sa mère, comme beaucoup, ne souhaite pas voir son fils boxer. Sa femme l’a vu une fois et cela lui a suffit. Le Muay Thaï fait parti de lui, de sa vie, il en a besoin. S’il ne va pas s’entraîner, cela lui manque assez vite.
Pour en revenir au sport, Pascal Benmati souhaiterait voir réellement la boxe Thaïlandaise à la télévision, accessible à tous. D’autre part, il est fatigué de la guerre des deux fédérations. « Fait chier ! » aucun Nak Muay, du classe A au simple pratiquant loisir, n’y gagne dans cette rivalité, encore moins le Muay Thaï.
Pascal Benmati est un homme discret qui ne refuse pas de vous parler si vous vous adressez naturellement à lui. Son aspect réservé n’est pas du mépris, mais peut être un peu de pudeur. Il prend le temps d’écouter ce que vous avez à lui dire, de vous répondre sans parlotte inutile. De plus, il sait s’adapter à ses partenaires de sparing, s’ils ont un niveau au-dessous du sien. Attention, car il ne leur fait pas de cadeau, il leur donne de sa rage de gagnant, sans les blesser pour autant.
Á la vue de sa maîtrise pugilistique, on est surpris qu’il ne soit jamais allé s’entraîner en Thaïlande. Pourtant, il n’en est pas moins un grand boxeur. Il n’est pas allé dans un camp d’entraînement par manque d’occasion, à cause de ses obligations professionnelles, pour sa vie de famille. Néanmoins, il a combattu à Bangkok au championnat du monde amateur en 2000 et 2002.
Egalement, Pascal apprécie beaucoup le cinéma, il n’a pas le temps de fréquenter les salles obscures, mais se rattrape sur les DVD. Il aime tous les cinémas, des drames aux comédies, des grosses productions d’Hollywood aux films d’auteurs.
Pascal Benmati est un boxeur qui marque son époque, il nous offre une belle boxe, chirurgicale ou explosive au besoin. Son panel de possibilité est varié, il se sert aussi bien de ses jambes que de ses poings. Il maîtrise avec précision ses enchaînements. Les notions d’endurance et d’accélération font à part entière partis de sa puissance. Cet homme qu’on remarque avant tout en combat sur le ring est plein de richesses sportive et humaine. Dans son club, il est apprécié pour son bon sens, ses qualités de boxeur et son calme.
C’est un athlète sérieux et appliqué qui n’a pas fini de nous surprendre, nous attendons tous avec impatience ses prochains combats.

























