Mohamed RAHHAOUI, portrait de champion
Par Caroline Bertrand le mardi 15 mai 2018
Mohamed RAHHAOUI est un boxeur qui a marqué son temps dans le milieu du muaythai belge. A chacune de nos rencontres, on cherche à savoir si un retour est encore possible mais la réponse n'est jamais catégorique. Le temps passe, l’envie est toujours là. Quelque soit cette réponse, une telle carrière ne peut de toute façon pas s’arrêter sans qu’on lui consacre un article et lui tire notre chapeau. Retour sur le phénomène RAWIZZZ.
Difficile à croire mais au début la boxe thai n’intéressait vraiment pas Mohamed RAHHAOUI ! C’est un pote d’école qui m’a dit qu’il y avait une salle de boxe en bas de chez moi, le Friend's Gym, et qu’il faudrait qu’on y aille. Moi, ce n’était vraiment pas mon truc. On a testé et on a accroché. Au début je ne voulais pas faire de combat, je voulais simplement frapper au sac, m’entrainer. 6 mois plus tard je commençais les compétitions.
Mohamed avait 17 ans et ses parents sont alors plutôt hostiles aux sports de combat. Il s’entraine donc en cachette pendant plusieurs mois. Une fois démasqué, il est contraint de cacher à sa mère les dates de ses combats à cause de ses coups de fil à répétition pour prendre des nouvelles lorsqu’il attend dans les vestiaires. Quant à son père, il devient son plus fervent supporter. Chaque short du champion porte son prénom: Mehdi.
Aujourd’hui qu’il est père à son tour de 2 petits garçons, Mohamed comprend mieux ses parents, partagé qu’il est entre l’envie de leur offrir une paire de gants pour jouer avec eux et celle de les tenir à l’écart de ce sport.
Au début de sa carrière, Mohamed est super stressé par les combats, à fond dans le challenge qu’il s’impose. C’est le stress qui lui permet de donner le meilleur de lui-même : quand j’étais trop relâché, je perdais mes combats. Aujourd’hui, le crossfit a remplacé la boxe mais il reconnaît que s’il y trouve son compte en terme d’intensité, il reste en manque d’adrénaline.
Mohamed a arrêté de fréquenter la salle : il a passé les 36 ans, a fondé une famille, s’éclate professionnellement et n’a logistiquement pas le temps de se remettre à la boxe, trop chronophage à haut niveau. Et pourtant impossible de lui faire dire qu’il a bien raccroché les gants. A l’idée de remonter sur le ring ses yeux brillent comme un gamin. Mais il lui est aussi impossible d’imaginer faire les concessions suffisantes pour s’y remettre.
A ce titre, Rawizz a beaucoup de respect pour Johane BEAUSEJOUR qu’il a rencontré en 2011 (VIDEO) : Il est l’exemple même du gars qui dure et qui tient le coup, respect. Il a un boulot, une famille. Il a une sacrée ligne de conduite, il est généreux sur le ring, respectueux de ses adversaires, il sait faire le spectacle et y mettre de la qualité.
En tout cas, si l’envie de combat est toujours présente chez Mohamed, aucun adversaire potentiel ne le pousse à faire son retour. Ça va peut-être paraître prétentieux de ma part mais il n’y a pas un boxeur actuellement qui pourrait me motiver. Par rapport à l’époque, il n’y a pas de A confirmés, de grands boxeurs. Beaucoup montent très vite à coup de buzz mais ils n’ont pas fait leurs classes. Il y a un manque de technique et de préparation énorme. L’époque, c’est celle du Showtime ou du KI World Max, celle de Andy SOUWER, MASATO, Albert KRAUS, BUAKAW, Joerie MES… C’était un autre temps : moins de médiatisation et de possibilité, plus de sueurs et de sacrifices.
Ces boxeurs étaient H24 était à la salle, ils s’entrainaient à fond, ils faisaient ce qu'il fallait, rien à voir avec des boxeurs starlettes qui font le buzz sur Internet et s’éteignent aussi vite. Je ne veux pas non plus les dénigrer, ils s’entrainent mais peut-être pas assez, ils comptent sur leurs forces mais ne corrigent pas leurs défauts. Ils ne tiennent pas dans la durée.
Le secret selon RAHHAOUI pour avoir un palmarès pro de 30 victoires : il faut tout donner.
Moi je ne l’ai pas eu facile et j’ai eu de la chance ! Colo et Abdel étaient tellement exigeants avec moi que je n’avais pas le choix, je m’exécutais. J’étais tellement en symbiose avec eux qu’ils me manipulaient comme une playstation sur le ring. J’écoutais tout ce qu’ils me disaient. Je devais donner le meilleur. Je les remercie vraiment de m’avoir poussé à ce niveau.
Notre boxeur a toujours préféré le muaythai, et pas seulement parce que c’est la discipline avec laquelle il a débuté mais aussi parce qu’elle est la plus complète : coups de genou, corps à corps, coups de coude, c’est toute une panoplie, il y a bien plus de coups que ce que l’on arrive à placer, c’est magnifique ! Mon coup préféré c’est le coup de coude retourné. Il fallait qu’il passe, souvent je le passais en contre, c’est plus compliqué mais il a plus de chance de mettre KO.
Ce qui caractérise aussi la boxe de Mr Rawizzz, c’est de bousculer d’entrée de jeu son adversaire. Il part sur les chapeaux de roue, au risque d'être rapidement en apnée : j’aime travailler dans le rouge, je sais que quelque soit le niveau du boxeur, si on arrive à le mettre en danger, il est à portée, donc je dois l’étouffer quitte à m’étouffer moi-même. Et là c’est mon mental qui prend le relais.
Et avec un mental pareil on accepte de prendre tout le monde : Chris NGIMBI, Grégory CHOPLIN, Abraham ROQUINI, Steeve VALENTE, Wendy ANNONAY, Zig ZACH, Youssef AKHNIKH, Sahin YAKUT, Rachid BELAINI… Il voulait même aller au Japon pour combattre avec MASATO dont les victoires étaient alors remarquées au K1 World Max (MASATO qui a infligé à Buakaw la deuxième défaite de sa carrière pro)
Comme ce n’était pas en muaythai qu’il y avait le plus de possibilités de combattre, Mohamed a dû s’adapter et faire ses armes en K1 : plus d’anglaise alors que ce n’était pas mon point fort et moins d’accrochages, de clinch, de genoux… que j’adorais. On a dû énormément travailler avec mes entraineurs.
Pour progresser, RAHHAOUI disposait d’une belle brochette de pro au Friend’s Gym: Alka MATEWA, Naïm DAHOU, Basha VALON, Mohamed BOUZAGOU, Edgar NZUNGA…. Ca nous a aidé à monter, on se tirait vers le haut, on n’avait pas besoin d’aller ailleurs pour les sparring, il y avait de la qualité, on tournait bien, ça me manque, je les voyais plus eux que ma famille, c’était mes frères d'armes.
Aucun doute, pour lui, la boxe est un travail d’équipe de la préparation à l’après combat où Mohamed analysait sa prestation avec ses coach pour voir ce qu’il pouvait améliorer. C'est peut-être de là que lui est venu le talent d'expertise qu'il met aujourd'hui en oeuvre pour commenter des grands combats, comme celui de Bard HARI contre Hesdy GERGES en mars dernier pour Eleven Sport.
Mohamed n’était pas traumatisé par ses défaites, tant que ça pouvait lui permettre de se corriger ou d’y puiser encore plus de mental. Comme par exemple celle contre Gafary BOUSSARI. C’était la première fois qu’il boxait un gaucher et en a été complètement déstabilisé. C’est resté sa bête noire mais c’est une expérience dont il a fait profit par la suite car pendant une saison entière il se forçait à boxer en gaucher et ça a porté ses fruits pour infliger des KO au foie avec son middle gauche.
Son premier combat en K1, il le perd par KO face à Kenneth VAN EESVELDE en 2006 (ce sera d'ailleurs sa seule défaite par KO). Après 6 semaines jour pour jour de suspension, il rencontre ce même adversaire et gagne cette revanche en muaythai !
S’il y a une défaite qu’il a souvent repassé dans sa tête c’est celle contre Arthur KYSHENKO lors de la demi finale du championnat IFMA en 2006, à Bangkok. J’ai arrêté au 2e round mais je n’étais pas blessé, j’aurais pu continuer et j’avais l’avantage… C’est dommage, c’était un problème au niveau de l’organisation, je n'étais pas soutenu par la Fédération en tant qu'athlète, je représentais la Belgique avec mon propre argent. Mohamed rentre de Thaïlande avec une médaille de bronze.
Il a aussi été fortement marqué par son premier championnat d’Europe à Vienne, quelques mois avant les combats précédemment évoqués, en février 2006, contre Fouad SADEGHI. Je partais comme outsider. Et ça, ça me motive, j’aime ne pas être favori, j’adore être hué, ça me nourrit.
Et à propos de nourrir, le plus grand sacrifice pour la boxe que Mohamed ait dû faire, c’est incontestablement l’alimentation : le plus dur dans les combats c’est la période de régime, je deviens ingrat et exécrable, plus personne ne veut m’entrainer, même moi je me déteste ! S’il n’y avait pas la période de diète, je boxerais encore !!
Son goût pour la nourriture n’est d’ailleurs pas resté en chemin. Ceux qui connaissent son restaurant à Anderlecht l’auront bien compris : Mohamed ne rigole ni avec la qualité ni avec la quantité. Et pour ceux à qui L’Altruiste est inconnu, on vous conseille d’y faire un tour.
Son expérience au sein du Friend's Gym a tellement apporté à Mohamed qu’il envisage aussi aujourd’hui d’être entraineur mais de même qu’une carrière professionnelle est très prenante, être entraineur est un vrai engagement pour lequel il n’est pas tout à fait prêt : je suis encore égoïste, j’ai encore envie de m’entrainer, j’ai encore le temps de me dépenser et ensuite je transmettrai.
Autrement dit, sur un ring ou dans une salle, Mohamed RAHHAOUI n’en a pas fini avec la boxe et quelque soit la suite, on lui souhaite le meilleur.




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