Le club de Villeneuve Saint-Georges
Christian Trajkov s’occupe de la section Muaythaï du club omnisport de Villeneuve Saint Georges (94) depuis une quinzaine d’années. Il nous présente son club, qui a entre autre formé Rachid Kabbouri, et nous parle de sa vision de la discipline.
Muaythaitv : Peux-tu te présenter stp ?
Christian Trajkov : Je m’appelle Christian Trajkov, j’ai 43 ans, je suis technicien de maintenance en informatique et travaille au conseil général du Val de Marne.
Peux-tu nous présenter ton club stp ?
Le club a été crée en 1982. Au départ la salle était située dans la Maison pour Tous de Villeneuve Saint-Georges dans le quartier du Bois Matar, qui est un quartier un petit peu difficile. L’idée de base était de créer un club de boxe française. Donc nous avons tous commencé par la boxe française où l’on payait 5 francs par mois. Ce n’était pas cher et c’était la seule chose accessible pour les jeunes du quartier. Ce club a sorti pas mal de champion de France et d’Europe en boxe française malgré qu’il soit un petit club sans trop de matériel. C’est le cas d’Amen Ben Taïeb. Après avoir découvert la boxe via la boxe française, nous nous sommes dirigés vers d’autres sports : je suis allé vers la boxe anglaise et le full contact.
J’ai ensuite découvert le kick boxing et le Muaythaï. J’ai découvert le Muay en Hollande, comme j’avais de la famille à Anvers, j’allais souvent au Pays–Bas. Je suis donc allé au Mejiro, chez Thom Harinck, je me suis baladé là-bas car j’aime leur façon de travailler. Raoul Lamy, qui est de la famille à Roger Paschy, m’a aussi aider dans l’apprentissage de la discipline. De temps en temps il venait entraîner les jeunes dans la cité : il y avait Bona, Majid Mena. Donc nous sommes allés 2-3 fois nous entraîner dans la garage de Paschy. On faisait un peu n’importe quoi : du karaté qui était de la boxe Thaïe. C’était le grand cafouillis de l’époque.
Cela fait longtemps que tu es dans le sport pieds-poings. As-tu des spécialités dans ton enseignement ?
Je n’ai pas de spécialité. C’est ce qui est intéressant dans le Muay, c’est un sport complet donc c’est à chacun de découvrir son style de boxe. Je leur apprend les poings, les coups de pieds, le corps à corps. Mais je me suis rendu compte qu’à priori mes élèves n’aiment pas le corps à corps alors que moi j’aime ça. C’est étonnant, apparemment c’est un message que j’ai du mal à faire passer ou alors les gens ont une idée du Muaythaï qui est plus aérien, plus « esthétique ». J’ai l’impression que mes élèves s’ennuient quand ils font du corps à corps. Les seuls qui commencent à aimer ça, sont ceux qui ont commencer la compétition. Ils se rendent compte que le corps à corps est important et a une incidence sur le combat. Ceux qui font du loisir ne se rendent pas compte du travail et de l’efficacité qu’il peut y avoir lors d’un combat et donc le néglige un peu.
Ton club est-il plus axé compétition ou loisir ?
J’ai du mal à me situer, je n’ai pas d’axe précis. Ce qui est intéressant c’est qu’on part d’une pratique de loisir pour déboucher sur la compétition. Mais j’aime le loisir et la compétition, je prend plaisir à emmener des gars boxer, je suis « gueulard » dans un coin et je vis le truc car j’ai partagé les souffrances du boxeur. Je m’investis totalement, quand mes gars boxent, j’ai mal pour eux et je suis à leur côté. Mais s’ils n’ont pas envie de faire de la compétition, cela ne me dérange pas du tout. Ce sont les élèves qui décident et moi je les suis. Je ne force personne. J’aurais tendance à dire que nous sommes un club loisir qui tire vers la compétition. L’exemple type est le petit Kabbouri (au centre de la photo, à sa gauche Farid mentionné plus bas) que j’ai suivi durant 10-12 ans. On a commencé à faire de la compétition en Kick et en Muay. Lui qui avait peur de faire de la boxe thaïe a fini par ne faire que ça et il fait une carrière tout à fait respectable.
Justement, Rachid est un bon Nak Muay issu de chez toi (il défend notamment les couleurs de la France lors du championnat d’Europe). Es-tu fier de lui ?
Evidement, je suis fier de lui. Il a consacré une bonne partie de sa vie à la boxe, il s’est entraîné durement et il a travaillé pour en être là et on ne peut qu’apprécier la valeur de quelqu’un. Et c’est pareil pour tous, qu’il soit de mon club ou pas. Un gars qui se donne à fond pour avoir les moyens de son ambition, il y a juste à dire « bravo l’artiste » et le saluer.
Quelle est ton ambition pour ton club ?
Je ne peux pas vraiment parler d’ambition pour mon club du fait qu’il existe depuis longtemps et qu’il tourne. On travaille avec le bouche à oreille, on est ouvert de septembre à juin et nous faisons entre 100 et 140 licenciés par an. La seule ambition que j’ai, c’est de m’occuper des gens, qu’ils fassent du sport, qu’il y ait un esprit familial et qu’on s’amuse bien. Je souhaite mélanger aussi toutes ces différentes cultures et leur faire découvrir que le Muay est un sport sympa.
Quelles valeurs leur enseignes-tu ?
La seule valeur est le respect : celui de l’arbitre, de l’adversaire. Je leur dit aussi que s’ils gagnent un combat tant mieux mais que ce n’est pas la fin du monde s’ils perdent. Avant tout ils doivent faire un beau combat, en faisant en sorte de se faire plaisir et de faire plaisir au public.
Comment vois-tu l’avenir du Muaythaï en France ?
La discipline s’est bien développée et structurée, ça marche. Mais le reproche que je fais c’est que l’on a une carence au niveau des professionnels et au sein de la promotion professionnelle. Je pense que l’amateur et le professionnel sont indissociables l’un de l’autre. Les professionnels sortent de l’amateur et ils donnent envie à des jeunes de commencer la discipline. Il y a des bons films qui sortent (Ong Bak, Chok Dee), c’est formidable car on parle du Muay. Mais ça reste du cinéma et quand les gens rentrent dans nos cours, ils se rendent compte que ce n’est pas ce à quoi ils s’attendaient quelque part. Il peut y avoir un décalage avec ce qu’ils ont vu au cinéma. Alors que quand il y a des combats professionnels cela amène du monde et je me suis rendu compte que ces personnes savaient de quoi il s’agissait. Je pense qu’il faudrait plus de promotion professionnelle. Peu importe les promoteurs, du moment que cela est bien fait. Il faut que cela soit médiatisé, il faut médiatiser nos boxeurs, il faut tirer vers le haut. Je reprendrai un phrase de Sacha Guitry qui disait « qu’on m’aime ou qu’on m’aime pas l’important c’est que l’on parle de moi ». Donc qu’on aime ou pas certains promoteurs ou boxeurs, l’important et qu’ils fassent du Muay et qu’ils le fassent connaître.
Enseignes-tu le Wai Khru ou le Ram Muay ?
Non, je ne l’enseigne pas dans la mesure où je considère qu’ils font tout deux partie du Muay mais je ne suis pas Thaï. Si mes élèves veulent l’apprendre je peux leur enseigner mais je ne suis pas là pour les transformer en Thaïlandais. C’est indissociable du Muay mais j’ai peut-être encore cette culture hollandaise : le vrai Nak Muay, on le voit sur le ring. Donc qu’il fasse la Ram Muay ou pas, s’il a bien appris ses techniques et qu’il fait du bon travail il sera autant apprécié. Maintenant je laisse les gens libres de faire se qu’il veulent. Je prépare mes boxeurs, je n’attache pas d’importance au Ram Muay et au Wai Khru. Mes élèves me respectent et je les respecte. Je crois qu’on a une différence de culture avec la Thaïlande. Il y a le côté esprit, respect des anciens dans ces cérémonials. Aujourd’hui je fais du Muay mais je ne suis pas bouddhiste. J’apprécie un joli Ram Muay mais c’est tout.
Tu t’engages beaucoup dans la discipline, on te voit dans les compétitions, à la fédération, dans ton club. Vois-tu un retour ?
Je n’attends pas de retour mais j’en ai vu de la part de quelques personnes, de la ville. Le principal retour c’est la richesse d’avoir rencontré des gens exceptionnels, d’avoir voyagé, d’avoir une ouverture d’esprit. J’ai beaucoup donné et beaucoup reçu. Cela a été très riche au niveau de l’humanité, l’amitié, l’engagement…
Peux-tu nous parlé de tes « aides de camp » ?
C’est une longue histoire d’amour, c’est de vieux copains. J’ai Nikki Abdel Kader qui a toujours fait de l’anglaise, qui a 45 ans et qui nous donne un coup de main. J’ai un autre copain qui est un ancien élève et qui nous a aidé jusqu’à cette année, Jacques Boulogne.
Et il y a Farid, c’est l’ancien de toujours, mon copain de course, mon sparring partner, un ancien élève qui est devenu prof. C’est ma main gauche, c’est un pilier : si tu l’enlèves, ça ne marcherai pas. Ce n’est pas qu’une histoire de prof, c’est une histoire de copains, de gens qui travaillent. Y’a Nadia, y’a tout un bureau derrière : des gens qui m’aident et me soutiennent. C’est un travail de groupe et il faut rendre hommage à ceux qui sont dans l’ombre. Ce n’est toujours ceux qu’on voit qui font tout.
Merci Christian pour cette interview.
Merci à vous de parler de notre club.
Club Omnisport Villeneuvois
53 rue Gambetta
94190 Villeneuves Saint Georges
Tél : 01 43 89 19 70






















