Le camp de Kong Giart
La vie du Muaythaï en Thaïlande
Par Michel Themates le vendredi 28 novembre 2003
Nous vous proposons un aperçu sur la vie du Muaythaï en Thaïlande. Nous souhaitons ainsi vous faire découvrir autrement cette discipline et les réalités qu’elle recouvre dans son pays d’origine. Aujourd’hui, nous vous invitons à traverser les chaînes du Dangrek au sud de l’Issan, en direction de la frontière cambodgienne pour une visite du camp d’entraînement de Kong Giart. Province de Sri Saket, agglomération de Kantaralak. Un jardin joliment fleurit dans l’enceinte d’un temple, situé à 15 Km environ du site de Prasat Khao Phra Wihan, célèbre temple khmer surplombant la frontière avec le Cambodge, sur la chaîne de grès du Dangrek, culminant à 700m d’altitude.
Jusque vers la fin des années 90, on y croisait des soldats Khmer Rouge, patrouillant sur le site historique. Les premiers groupes de touristes thaïs sont réapparus après 30 ans de conflit juridique et militaire sur le statut de ce site. C’est que l’endroit est fort de symboles culturels pour les deux pays. Cette région de l’Issan connaît heureusement un renouveau économique « florissant » depuis quelques années. La terre y est propice à la culture du riz et de certains fruits, tels le litchi poilu, le longane et le durian. Les visiteurs sont de plus en plus nombreux car ici, les coutumes thaïlandaises et khmers cohabitent et illustrent la richesse culturelle de cette région charnière.
Au détour d’une route sinueuse, vous tomberez peut-être sur un des nombreux camps d’entraînement de Muaythaï de la région. C’est dans celui de Kong Giart (« chant d’honneur ») que nous vous emmenons. L’odeur d’ail et d’échalote fait partie du décor, de même que les Pao rouges et noirs suspendus autour du ring d’entraînement. L’âme du camp, c’est Outit Joulapon, gestionnaire et entraîneur, avec tout ce que cela comporte de responsabilités et d’implication auprès des jeunes pratiquants. Leur moyenne d’âge ne dépasse guère les 15 ans.Le centre a ouvert récemment mais les techniques de bases sont enseignées avec conviction et « cœur », Hua Djai. Il est question de progrès mais aussi de plaisir et de jeux.
« J’ai boxé aussi autrefois, comme eux, raconte Outit. Mon nom de ring était Petch Roung AngTong. Après ma licence à l’université, je suis revenu vivre dans ma région natale, du côté de Kantaralak, ici même ! Mais je n’ai jamais pensé m’occuper de Muaythaï avant 1999.
Les premiers élèves ne sont pas restés longtemps au centre. Pourtant, une fois l’activité lancée pour de bon, je me suis mis à chercher des collaborateurs prêts à poursuivre les entraînements dans le futur. J’espère que le camp va continuer à s’enrichir ! »
Aujourd’hui, la volonté d’Outit est encore forte et pleine d’espoir. Lier des relations étroites avec les pratiquants et prendre en main une partie de leur éducation sociale fait partie des tâches quotidiennes auxquelles participe toute la famille d’Outit, c'est-à-dire son épouse et ses 4 enfants. Le petit dernier a déjà enfilé son short de Muay... Parmi les entraîneurs, on compte Mahachon Siripon et Sing Deng, amateurs de Muaythaï et bénévoles (très actifs) au sein de Kong Giart.« Je pratique le Muaythaï par amour de cette discipline. […] Mais je dois quand même nourrir ma famille. En marge de mon engagement au camp Kong Giart, je suis commerçant et vends des fèves et d’autres types de graines. Ca me rapporte 3000 Bath par mois (environ 60 euros), ce qui est suffisant pour vivre. Dans la plantation où je travaille, des Nak muay ont été embauchés. Cette activité professionnelle leur donne un revenu sans les priver de s’entraîner. »
Parfois, certains pratiquants du centre partent combattre à Bangkok le temps d’une rencontre. Loin d’être une fin, c’est la continuité d’un travail journalier axé sur la formation physique et morale de ces jeunes amateurs de Muaythaï.





















