La France de retour dans le top ten mondial
Par Yann Saulnier le mardi 03 septembre 2019
Qu’on se le dise, la France est de retour dans le top ten du Muay Thai Mondial ! Et ce ne sont pas quelques avis franco-francais complaisants qui le disent mais l’IFMA, la Fédération Internationale qui publie sur son site le classement officiel des nations suite aux derniers Championnats du monde de Muaythai qui se sont déroulés du 18 au 29 Juillet 2019 à Bangkok. La France a tout simplement renoué avec le top ten en se classant 9ème nation sur 102. Pour rappel, lors des derniers championnats du monde à Cancun en Mai 2018, la France avait terminé 20ème et plus proche des 100ème en 2017 à Minsk.
Bangkok 2019 une compétition beaucoup plus dure que Cancun 2018
Si l’on s’en tient à la stricte analyse de position, on pourrait croire que la France a juste fait deux fois mieux à Bangkok qu’à Cancun. Il n’en est rien ! Pour plusieurs raisons que nous allons expliciter ci-après, le niveau et la difficulté des derniers championnats étaient beaucoup plus relevés que ceux de 2018.
Les nations sont venues en masse
« Mère patrie » du Muaythai oblige et également destination économiquement plus accessible, la Thaïlande convainc toujours plus de nations en terme de participation. Lors des derniers championnats du monde à Cancun, le nombre de nations présentent n’était que de 84 alors que lors de ces derniers championnats, 102 nations ont fait le déplacement. Au delà du fait que la place de 9ème est plus satisfaisante que celle de 20ème en ne considérant que l’aspect purement « positionnel », ll faut également souligner le fait qu’il est beaucoup plus difficile de se positionner dans le lot de tête lorsqu’il y a beaucoup de concurrents plutôt que juste quelques uns.
Un nombre impressionnant d’athlètes donc des catégories très chargées
Au-delà de la difficulté à se positionner parmi un nombre important de nations, il faut aussi prendre en compte le fait que la majeure partie des équipes sont venues en force. A coup sûr, certains en ont profité pour effectuer un stage avant ou après la compétition, d’autres pour venir acheter du matériel ou encore pour prolonger le séjour après la compétition en prenant quelques jours de vacances. Toujours est-il que comme on dit dans le jargon : « les catés étaient chargées ! » et « pas qu’avec des touristes !». Jugez plutôt : à Cancun, 400 athlètes avaient fait le déplacement, à Bangkok il y en avait 600. A Cancun, l’équipe thaïlandaise, grande prédatrice de médailles, n’avait pour le coup pu dépêcher qu’une petite équipe de 11 Nak Muay contre 30 à Bangkok ( « et pas que des manchots… » C’est aussi comme cela que l’on dit dans le jargon…).
Ce taux de participation en terme d’athlètes est d’ailleurs presque excessif car il entraîne un nombre de combats trop important à effectuer dans une semaine pour certaines catégories (dans certaines catégories, les finalistes ont dû effectuer 5 combats dans la semaine).
Malgré tout, la France frôle la performance
Avec 3 athlètes en finale (Jimmy VIENOT, Anaëlle ANGERVILLE et Amine KEBBIR), l’équipe de France frôle l’exploit. Avec une médaille d’or de plus (ce qui au vu de la physionomie des combats d’Anaëlle ANGERVILLE et d’Amine KEBBIR ne semblait pas utopique du tout), la France se retrouvait dans le top 5 des nations. Dans le cas aussi probable où l’équipe de France avait décroché 3 médailles d’or, la France devenait donc la 3ème nation après la Thaïlande et la Russie. Il faut aussi rajouter à cela qu’en dehors des 3 finalistes, plusieurs membres de l’équipe de France ont été éliminés par le gagnant ou un des finalistes de la poule (notamment Aurore DOS SANTOS qui s’incline de justesse contre l’excellente finaliste Coral CARNICELLA). A signaler également que lors du combat de Célestin MENDES, opposé à un Thaïlandais, l’évaluation du décompte de la 2ème reprise a été plus que discutable.
Mais qu’à cela ne tienne, l’un dans l’autre, la tendance à l’amélioration se dessine quand même très nettement car l’idée n’est pas de compter le nombre de médailles mais bien la représentativité en terme de performance de chaque médaille (il vaut clairement mieux finir la compétition avec 1 médaille d’or et 2 d’argent qu’avec 1 médaille d’argent et 4 de bronze).
Sur les 3 dernières années, l’évolution de la France est très nette :
- 2017 : Avec seulement 2 médailles de bronze en classe A, la France se positionne entre la 80ème et la 100ème place
- 2018 : avec 1 médaille d’argent et 4 bronzes, la France se positionne 20ème
- 2019 : avec 1 médaille d’or et 2 médailles d’argent, la France se positionne 9ème
Pas mal quand on connaît le parcours chaotique de la France ces dernières années et surtout quand on compare les moyens octroyés pour la discipline dans différents pays.
Pays pauvres contre pays riches
En matière de Muaythai, au moins il semble qu’une fracture se soit opérée. Tous les pays de l’Ouest semblent maintenant figurer parmi les pays pauvres. Jugez en plutôt à l’importance des délégations venues de l’Europe de l’Ouest :
- Belgique : 2 athlètes
- Espagne : 6 athlètes
- Portugal : 8 athlètes
- Hollande : 2 athlètes
- Angleterre : 4 athlètes
- Italie : 10 athlètes
A l'inverse, les pays de l’Est ont amené respectivement :
- Russie : 33 athlètes
- Ukraine : 24 athlètes
- Turquie : 24 athlètes
- Biélorussie : 15 athlètes
- Kazakhstan : 13 athlètes
- Ouzbékistan : 12 athlètes
- Afghanistan : 13 athlètes
La comparaison des moyens économiques ne s’arrête pas là. Quand un athlète de l’Europe de l’Ouest gagne une médaille d’or, c’est souvent pour l’honneur. En Russie, en Thaïlande, en Biélorussie, en Israël et dans bien d’autres pays, l’athlète a le droit aux honneurs bien sûr et à une prime qui se situe entre 15.000 et 30.000 € ! Un monde nous sépare…
C’est dire si la France, avec ses très petits moyens, fait un travail exceptionnel en amenant une délégation de 13 athlètes pour la durée d’un stage de pré-compétition suivie des 10 jours de compétition, tout en ayant la capacité d’intéresser du mieux qu’elle peut ses athlètes !
Quand on vous dit que la France avec ses petits moyens arrive à se classer 9ème, cela tient véritablement de la performance !
Le championnat du Monde IFMA, la compétition la plus dure au monde
Selon les paroles même de Jimmy VIENOT (Champion du monde WPMF, WBC, WMC, Champion du Lumpinee, récent Champion du monde IFMA et déclaré meilleur athlète de l’année par l’IFMA) : « J’ai du livrer 5 combats jusqu'à la médaille d’or. Le championnat du monde IFMA est la compétition de Muaythai la plus dure à laquelle j’ai pu participer ».
Quand on considère le palmarès de ce jeune surdoué du Muaythai, cela nous laisse imaginer à quel point cette compétition est au-dessus du lot.
Merci à Daniel pour les photos.

























