Jo PRESTIA, "Il est grand temps que l'AFMT obtienne cette reconnaissance"
Par Muaythaitv le mercredi 01 mars 2017
Jo PRESTIA, Président de l'AFMT, a récemment posté une vidéo où il défend l'attribution "d'une reconnaissance par l'agrément et la délégation de pouvoir" pour l'AFMT. Suite à sa demande de relayer cette vidéo sur Muaythaitv, nous avons préféré faire une interview en bonne et due forme.
C'est, selon moi, un outil de communication incontournable. Exposer mes arguments à travers une vidéo m'aura permis d'être en prise directe avec le plus grand nombre, d'expliquer aux amoureux de Muay Thaï les raisons profondes de ce combat mené en faveur d'une discipline dont je sais, pour m'y être pleinement et longuement investi en tant que combattant, toute la dureté. Car le Muay est davantage qu'un simple "Sport de Contact" ; nous refusons catégoriquement cette classification, aucun passionné ne saurait s'y reconnaître ! Car il faut avoir sué "sang et eau" sur un ring, ou passé des semaines à boiter d'avoir pris des low kicks dans les jambes à une époque où l'on savait à peine les bloquer, pour s'en convaincre. Aujourd'hui, c'est en partie grâce aux pionniers, dont je fais partie, si nos jeunes champions possèdent un bagage technique impressionnant. Nous leur avons, tout naturellement, servi de pierre de touche. Aussi, défendre l'identité du Muay en pérennisant sa culture est, à nos yeux, tant un devoir de sauvegarde que de transmission. Voilà pourquoi, contrairement à d'autres, nous estimons, très légitimement, pouvoir nous gérer en toute indépendance.
Où en est l'AFMT aujourd'hui quant au nombre de licenciés, par rapport aux années précédentes ?
Dès la première saison, notre académie enregistrait 6500 licenciés et presque 200 clubs affiliés à travers la France et les départements d'Outre-Mer. Pour la deuxième année, nous avons franchi la barre plus que symbolique des 10 000 licences avec presque 300 clubs... En vertu du travail et de l'investissement sans réserve de nos responsables. Nous comptons actuellement 6980 licenciés et 250 clubs, mais la saison n’est pas terminée.
Comment expliquez-vous la baisse de cette année ?
Il y a eu une grande campagne de désinformation. Aussi, tous nos clubs ont été contactés et avertis qu'aucune organisation de Muay Thaï n'aurait pu avoir lieu sans l'aval de la FFKMDA, la fédération délégataire, ce qui bien sûr est complètement faux, puisque nous avons organisé énormément depuis le début de saison.
Quelques clubs organisateurs ont pris peur et nous ont lâchés pour se rallier à la FFKMDA, non tant par choix que par contrainte ou manque de "témérité"... Mais la plupart ont su garder un front uni : en dépit de nombreuses difficultés organisationnelles, ces puristes, convaincus de l'utilité comme de la valeur de notre combat, nous sont restés fidèles.
Ce travail de sape nous aura couté quelque 2000 licences – en comptant les clubs ayant viré casaque après avoir cru que nous aurions été laxistes en fait de règlement ou d'organisation, qu’on pouvait modifier le règlement comme bon leur semble, ou que l'on pouvait, chez nous, monter des dossiers à la va vite... Ceux-là continueront à virevolter de fédération en fédération, là où le vent voudra bien les emmener…
L'AFMT est passée cette saison sous l'égide de la FSASPTT après avoir été sous la FFST. Pourquoi ce changement ?
Nous avons décidé la saison dernière de nous affranchir de la FFST après deux années d’une enrichissante collaboration ; nous nous sommes toutefois rendu compte des limites de ce partenariat. Aussi avons-nous voulu passer la vitesse supérieure auprès de la FSASPTT, fédération omnisports agréée, forte de 213 clubs omnisports et 150000 licenciés. Une convention spécifique a été signée, d’une durée de 3 ans renouvelable, nous permettant de bénéficier de ses atouts liés à son organisation et de son accompagnement structurant. Ce partenariat avec la FSASPTT a intégré la création d’une commission Muay Thaï FSASPTT, ce qui est une grande avancée par la prise en compte de notre spécificité dans le cadre de son développement multisports, ce que nous attendions de la part de la FFST.... Nous sommes en cours de finalisation d’un plan de développement relatif à la formation : des éducateurs sportifs, des arbitres, des superviseurs, mais aussi de nos dirigeants. La formation des éducateurs sportifs a pour ambition de contribuer au développement de l’emploi d’entraineurs dans nos clubs.
Nous travaillons également sur l’ouverture de clubs et la mise en place de passerelles avec les clubs omnisports ASPTT déjà existants. Ces passerelles avec les clubs omnisports FSASPTT peuvent nous apporter un appui administratif utile et nous aider dans nos projets de développement. L’offre multisports de ces clubs est intéressante : elle nous permet d’inscrire le Muay Thai dans cette offre et inversement pourra permettre à nos pratiquants de découvrir d’autres disciplines sportives, ce qui est toujours un plus.
Nous souhaitons ainsi œuvrer au développement du Muay thaï de façon moderne et diversifiée en prenant en compte des publics cibles : nous voulons développer des actions spécifiques vers les jeunes des quartiers dans le cadre du plan citoyen du sport de la FSASPTT. Nous nous sommes dotés de deux rings portables pour aller vers les jeunes. Nous nous intéressons également au développement de la pratique féminine, en organisant des open par exemple ou en favorisant la pratique mixte pour les plus jeunes. Il est à noter que nous construisons nos projets en reprenant le thème de l’héritage dans le droit-fil de la candidature de Paris à l’organisation des jeux Olympiques.
Sur le plan de l’organisation des galas, nous respectons scrupuleusement les contraintes règlementaires. L’organisation mise en place avec la commission Muay Thaï FSASPTT nous y oblige, ce qui est tout à fait normal. Nous avons revu notre règlement sportif, avec un travail commun avec le DTN de la FFKMDA, la DTN de la FSASPTT et son juriste, et nous même afin d’être pleinement en conformité avec les règles techniques et de sécurité édictées par la Fédération délégataire.
Nous déposons des dossiers complets et en règle auprès des administrations après validation par la commission FSASPTT, pour obtenir les autorisations nécessaires (galas, formations, etc…). L’avis de la FFKMDA est sollicité chaque fois, comme cela est prévu réglementairement. Cette dernière ne nous aide pas puisqu’elle a pris le parti d’émettre des avis défavorables sur une mauvaise lecture des textes réglementaires. Elle ne joue pas son rôle qui consiste à garantir le respect des règles techniques et de sécurité. Pourquoi un avis défavorable à chacune de nos organisations ? Parce ce que certaines personnes s'acharnent à nous contrer dans ce combat, pour le développement d'un Muay Thaï de pure tradition. Pourquoi s'opposer à une nécessité reconnue unanimement ? Comment peut-on ne pas sinon soutenir, du moins respecter l'engagement des 10000 licenciés et 300 clubs s'étant ralliés à notre cause? D'autant plus que cette guerre insignifiante, ne se justifie en rien : a-t-on jamais vu le ping-pong être dirigé par le tennis ? Cet entêtement à nous nuire n'est pas très démocratique, soucieux qu'on se devrait d'être de la volonté de nos adhérents... Les avis défavorables émis contre nous par la FFKMDA, s'appuient uniquement sur les dépassements de délais de dépôts de dossiers, dont la date butoir initialement fixée est de 50 jours avant le début de telle organisation. Or la commission Muay Thaï FFASPTT-AFMT ne s'inscrit pas, en l'espèce, au nombre des clubs régis par la FFKMDA, étant une fédération agrémentée par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Aussi nous appliquons-nous à respecter uniquement les délais, beaucoup plus souples, que nous impose la préfecture qui est de 15 jours.
Comment se fait-il que vous puissiez passer outre les avis négatifs émis par la FFKMDA ?
Nous nous battons avec la FSASPTT pour faire comprendre auprès des services de l’Etat que nos organisations sont de qualité et respectent le cadre réglementaire notamment les règles techniques et de sécurité désormais intégrées dans notre nouveau règlement. Nous ne désespérons pas d’obtenir la signature d’une convention entre la FSASPTT et la FFKMDA nous facilitant la tâche dans le dépôt de ces dossiers d’organisation, ce qui nous laissera enfin un peu plus de temps à consacrer au développement de notre discipline.
Nous nous efforçons d’être toujours mieux organisés notamment par un accompagnement important de nos clubs ; nous développons les services au niveau de notre site internet notamment pour faciliter les inscriptions pour les compétitions, Nous avons un bon réservoir d’arbitres et de superviseurs sur lequel nous nous appuyons pour garantir la qualité des galas. Nous avons une vigilance accrue sur le niveau sportif et la sécurité de nos pratiquants lors des galas ; aussi sommes-nous régulièrement plébiscités par de nombreux dirigeants de club. Malgré les nombreux avis défavorables émis par la fédération délégataire, nous avons, eu égard à notre sérieux, toujours obtenu l'aval des préfectures. Aussi, à ce jour, aucune de nos nombreuses manifestations n'a jamais été annulée.
Pourquoi avez-vous quitté la FFKMDA et pourquoi n’y retournez-vous pas ?
FFKMDA signifiant: « Fédération Française de Kick Boxing, Muay Thaï et Disciplines Associes », on comprendra qu’elle n’a pas vocation à se consacrer pleinement et exclusivement au développement du Muay Thaï. Nous n’avons pas, avec la FFKMDA, la garantie d’un soutien en termes d’investissement et d’accompagnement en rapport avec le potentiel de développement de notre discipline.
Nous avions réalisé un entretien avec Nadir ALLOUACHE en mai dernier. A propos de l'AFMT il dit "Je tends la main, venez nous rejoindre. Et chacun aura sa place". Qu'en dites-vous ?
Si seulement chacun restait à sa place, comme le soutien Mr ALLOUACHE, tout irait pour le mieux, dans le meilleur des mondes… On voudrait nous apparenter à certaines disciplines avec lesquelles nous ne pouvons nous identifier. Le Muay est une discipline majeure, un sport ancestral ayant plus de 500 ans d’histoire, sport national en Thaïlande et présentant une identité et des spécificités culturelles très fortes. J’ai d’ailleurs proposé au départ de mon action au président de la FFKMDA de travailler de concert dans la même fédération, tout en dissociant le Muay, comme nous le faisons actuellement avec la FSASPTT, qui est une fédération multisports également, mais qui nous permet de développer notre pratique. Il a aussitôt retiré sa main tendue. Pour nous, c’est la mutualisation de la gestion du Muay avec les autres disciplines qui est tout bonnement un obstacle radical. Personne n’est véritablement face à ses propres résultats à la FFKMDA. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons nous rallier à cette fédération.Mr ALLOUACHE aurait pu marquer l’histoire du Muay en France, si, comme il était en son pouvoir, il avait laissé toute latitude au développement de cette discipline. Il a refusé.
En France la sociologie du Muay Thaï n’est pas la même que celle des autres sports pugilistiques pieds-poings. Le Muay Thaï est une famille, construite dans la diversité, riche de nombreuses influences, mais toujours teintée de tolérance et de bienveillance à l’égard d’autrui. Notre sport possède une forte identité. Il s’appuie sur une culture, une civilisation, une tradition, un peuple et un pays qui le portent.
L'AFMT rêve-t-elle toujours de l'IFMA ?
Bien sûr, mais chaque chose en son temps. Si une fédération comme la nôtre, uniquement consacrée au Muay thaï, bénéficiait d’un agrément et d’une délégation de pouvoir pour cette discipline, la reconnaissance du Muay thaï français au plan international serait réglée depuis longtemps.
La FFKMDA fait un excellent travail dans le cadre des sports de contact. Elle devrait en faire sa priorité. Nous avons prouvé avec nos responsables et nos clubs que nous sommes capables de nous gérer. C’est une structure multisports et elle ne peut pas, tout au moins normalement, avoir la reconnaissance de l’IFMA (Fédération mondiale amateur) étant affilié à la WAKO et, ce n’est pas moi qui le dit, mais les statuts de l’IFMA qui stipulent que ne peut être affiliée à l’IFMA une fédération multisports ou une fédération affilié à la WAKO (Fédération de Kick Boxing). La FFKMDA est une fédération multisports et de plus affiliée à WAKO… et je ne sais donc pas par quel miracle elle a pu participer aux championnat du monde IFMA : c’est provisoire, comme me disait Mr Stéphane FOX au dernier championnat du Monde, en Mai dernier, lors d’une réunion IFMA en Suède ou j’avais été convié - et où il a soutenu ouvertement que sa préférence irait toujours à une fédération unisport.
En tout état de cause, sur le plan international les autorités commettent une erreur en pensant qu’il serait possible à une fédération multisports de contact d’obtenir la reconnaissance internationale pour le Muay. Au contraire, c’est une complication, c’est d’autant plus dommageable pour la France, comme nous avons pu le constater, sur le plan sportif, lors de ces derniers championnats du Monde. Mais c’est également dommageable pour la France dans ses rapports avec les pays asiatiques. La France à tout intérêt à prendre en compte les attentes de ses partenaires thaïlandais.
Comment accueillez-vous la reconnaissance récente du muaythai par le CIO ?
C’est une très grande avancée pour le Muay bien sûr ! Nous pouvons en féliciter les responsables de l’IFMA, notamment M Stéphane FOX pour l’énorme travail accompli. Pour information, le 6 Décembre dernier, lorsque cette décision a été prise, j’étais présent à Lausanne où j’ai passé mon temps à rencontrer les décideurs pour faire la promotion du Muay thaï. C’est un signe.
Quelles sont aujourd'hui les forces, les atouts de l'AFMT ? Et ses faiblesses ?
Notre force est de défendre l’identité de notre discipline : là est la préoccupation majeure des adhérents et des responsables de l’AFMT. Mais notre identité est forte et toutes nos actions sont conduites dans la compétence et avec la joie et le plaisir de se retrouver.
Notre faiblesse : nous travaillons pour obtenir le maximum de moyens pour développer notre discipline. Nous travaillons pour développer des coopérations dynamiques et fructueuses avec des partenaires puissants. Il y a des potentialités très importantes dans de nombreux domaines. Mais nous avons besoin de tous et chacun aura sa place. Mais à ce niveau nous ne serons jamais assez nombreux.
Avez-vous quelque chose à ajouter ?
Je reste néanmoins ouvert au dialogue et prêt à mon tour de tendre la main, dans l’espoir d’un juste compromis - la dissociation du Muay Thaï desdits sports de contact, qui s’impose tout naturellement aux yeux des puristes. Aucun passionné de Muay n’irait contester la nécessité de cette requête. Le Muay a été balloté depuis de nombreuses années d’une fédération à l’autre. Il est grand temps que nous obtenions cette reconnaissance, afin de pouvoir travailler sereinement sur le développement de notre passion, plutôt que de passer son temps à se battre et à se justifier pour exister.






















