Jimmy VIENOT
Episode 2 : Le gladiateur au visage poupin
Par Michel Lecorre le mercredi 03 septembre 2014
Fans de Muay Thaï, dans notre série immersion au Coeur d'un Nak Muay, voici la deuxième partie sur Jimmy VIENOT.
Le gladiateur au visage Poupin
"Les commentateurs de combat disent de moi « Visage poupin ». Veulent-ils dire que je ressemble à un enfant de choeur ? À un petit chanteur à la croix de bois ? Je ne suis pas un ange, j'écoute pas Les Choristes, mais du rap US, Eminem pour me booster avant mes combats.
28 septembre 2013. THAI TOURNAMENT 6, Genève, je suis en finale, polémique, pas sur mon fight précédent mais sur celui de Damien OZENNE face à Michael VEILLARD. Les fans de muay Thaï se lâcheront ensuite sur les forums, le gars de Dives-sur-Mer était gagnant pour eux. On m'appelle pour boxer. Ma DÉTERMINATION musèle ma peur. Sur le ring, je tape les quatre coins d'un coup de coude à chacun de mes passages, je suis si fier d'être là. Revenu à ma place, mes pieds vont et viennent, s'agitent, impatient je roule des pèles d'enfer à mon protège-dents qui tourne et retourne dans ma bouche, je ne tiens plus en place. La main rassurante de Dédé se pose sur ma nuque, il défait un peu de mon stress. Enfin le moment, me voilà au centre du ring. J'attaque le premier par un TEI KHAA jambe arrière, quelques secondes puis il attaque à son tour en TEI KHAA, je décale et vise l'intérieur de sa jambe avant qu'il ne m'atteigne. KHAO. Nous ne faisons plus qu'un même enchevêtrement, deux cordes qui s'enroulent et dont on ne trouve plus les extrémités pour les démêler. KHAO. Aucun noeud, mon buste, fort de ses solides appuis tangue, à mon rythme, je prends les bonnes distances pour amorcer le mouvement de mes jambes, nerfs de guépard. KHAO CHYANG KONG TAT. A nouveau face à face, TEI, il s'écroule, sa jambe avant ne le porte plus. Je gère les dernières poignées de secondes restantes. C'est la fin. Ma joie est immense lorsqu'on me met la ceinture autour de la taille. Cette nuit, je crois que j'ai dormi avec elle, je ne m'en souviens plus.
Automne 2013, me voilà au THAI FIGHT en Thaïlande. Mon coeur bat depuis des mois pour ce tournoi, je suis redescendu à – de 67kg. Me voici en ¼ de finale face au Brésilien Adaylton FREITAS. Strass, pas vraiment de paillette. Je suis heureux, heureux, j'ai faim, j'affronte un champion de monde de boxe anglaise aux poings destructeurs. Je ne suis pas venu faire de la figuration. Calme et déterminé, je fais le tour du ring. Yeux dans les yeux, face à lui, prêt et j'en veux. D'entrée, FREITAS me martel de ses poings, attention pas comme un bourrin, il est précis, percutant, il veut trouver sa distance, mais je le remets en place, j'allonge, balaye, il chute, je n'ai plus peur. J'aime ça, il est combatif, j'ai encore plus envie de tout donner, encore une fois je commence les enchaînements et les termine. Gaucher, gaucher. J'ai parfois entendu que j'étais bon à rien parce que j'étais gaucher. Sur un ring je suis avantagé, perturbe,
prends le dessus. FREITAS veut me percuter en JAB ou crochet. J'esquive, SOK SAP en plein dans le mille, suivi d'un balayage. Un peu avant sa chute, je me suis mangé un coude sur le crâne, je n'avais pas assez reculé. Le sang pisse un peu, mais ça ne m'inquiète pas. FREITAS a vu des étoiles, pas moi, lui a du sang sur le nez et ce n'est pas que le mien. Minute de repos. Dédé met de la vaseline sur mon ouverture, il me rassure, elle n'est pas profonde. Je profite de ma minute de repos, mais je n'ai qu'une envie, y retourner. Enfin le gong, TEI KHAN KRO, tout de suite. Visage poupin paraît frêle à côté du Brésilien bien musclé et avec ses purs pectoraux. FREITAS est vaillant, vrai guerrier comme je les aime et les respecte. Il veut m'avoir, vient me chercher, veut me manger, précisément m'absorber, m'envelopper dans ses ailes de géants, m'y emprisonner, m'y broyer. Sa garde est un peu basse, TI SOK. Il me pousse, corps à corps, sa tête se coince dans mon épaule, valse des gladiateurs, coups de genoux, je ne lui laisse aucun répit, un liquide chaud me coule depuis mon oreille jusqu'au creux de mon cou en glissant sur mes joues, je pleure des larmes de sang, le sien. L'arbitre nous sépare, retour au centre du ring. Le nez de FREITAS coule, son visage est rouge comme une fraise Tagada, pourtant lui comme moi on continue, l'engagement jusqu'au bout. L'arbitre me renvoie dans mon coin pour appeler le médecin. Je gagne, gagne, mes deux bras se lèvent en l'air, sans le vouloir je dessine vers le ciel un V de la victoire.
prends le dessus. FREITAS veut me percuter en JAB ou crochet. J'esquive, SOK SAP en plein dans le mille, suivi d'un balayage. Un peu avant sa chute, je me suis mangé un coude sur le crâne, je n'avais pas assez reculé. Le sang pisse un peu, mais ça ne m'inquiète pas. FREITAS a vu des étoiles, pas moi, lui a du sang sur le nez et ce n'est pas que le mien. Minute de repos. Dédé met de la vaseline sur mon ouverture, il me rassure, elle n'est pas profonde. Je profite de ma minute de repos, mais je n'ai qu'une envie, y retourner. Enfin le gong, TEI KHAN KRO, tout de suite. Visage poupin paraît frêle à côté du Brésilien bien musclé et avec ses purs pectoraux. FREITAS est vaillant, vrai guerrier comme je les aime et les respecte. Il veut m'avoir, vient me chercher, veut me manger, précisément m'absorber, m'envelopper dans ses ailes de géants, m'y emprisonner, m'y broyer. Sa garde est un peu basse, TI SOK. Il me pousse, corps à corps, sa tête se coince dans mon épaule, valse des gladiateurs, coups de genoux, je ne lui laisse aucun répit, un liquide chaud me coule depuis mon oreille jusqu'au creux de mon cou en glissant sur mes joues, je pleure des larmes de sang, le sien. L'arbitre nous sépare, retour au centre du ring. Le nez de FREITAS coule, son visage est rouge comme une fraise Tagada, pourtant lui comme moi on continue, l'engagement jusqu'au bout. L'arbitre me renvoie dans mon coin pour appeler le médecin. Je gagne, gagne, mes deux bras se lèvent en l'air, sans le vouloir je dessine vers le ciel un V de la victoire.
Demi-finale, contre Ruslan KUSNIRENKO j'ai cru en ma victoire et je ne suis pas le seul. J'enrage, je veux tous les bouffer. Le regard de Dédé me guide dans l'attitude que je dois adopter. Si ce n'était pas lui, je ne sais ce que j'aurais fait. Le père de Dédé, patron du MAX GYM SPORT, me propose de reprendre la ceinture WPMF à SINGMANEE, ici même en Thaïlande dans dix jours. Oui, oui! Je serai là.
Je ne rentre pas dans ce combat, je suis prêt mais je n'y parviens pas. C'est comme dans ces sortes de cauchemars où vous marchez dans un couloir, le sol ne cesse de s'allonger, vous voyez de la lumière sortir d'une porte entrebâillée, mais plus vous avancez vers elle, moins vous parvenez à l'atteindre, sans vous en éloigner pour autant. Un supplice. J'attaque bien au début de ce combat, reste prudent. Le loup rusé qu'est SINGMANEE va d'abord me renvoyer ma propre boxe, comme dans le jeux des miroirs. Je prends de l'assurance, juste pour un court instant. Au corps à corps, il me projette une seule fois, puis ensuite je ne le lui permets plus. Il s'impose avec ses TEI, me cloue parfois dans les cordes avec ses poings, je rencontre un très grand boxeur de Thaïlande, je peux le contrer, le mettre en danger, j'ai toutes les clés en moi. SINGMANEE ne parviendra pas à me porter un coup destructeur, ma volonté me donne de la force, de la lucidité, je ne me laisse plus enfermer, parviens à sortir, à aller au charbon sur la fin, vidé, mais encore prêt au combat. Combat, où je n'ai pas tout donné. J'ai mal partout, il m'a déchiré avec ses TEI, mais je kife ça, vraiment. SINGMANEE, grand Nak Muay. Je vais arrêter les « Si » et continuer de regarder au loin pour aller plus haut.
Retour en en France, c'est l'hiver. Oui j'adore l'hiver parce qu'il y a Noël, je kife Noël les regroupements de famille, bien manger, toute cette ambiance. Hiver 2013-2014, je gagne le premier tour du championnat de France IFMA, puis me voilà pour un super fight contre Christopher WYCKAERT au WICKED TOURNEMENT 4 en -de 67 kg. Il y a encore six mois, je dansais comme un manchot, aujourd'hui mon WAI KRU est joli, je le veux majestueux comme l'envol des aigles royaux. Ce n'est plus pour me faire voir que je l'exécute, mais pour montrer au public la beauté du muay. Christopher est aussi grand que moi, il me maintient un peu à distance avec son allonge. J'attaque alors en TEI, ne le laisse pas souffler, je vois sa faille et vais l'exploiter. Il est gêné par ma garde de gaucher, dès qu'il avance je le contre avec ma droite. J'aime, il varie sa boxe, ses droites et ses JABS me touchent plus souvent que ceux de FREITAS. Je balance un TEI KHAAN KRO, accélère, saisie et balayage, le fais chuter. Il revient au charbon, nos gants rebondissent biens contre nos joues, on casse la distance, il appuie fermement son poing gauche contre mon épaule. Je ne refuse pas, corps à corps. Je tente de le déstabiliser, mais il a de bons appuis, une bonne manière de saisir. Je place un coup de coude, il résiste, se protège, se défend. Il a vraiment une bonne droite, mais toujours gêné par ma garde de gaucher, il tourne du mauvais côté et me laisse un boulevard pour mes contres. TEI, le voilà au sol. Je le poursuis, avant d'atteindre les cordes il me saisit en corps à corps pour ne pas se trouver cloué. J'observe autant que je travaille. Je ne suis pas « poupin », mais un Guépard. Genou piqué au niveau du plexus, il est atteint. Minute de repos. Je possède la seconde caractéristique propre au guépard : leurs griffes ne se rétractent jamais, contrairement à tous les autres félins. Mes Griffes sont mes genoux et mes coudes. Reprise, Christopher défend ses chances, j'aime. Je suis déjà sur lui, pas d'observation, plus question de le laisser respirer, HOOK bras avant. Lui veut me faire reculer avec sa droite, je casse la distance, parviens à le saisir en corps à corps, ma cible : son foie. Je touche, l'arbitre sépare. Retour au centre, je l'asphyxie toujours un peu plus, il finit par poser un genou au sol sur un de mes contres, crochet bras avant. Arrêt du combat par l'arbitre. Respect total pour Christopher.
Je sens que je dois faire un choix dans ma vie, je ne vais pas me poser longtemps la question. Je sens que c'est encore un peu chaud à la maison à ce sujet. Y aller en douceur et en finesse. Je patiente.
8 mars 2014, Saint-Ouen, Ile des Vannes, 8 mars, journée de la Femme. Les filles fightent super bien. Trois combats féminins, exceptionnel pour un gala international, si ça arrivait plus souvent... Je découvre un peu plus Samy SANA, j'adore son style, son côté coq flamboyant avec la cross d'un gun tatoué qui dépasse du short de satin. Un Parrain ? Non, un gars qui va au bout de ses élans. Ce soir, il a réalisé un super KO au premier round face à ARMIN Pumphanmuang. À mon tour de boxer, je suis face à Mickaël FRANÇOISE qui a été champion de France WAKO, et avec d'autres titres. Mon défi à moi-même est d'être Fimeu, plus que lui, de me sentir Thaï et de le montrer. J'entame mon WAI KRU, respecte la tradition. Le fight débute, on ne part pas à la guerre, FRANÇOISE est un mec fin, physiquement et dans sa tête, je demeure plus grand que lui en taille, petit avantage. Autre avantage, ma garde, mon univers de gaucher, univers que j'impose, univers de gaucher qui déstabilise les repères de mes adversaires. Chacun de nos coups sont chirurgicaux, on ne veut aucun déchet, alors je cogne fort contre son tibia ou l'intérieur de ses cuisses, naturellement nous sommes sur le même tempo, je résiste bien à ses TEI cinglants.
L'arbitre nous rappelle à l'ordre pour que nous entrions en action. C'est bien ce que nous faisons. Comme un fauve à l'affut, ma tête est dans mes épaules, mes muscles se tendent et se détendent à volonté, mon bassin tangue au son du Ram Muay. L'envie est montée, chaud nous accélérons, j'arrive à la projeter, le balayer, lui placer des TEI KAN KRO, lui parvient à m'atteindre avec sa droite, des TEI, me repousser en TIP. Je marche sur lui, il esquive, décale, il m'éjecte, fonce sur moi YIEP KHAO. A la vitesse du guépard je me suis barré, son genou aurait pu m'être dévastateur. Je réplique, TEI au visage, puis TCHAP KHO. Cette technique propre au muay thai où deux corps vont se mêler, contact qui te transmet, te donne la lecture de tous les signes, tous les doutes, toutes les forces et les tensions de ton adversaire, tu entends son épuisement et sa pugnacité, tu mesures à quel point il est fort, à quel point tu l'épuises, alors tu le fais souffrir encore, plus tu sens que ta boxe passe au-dessus de la sienne, plus tu redoubles tes attaques, KHAO CHYANG KHAO KONG. Ce combat face à Mickaël, c'est un jeu entre nous que j'adore, tout est fort, tout est dans la pure technique Fimeu. Les sensation sont extras. Troisième reprise, nous accélérons, il esquive avec style, décale, parvient à me jeter et me faire reculer. Ses coups sont durs, mais je reviens sur lui. TEI, TEI, TEI, il encaisse, je fais mal. Coups de coude, je parviens à le cadrer, l'enfermer, TCHAP KHO encore. Je l'ai bien étouffé, fatigué, SOK SAP, je vois une ouverture, KHAO TONE, mon deuxième du combat, touché son foie. La douleur est grande pour lui, impossible de déplier ses jambes et de se relever durant toutes les longues secondes durant lesquelles il est compté. L'arbitre agite ses mains, combat terminé. Je vais vers Mickaël, poser ma main encore gantée de cuir doucement sur sa tête. Le hasard de sa chute fait que le médecin de la fédé l'ausculte au coin rouge, le mien. Il est débout, il va mieux, Dédé, mon coach, lui donne à boire. Je suis content de ce signe, que cela se passe ici, dans mon coin. C'est un guerrier dur Mickaël, je le respecte, on s'est bien battu dans l'art et les règles du Muay, je sors vainqueur, mais quelque part c'est auprès de moi qu'il trouve les premiers soins et réconforts ensuite. C'est cet esprit là que je défends, naturellement.
L'arbitre nous rappelle à l'ordre pour que nous entrions en action. C'est bien ce que nous faisons. Comme un fauve à l'affut, ma tête est dans mes épaules, mes muscles se tendent et se détendent à volonté, mon bassin tangue au son du Ram Muay. L'envie est montée, chaud nous accélérons, j'arrive à la projeter, le balayer, lui placer des TEI KAN KRO, lui parvient à m'atteindre avec sa droite, des TEI, me repousser en TIP. Je marche sur lui, il esquive, décale, il m'éjecte, fonce sur moi YIEP KHAO. A la vitesse du guépard je me suis barré, son genou aurait pu m'être dévastateur. Je réplique, TEI au visage, puis TCHAP KHO. Cette technique propre au muay thai où deux corps vont se mêler, contact qui te transmet, te donne la lecture de tous les signes, tous les doutes, toutes les forces et les tensions de ton adversaire, tu entends son épuisement et sa pugnacité, tu mesures à quel point il est fort, à quel point tu l'épuises, alors tu le fais souffrir encore, plus tu sens que ta boxe passe au-dessus de la sienne, plus tu redoubles tes attaques, KHAO CHYANG KHAO KONG. Ce combat face à Mickaël, c'est un jeu entre nous que j'adore, tout est fort, tout est dans la pure technique Fimeu. Les sensation sont extras. Troisième reprise, nous accélérons, il esquive avec style, décale, parvient à me jeter et me faire reculer. Ses coups sont durs, mais je reviens sur lui. TEI, TEI, TEI, il encaisse, je fais mal. Coups de coude, je parviens à le cadrer, l'enfermer, TCHAP KHO encore. Je l'ai bien étouffé, fatigué, SOK SAP, je vois une ouverture, KHAO TONE, mon deuxième du combat, touché son foie. La douleur est grande pour lui, impossible de déplier ses jambes et de se relever durant toutes les longues secondes durant lesquelles il est compté. L'arbitre agite ses mains, combat terminé. Je vais vers Mickaël, poser ma main encore gantée de cuir doucement sur sa tête. Le hasard de sa chute fait que le médecin de la fédé l'ausculte au coin rouge, le mien. Il est débout, il va mieux, Dédé, mon coach, lui donne à boire. Je suis content de ce signe, que cela se passe ici, dans mon coin. C'est un guerrier dur Mickaël, je le respecte, on s'est bien battu dans l'art et les règles du Muay, je sors vainqueur, mais quelque part c'est auprès de moi qu'il trouve les premiers soins et réconforts ensuite. C'est cet esprit là que je défends, naturellement.
Le Guépard
Le muay me met sur un chemin vertueux, je reste fou, une bonne folie, un enfant grâce à cette boxe, c'est une extrapolation de moi-même au lieu d'un arrêt sur mon nombril. Comme si je ne cherchais plus l'enfance derrière moi, mais qu'il fallait que je la cherche devant moi. L'école, je ne m'y retrouve pas, elle me détruisait pour me remodeler comme un produit de consommation courant. Je suis comme tout le monde, unique, je me bats pour le rester. Ils ont dit entre les lignes que je suis un peu « GAUCHER », dans ma manière d'être, que je ne m'adapte pas, alors ils ont balancé leurs dés lors d'un conseil de classe, et le hasard de le leur jeu m'a fait atterrir en mécanique automobile. J'avais choisi cette orientation par obligation Je n'ai rien contre les mécanos, mais ça ne m'intéresse pas. Mon père me soutient, maman a compris. Depuis avril 2014 j'ai quitté l'école, c'était un non avenir pour moi. A présent, je me consacre totalement au Muay Thaï, je commence vraiment à vivre depuis le jour où j'ai quitté l'école. Je ne suis pas un exemple à suivre, à chacun de trouver sa route. Pour devenir champion, j'ai accepté de souffrir, m'investir sans concession. Chaque matin je cours, pluie ou pas pluie, vent ou pas vent, 8 km au moins, puis à la salle c'est 10 à 15 rounds au sac. Ce n'est pas du masochisme, mais un pur plaisir. Le soir je m'entraîne 3h à nouveau, travaille technique, du sparring. En sparring, je monte en puissance, me lâche, fatigue, observe, apprend. Parfois à la salle d'autres compétiteurs ou novices veulent tourner avec moi, je parviens à les faire aller jusqu'au bout d'eux même, sans les blesser. Nous sommes une famille, on s'entraide, progressons ensemble. Sur le ring mes coups sont durs, je n'hésite jamais, mettre KO fait partie de la boxe. Ma famille, ma mère, mon père, tantes, oncles, cousins, ils me soutiennent franchement à présent, sans eux je n'en serais pas là. Je boxe, tente de construire ma vie, de la gagner en boxant. Gros défi.
19 avril 2014, j'accepte un combat au pied levé contre Mohamed HOUMER. Ce n'est pas du K1, mais du muay sans coup de coude, en 3X3'. J'étais déstabilisé, pas dans mon élément. HOUMER a été le plus offensif, il a bien gagné son combat, il a de l'expérience. Je suis revenu à l'assaut, mais sans parvenir à le cadrer, il a su contrer ma garde de gaucher. Néanmoins, qu'en aurait-il été avec les coudes autorisés ? Peu importe, je continue.
Malgré l'insistance sincère de Larbi BENATIA et mes combats tous gagnés lors de leurs qualifications, la FMDA ne me sélectionne pas cette année pour les IFMA. Rien à dire, la suite... vite...
Juin 2014, peignoir de satin étincelant bleu ciel au liseré d'or, je me veux beau comme un prince, porterai à présent des gants rouges même si je suis au coin bleu. J'aime jouer, mais prend garde à ce que tout ça ne monte pas au citron. Je remporte des victoires face à Rafi BOHIC, champion du monde WMC, Lahoucine IDOUCHE. Je viens d'avoir 19 ans et je veux être le N°1 Français. Le culot de mes 20 ans que je n'ai pas encore atteint. Quelque jours après, défaite aux points contre Gaëtan DAMBO, je gagne le premier round large, je le boxe a distance, je suis plus technique mais au 2eme et 3eme il change de stratégie et casse la distance et ne fait que du corps à corps, je suis pesé à 71,3 kg, mon adversaire est plus lourd que moi. Une expérience ... merci à toute ma famille est mes amis qui étaient venus m'encourager. Dommage, on me propose de boxer Azize HLALI au BEST OF SIAM 5 mais j'ai encore un peu mal de mon dernier combat, je n'ai pas pu accepter, la prochaine fois sera la bonne.
Je m'envole pour la Thaïlande, retour au MAX SPORT GYM. Je m'entraine avec Samy SANA, Thibault VALENTINO, Brian DENIS et CARLITO alias Charles FRANÇOIS. Une amitié ultra, sincère nous lie, comme ça, sans discours ou fioritures. On est capable de se dépasser à l'entraînement, d'entraîner tous les autres nak muay dans notre élan. En même temps, ensemble on peut foutre un chahut dont seuls les garçons sont capables. Je vous jure que dans ces moments là, nos mères respectives sont contentes de ne pas nous avoir tous ensemble en même temps à table.
TOYOTA MARATHON 2014, mon premier combat dans ce tournoi est face au Russe Dima DEMAKOV. Sans crainte j'avance, prend le dessus dès le départ. Je l'ai anesthésié avec mes TEI au visage, coup de coude, suivi de balayage. Je suis à fond dans ce combat. Je marque DEMAKOV qui saigne du nez, puis l'asphyxie petit à petit. Il saignait beaucoup, à la fin du fight je suis couvert de son sang, comme un nouveau né sortant du ventre de sa mère. Deuxième naissance ? Les photographes me prennent ainsi avec Dédé. Mon entraîneur Dédé, sage-femme du Guépard ? Je remporte donc ce premier fight aux points, fier et heureux. Demi-finale, je me retrouve face à la star PETBOONCHU, au premier round il me saisit ma jambe et me la déchire avec deux coups de coudes. Je suis compté. La douleur me remonte des orteils aux oreilles. Réussi à respirer un bon coup, malgré le protège-dents. Je suis dans la cour des Grands et je ne me laisse pas laminer. Prudent, j'observe, attaque aux poings, bas en jambes, lui ne parvient plus vraiment à me ressaisir l'un de mes membres inférieurs. Il gère son avance, je ne parviens pas à le faire douter, mais il se méfie beaucoup de mes genoux et de mes TEI KHAN KRO. Je maintiens mon style Fimeu, souple, je fais tout pour le surprendre, mais je dois l'avouer, il reste au-dessus de moi. Fin du combat, il gagne aux points. Il a mis beaucoup de nak muay KO, mais il n'est pas parvenu à me faire mordre la poussière. PETBOONCHU... c'est fort.. très fort, il travaille stratégiquement, enchaîne les techniques, gère, attaque. Il est champion du Lumpinee, vraiment c'est très fort ! C'est ce genre de combat qui va me faire grandir et apprendre énormément, l'expérience acquise ici est énorme.
Dégoûté, les organisateurs me remplacent au THAI FIGHT. Pas assez glamour le Guépard ? Je m'en tape après tout, pas grave. Rancoeurs, je les laisse en dehors ou ils m'empoisonneront. Entretenir ses blessures d'amour propre finit par une septicémie de l'âme. Muay thaï, force et beauté, corps et esprit, une association fragile qui m'amène vers la sensation indéfinissable d'être posé au milieu du monde, tout en volant au-dessus de lui. Rien ne doit parasiter cette harmonie ou ça ne fonctionnera plus. Haine, colère, le piège, l'orgueil, rien de bon. Choisir de marcher, oublier les imbéciles, embrasser les visages de ceux et celles qui m'aiment pour ce que je suis, entendre leur parole, qu'elle aille dans mon sens ou non. Arriverais-je à tenir ce cap ? Les lames de fond les plus sournoises qui pourraient me faire passer par dessus bord surgiront autour des rings, jamais au-dedans. Je suis devenu ce guépard fort et rapide dont les griffes ne se rétractent jamais, un fauve prédateur sur le ring, un homme attentif auprès des gens qui m'aiment et me soutiennent, ne pas les griffer lors de mes emportements, je fais attention, j'y parviens. Presque tout le temps. Je les entoure de mon attention, l'expression la plus noble de la générosité, j'ai appris cela avec le Muay. Un trésor. Je me suis débarrassé de la Haine. Aujourd'hui, je me prépare pour le 7 septembre 2014 pour le Grand Tournoi au MAX MUAY THAI. Je ne revendique rien, aucune cause, j'ai la Rage, de bonnes raisons pour l'avoir, alors je deviendrai le N°1 Français dans ma catégorie, je me le promets."
























