Pour cette rentrée, MUAYTHAITV met en avant un junior en – de 67 kg, le prometteur Jimmy VIENOT, dont nous allons vous raconter le parcours durant les championnats d’Europe amateurs IFMA-EMF qui se sont déroulés du 22 au 28 juillet dernier.

Dès son arrivée, le jeune homme est d’abord ému, il s’agit de son premier championnat de grande envergure, puis impressionné par le professionnalisme de l’organisation : «C’était presque comme au jeux Olympique, avec des personnes pour nous diriger, veiller à notre confort, puis le défilé de chaque équipe nationale devant les officiels sous les hymnes de chaque pays participants». L’idée de gagner une médaille d’or ne le quitte plus depuis des semaines. Il sait que ses adversaires ont le même but que lui, et avant l’adrénaline, c’est le stress qui monte. Jimmy s’est préparé spécifiquement pour l’IFMA tous les jours depuis un mois auprès son club le Sta Boxing, à Montpellier. Les conseils de son entraîneur, Dédé Thibaut se répètent sans cesse dans sa tête depuis son arrivée à Lisbonne. Puissance Thaï 34 est un club récent, 100% muay thaï, ouvert par un ancien du Starboxing Paris 13, M. Désiré. Avec ses 55 adhérents, l’état d’esprit est solidaire, volontaire, selon les termes de ses dirigeants. L’atmosphère allie avec cohérence une ambiance «détendue» et «déterminée» Les Naks Muay qui fréquentent le club sont Ahmed MOUTFI (dans l'équipe de France), Jimmy VIENOT (dans l'équipe de France), Ismaël BOURNASSER, Daniel MANZONI (déjà compétiteur à son arrivée au club dans l'équipe de France).

Enfin, voici le tirage au sort. Jimmy sort de ses pensées pour se lever d’un bond vers les affiches qui viennent tout juste d’être apposées. Il se retrouvera directement en ½ finale, ils ne sont que quatre boxeurs dans cette catégorie de poids en junior : la France, la Lituanie, la Finlande et la République Tchèque. Son premier combat sera samedi, puis dimanche pour le deuxième, dans plus de cinq jours. Pour le jeune nak muay, le plus dur est l’attente.
Jimmy file aussitôt un bon «jab» à La Solitude. Très vite, il passe au-dessus de ses craintes, s’intègre parfaitement dans l’équipe de la fédération française FMDA conduite avec efficacité et professionnalisme par les entraîneurs Larbi BENATIA et Gafary BOUSSARI. Chaque jour, les nak muay s’entraînent ensemble, une heure le matin, une heure en soirée pour garder la forme. Dès les premières heures, chacun «booste» l’autre tout en prenant soin de son moral. Jimmy utilise le mot «fusionnel» pour décrire cette ambiance. Chaque jour, il soutient avec conviction ses camarades depuis les gradins. Combat après combat, le jeune boxeur se rend compte que l’IFMA est le meilleur des championnats amateurs, comprend néanmoins que la partie sera difficile. Mais il est «excité», certain d’être capable de gagner, et dans un beau style Muay en plus.
Samedi 27 juillet
Jimmy est sur le ring, prêt. Dès les premières secondes, son combat face au Tchèque tourne à son avantage. Il met la pression tout le temps, remise coup pour coup, démonte pièce par pièce le moral de son adversaire. Le Tchèque doute et au 3ème round Jimmy place un coup de coude suivie d'un low kick qui va déboiter le genou du Tchèque. Sans avoir chercher le KO ou la blessure, Jimmy met un terme à ce combat. Jimmy a beaucoup apprécié son adversaire : «Un très bon combattant, très propre dans sa boxe». Jimmy espère le rencontrer à nouveau sur un ring. Après cette victoire, le baume au cœur est là, mais ce n’est pas encore le moment de faire la fête. L’or n’est pas acquis.
Le lendemain, dimanche 28 juillet
L’adrénaline est encore plus forte que la veille pour le boxeur Français, c’est la finale. Le coach de l’équipe de nationale, Larbi BENATIA, le prévient que ça devrait «être la guerre depuis le début, car c’est un bon client en face, plutôt agressif». Jimmy décide de commencer son combat comme la veille. Sa bonne condition physique lui permet le luxe, encore une fois, de mettre dès le départ la pression et pour toute la durée du combat. Il marque beaucoup de points, creuse un écart important très rapidement. Dès la moitié du second round le moral du Lituanien est atteint, car VIENOT ne lui laisse aucun répit, il enchaine en pieds-poings, genoux, Ne sachant le cadrer, le Lituanien le fuit. Il sait qu’il est trop en retard et ne parviendra pas à combler son déficit avant le gong final, alors au 3ème round il surprend Jimmy avec trois beaux jabs. Mais la garde de VIENOT est bonne, de plus Jimmy esquive les coups de coude de son adversaire, tous destinés à lui ouvrir l’arcade pour tenter de gagner le combat sur blessure. Il n’en sera rien, c’est le bras de Jimmy VIENOT qui est levé par l’arbitre et qui repartira avec la médaille d’or. Le cœur du Montpelliérain s’emplit de joie, il fond dans les bras de ses coachs, puis de ses camarades venus le féliciter. Une très belle victoire, dommage que la fédération ait oublié le drapeau français pour monter sur le podium, en N° 1, cela aurait diffusé un fort symbole d’unité et de communion, ce que font tous les autres pays.

Jimmy VIENOT n’en est pas à ses premières oppositions, bien que «junior», il a déjà pas loin de dix combats sans protections à son actif, en Europe et en Thaïlande, ce qui lui a permis petit à petit d’acquérir une véritable aisance sur le ring, de développer une belle boxe, ressentir toutes les sensations pour mieux parer, s’économiser, distribuer les coups avec stratégie. Il est encore trop tôt pour définir son style à proprement dit. Ce nak muay est en plein développement, physiquement et dans sa boxe, mais cela ne l’empêche pas d’être presque toujours vainqueur à ce jour dans ses combats. Lorsqu’on le voit boxer, il semble chercher parfois ses appuis, précisément il recherche l’équilibre de son propre corps. Jimmy est grand, 1m84. Son aspect longiforme est relativement récent, son esprit ne s’en est pas encore tout à fait accommodé, mais au lieu de le freiner, il sait en tirer partie. Comme on peut s’en douter, son allonge est excellente, ses adversaires essaient de casser la distance dès le début. VIENOT ne se contente pas de les repousser, il remise, attaque, bien entendu avec des highs kick, mais surprend en cassant les jambes avec ses low kick. Son coup d’œil est excellent, dès qu’il voit une ouverture, il place, par exemple ses genoux piquent au foie, puis il ponctue en crochet au même endroit, en se décalant bien sur le côté, en se protégeant. Il existe un véritable «plaisir du ring» chez ce garçon et son travail paye. VIENOT trouvera sur sa route un nak muay qui saura le déstabiliser tôt ou tard, alors il sera très intéressant non pas de le voir lui ou son opposant, mais précisément d’observer la manière, les ressources que chacun trouvera pour s’adapter, rester lucide et réagir, d’être le humble ambassadeur de la finesse du Muay Thaï. Ce n’est pas l’un ou l’autre qu’il faudra regarder, mais ce qui se passera ce jour là entre ces deux boxeurs. Jimmy possède cette subtilité là, ressent le muay comme un art martial qui implique une philosophie complexe, mais si riche. Il veut «percer» dans notre sport et devenir le «numéro un» dans sa catégorie. Nous ne pouvons blâmer aucun jeune nak muay de caresser ce rêve, et de poursuivre son investissement pour l’obtenir. Un boxeur à suivre.

Nous voici donc à la rentrée 2013-2014, tumultueuse avec ces nouvelles règles de combat entrant en vigueur dans l’autre fédération, la FFSCDA. Il existe partout en France, d’autres jeunes, filles et garçons, avec autant de talent que Jimmy. Son sérieux lui a donné une médaille d’or dans un championnat de renom. Il appartient à chaque jeune nak muay de s’investir à l’entraînement pour la nouvelle saison qui s’annonce et d’écrire son histoire sur un ring. L’expérience, même pour les juniors, du combat sans protection semble avoir porté ses fruits pour Jimmy VIENOT. En serait-il de même pour d’autres ? Bien entendu, aucun entraîneur ne peut mettre en danger la santé de son boxeur, ce serait une faute morale extrêmement grave, impardonnable, un combat sans protections nécessite d’avoir acquis le niveau nécessaire, avec l’esprit sportif que cela implique, deux conditions sine qua non. Pourtant, les combats sans protections font partie de la pédagogie dans notre sport. Mais à partir de quel moment ? Et quelles règles établir ? Le débat est réclamé par les nak muay de France.