Interview Fred ROYERS
Par Michiel Ster le jeudi 19 mai 2016
Le Hollandais Fred ROYERS a marqué le pieds-poings durant les années 80. D'abord champion de karaté, il a ensuite touché à de nombreuses disciplines (muaythai, kick, savate, boxe anglaise, full contact) et a brillé dans la plupart d'entre elles. Aujourd'hui entraineur et commentateur à la télé, il revient pour nous sur son parcours et nous livre sa vision de ce sport pour lequel il a eu tout de suite le coup de foudre. Voici son interview.
Fred ROYERS : J'avais 17 ans et à cette époque je venais de voir mon premier film de kung fu avec Bruce LEE. J'étais scotché, c'était fantastique ! J'avais instantanément accroché et j'ai su que je voulais apprendre ce truc là. Pour moi, c'était vraiment le coup de foudre. Peu de temps après, je me suis mis au karaté. A cette époque, je jouais au "korfball"(une sorte de basketball). Je sais que ça peut paraître étrange mais j'ai beaucoup appris de ce sport en terme d'accélération. Pendant que tu cours, tu as besoin d'éviter ton adversaire, il ne faut pas le toucher. Les autres qualités nécessaires sont le fait d'être défensif et d'être agressif, être mobile et rapide. Cette flexibilité m'a vraiment aidé pour le karaté. Je n'ai jamais été un grand talent mais j'avais de l'endurance et étais un combattant malin. J'analysais vite les faiblesses de mes adversaires et savais comment les utiliser.
Quels sports as-tu pratiqués au cours de ta vie ?
J'ai fait les trois K : Karaté, Kickboxing et Korfball.
Et la savate et le muaythai alors ?
Karaté = savate et kickboxing = muaythai, pour moi c'est juste ajouter ou enlever une règle. Je les ai tous pratiqués avec beaucoup d'enthousiasme. Ce n'est pas difficile, la base reste l'utilisation des bras, des jambes et des genoux.
Comment as-tu fait pour pratiquer toutes ces formes d'arts martiaux (Karaté, Savate, Kickboxing, Muay Thai) à haut niveau ? Cela doit être compliqué de ne pas tout mélanger !
Non. Je me suis toujours bien préparé avant de rentrer sur le ring. Toute la préparation devait être dans l'esprit de l'événement à venir. Ça veut dire s'entrainer uniquement selon ces règles pour ne pas tout mélanger. Je n'étais pas tout seul bien sûr, il y avait toute une équipe derrière moi : le club, les entraineurs, les sparring-partners, avec une seule mission : me préparer pour le combat à venir. Je ne serais jamais allé aussi loin si je n'avais pas les bonnes personnes autour de moi. Je leur doit beaucoup.
Le plus fun c'était le kickboxing. Le muaythai, c'est beaucoup de corps à corps, resté accroché à un adversaire ce n'était vraiment mon truc. Je voulais utiliser mes bras et mes jambes ce qui est une façon plus dynamique de combattre, plus sympa, je trouve, que le clinch. Cependant, le corps à corps est vraiment important. Si tu te retrouves face à quelqu'un qui maitrise le clinch, ça donne un combat très dur.
Tu as beaucoup de titres en karaté ?
Oui, j'ai été champion de Hollande plusieurs fois d'affilée. J'ai aussi décroché des titres européens et mondiaux. J'ai connu le succès individuellement mais aussi avec l'équipe nationale. Durant cette période, j'ai commencé le kickboxing et participé à plusieurs galas. La fédération hollandaise de karaté était fermement opposée à ça. Selon eux, je ne pouvais pas combiner le kickboxing avec l'équipe nationale de karaté. Ils avaient peur que mon karaté en souffre. Le karaté c'était à la touche tandis que le kickboxing c'était bien sûr du vrai contact. A l'époque, le kickboxing avait une mauvaise image, beaucoup de criminels en faisaient. Ça a maintenant beaucoup changé. J'ai aujourd'hui des fils de docteurs ou d'avocats qui viennent à mes cours.
Comment gagnais-tu ta vie au début ?
D'abord, j'ai enseigné le karaté et le kickboxing, c'était un bon début. Rapidement ensuite, je suis devenu classe A (kickboxing), ce qui aide beaucoup puisque dès que tu boxes dans des événements tu gagnes de l'argent.
Par un de mes amis, Jean-Paul MAILLET. Il travaillait pour l'un des plus importants magazines d'arts martiaux en France, "Karate Bushido". C'est lui qui m'a donné ce surnom. A l'époque, je combattais dans plusieurs disciplines. J'ai rencontré Jean-Paul dans un gala de savate, en discutant avec lui il se souvenait qu'il m'avait vu aussi participé à un tournoi en karaté. Je lui ai dit que le mois suivant j'avais un combat en muaythai. Il a froncé les sourcils, m'a regardé et dit : "Tu es un gladiateur, tu combats dans tous les styles". Dès lors, mon surnom a été "Gladiateur". Jean-Paul et moi sommes restés amis et on se voit plusieurs fois par an.
Tu as fait beaucoup de combats, mais quel est pour toi le plus mémorable d'entre tous ?
C'était un combat en full-contact, que des coups au-dessus de la ceinture donc, contre un mec de Rotterdam, je me souviens encore de son nom : Kooi. Ce mec tapait si fort qu'il perçait ma défense. Ce n'était pas une super sensation ! J'étais complètement en dehors de ma "zone de confort". Selon les règles du combat, je n'avais pas le droit de mettre des coups de genoux ou des low kicks, seuls les high kicks étaient autorisés. Le combat était en cinq rounds et j'ai vraiment eu besoin de puiser dans mes réserves face à ce cogneur. A la fin, j'ai remporté le combat et ça m'a vraiment boosté pour la suite..
Peux-tu nous parler un peu de la période durant laquelle le K1 était un immense événement populaire et Ernesto HOOST et Peter AERTS en étaient les superstars ?
Le kickboxing était en pleine ascension ainsi que le K1 et on a eu soudain une grosse attention de la part des médias. Avec cette énorme popularité, les chaines de télé ont voulu surfer sur ce succès. Des chaines comme Veronica et Eurosport ont suivi les événements de kickboxing. Comme j'avais un certain nom dans ce sport, je suis devenu commentateur pour ces chaines. C'était super plaisant, c'était mon univers et je connaissais personnellement la plupart des mecs.
Le nombre de pratiquants d'arts martiaux a augmenté mais les retransmissions télé ont elles diminué.
Je comprends cela. Pour beaucoup de gens, les arts martiaux sont un territoire inconnu. Nous sommes dans une société où il n'est pas normal de se taper dessus. Mais quand on transforme ça en un sport avec des règles, ça devient fantastique. Cependant, ça reste un sport pour lequel les gens froncent les sourcils. Quand tu demandes à un Hollandais lambda ce qu'il pense de ce sport, tu obtiens la plupart du temps une réponse du genre "il n'y a que des criminels là dedans" ! Ils ont en partie raison car, au début, tout cela se faisait un peu dans les coins sombres. Mais les temps ont changé. Le kickboxing a évolué et ses pratiquants avec. Si on parle du manque de diffusion télé, il faut qu'on soit honnête. C'est la loi du plus grand nombre. Le kickboxing est un sport qui attire seulement une petite minorité. Tu ne peux pas comparer par exemple avec le football qui est suivi par des millions de personnes à travers le monde. C'est triste pour notre sport mais compréhensible.
Tu pense que les beaux jours reviendront pour les arts martiaux, comme à l'époque du K1 ?
Je ne sais pas. On avait l'espoir que l'UFC fasse cela pour le MMA. Mais en Hollande, sa popularité n'est pas celle que l'on pouvait espérer. Heureusement, il y a une chaine où l'on peut suivre un peu ça, c'est Eurosport. Je suis toujours commentateur pour cette chaine.
Comment vois-tu les dix prochaines années pour les arts-martiaux ?
Je pense que ça va se développer. Ce sport est maintenant connu du grand public et on commence à en oublier la mauvaise image.
























