Interview - Brice HOARAU, responsable de la Commission Nationale de Muay Thai
Par Yann Saulnier le samedi 16 septembre 2017
Depuis le mois de janvier, Brice HOARAU a rejoint la FFKMDA en tant que responsable de la Commission de Muay Thai. Nous avons voulu avoir un échange avec lui pour comprendre ses motivations et sa vision de la situation.
MUAYTHAITV : Bonjour Brice, peux tu te présenter à nos lecteurs ?
Brice HOARAU : Bonjour à tous les nak muay, à tous les amateurs et toutes les amatrices de muaythai. La première chose que je voudrais dire c’est que je ne m’attendais pas un jour à être interviewé sur MUYATHAITV.COM… LOL comme on dit ! Cela me fait un peu bizarre d’être de ce côté de la page… Par où commencer… ? Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je m'appelle donc Brice HOARAU, j'ai 52 ans (et oui le temps passe...) et suis actuellement dirigeant de société. Depuis mon enfance, je pratique les arts martiaux (judo, Viet Vo Dao). J'ai poussé la première fois la porte d'une salle de boxe j'avais 15 ans c'était au SPORTING CLUB DE PASCHY rue de Charonne. Il y avait la de jeunes boxeurs qui sans le savoir encore allaient devenir des références de notre discipline : René et Antoine DESJARDINS, Jami, Kouider, Gilles TIRROLIEN, Jaid et déjà un vrai champion Thaï : Wattana SOUDARETH.
Quel a été ton parcours dans le Muay Thai ?
Par la suite j'ai rejoint l'équipe du Star Boxing avec Désiré THIBAUT. Il y avait la de grands boxeurs qui ont beaucoup amené au muaythai français, à commencer par Yousop SOR THANIKUL, son frère Darris (qui avait à l'époque réussi l'exploit de survoler son combat contre l'immense Ramon DEKKERS), les frères Anukhun et Lamkhong, NONG MOON, LOM ISARN, SOUDARETH à nouveau et bien d'autres. J'ai énormément appris à ce moment là surtout avec Yousop SOR THANIKUL qui est devenu mon professeur attitré. Je n’ai malheureusement disputé qu’une petite vingtaine de combats. Mon grand regret est de ne pas avoir pu enfiler la ceinture de "champion de France" autour de ma taille. J'ai dû me contenter de deux maigres titres en guise de lots de consolation, à savoir champion d'Ile de France et Vice champion de France. A signaler que si j'ai été Vice champion de France, ce n'est pas que j'ai perdu le combat pour la ceinture mais seulement parce que ce combat n'a jamais eu lieu malgré mes multiples demandes auprès de la fédération de l'époque... Déjà à l'époque la vie fédérale laissait à désirer... C’est peut être aussi la raison pour laquelle je me suis ensuite interéssé à la vie féderale…
En dehors de la pratique, as tu eu l’occasion de faire autre chose dans le Muay Thai ?
Après mes derniers combats je suis devenu assistant au STAR BOXING et j'ai eu la chance de toucher un peu à l'organisation avec Désiré THIBAUT. A cette époque nous organisions des galas pour l'émission "Minuit sport" présentée par Jean Philippe LUSTYK et Nathalie SIMON sur TF1. A cette époque j'ai aussi fait la connaissance de Bruno OPPENHEIM qui était aux achats chez CANAL PLUS et qui est actuellement DG de SFR SPORT 5. Je me rappelle lui avoir vendu la fameuse vidéo du combat KOBAL contre Ramon DEKKERS... Lorsque le STAR BOXING a fermé, j'ai multiplié les démarches et me suis battu pour obtenir des créneaux avec la mairie de Thiais et du 13 eme arrondissement.
Comment est né le PHENIX MUAY THAI ?
A ce moment j'ai proposé à deux jeunes boxeurs du 13 eme de me rejoindre dans cette aventure. L'un s'appelait Alasane GAYE dit "Hassan" et l'autre Farid VILLAUME. Je me souviens d'avoir demandé à Hassan de laisser tomber lui aussi sa carrière de boxeur pour se concentrer tous les 3 sur celle de Farid alors jeune boxeur débutant. Le "PHENIX MUAY THAI" était né. Ce nom a été choisi en considérant que le PHENIX MUAY THAI incarnait la renaissance du STAR BOXING.
A cette époque il y avait aussi un renouveau fédéral, n’est-ce pas ?
Oui, A l'époque, une jeune FEDERATION naissait : la CNMT. J'ai alors proposé à cette commission que je trouvais crédible de les aider en développant leur "vitrine" par le biais du "championnat de France". Aidé par un jeune cadre courageux et rigoureux en la personne d'Eric EKAMBI, nous avons je le pense contribué activement au succès de la CNMT qui est devenu la FMDA puis FFMDA avant que tout ne s’écroule... J'ai à cette époque organisé avec ma fidèle équipe, dans laquelle Alassane GAYE a toujours figuré en première place, plus de 50 galas aussi bien privés que pour le compte de la Fédération.
Parle nous un peu de l’épopée du PHENIX MUAY THAI ?
Et cette idée de créer un média dédié au Muay Thai ?
Parallèlement à tout cela, c'est à ce moment que j'ai monté avec mon équipe tout d'abord le site SAMOURAITV, devenu ensuite MUAYTHAITV. Sur le site MUAYTHAITV nous avons lancé le concept de Pay Per View (cela consistait à retransmettre des galas en live contre une modique somme payée par l'internaute). Mon idée était de créer un financement pour aider les organisateurs d’événements. Très vite nous avons été piratés et nous avons donc perdu de l'argent et avons dû fermer le service. Ce qui est attristant c'est que nous avons été piratés non pas par des gens de l'extérieur mais par des gens du MUAY THAI. Tellement amoureux du MUAY THAI qu'ils ont "saboté" un outil qui au final aurait pu devenir un formidable outil d'aide et de contribution au financement des galas de MUAY THAI.
Comment le Muay Thai a-t-il évolué ensuite ?
A ce moment, la FMDA a commencé à avoir quelques soucis. Déstabilisé de l’intérieur et de l’extérieur par l’institution. En tant que membre du Comité Directeur, je me suis battu pour un "renouveau" à l'intérieur de la Fédération. Je voulais relancer de "nouveaux projets" avec de "nouvelles personnes". Je suis intervenu personnellement pour que Larbi BENATTIA intègre le staff. Malheureusement cela n'a pas suffit. Des dissensions sont apparues, des oppositions et des guerres internes. Je me suis retrouvé du mauvais côté et j'ai fini par être complètement isolé. C'est à ce moment que j'ai rejoint la fédération de Denis Marie CINTURA ou j'ai été accueilli amicalement par Sam BERRANDOU qui n'a pas eu de préjugés envers moi malgré que nous ayons été dans des fédérations différentes pendant plus de 10 ans. Après le départ de Denis Marie CINTURA j'ai soutenu la candidature de Jean Michel FAUVERGUES (pour ceux qui ne le connaissent pas je vous invite à aller taper son nom dans GOOGLE) car je pensais que c'était une très grande opportunité pour les sports de combat. Avec lui, tout le monde aurait eu sa place et les sports de combats (donc le MUAY THAI) aurait brillé de "milles feux" car bénéficiant d'une "vraie" confiance de l'état. Les clubs n'ont pas suivi, compris, souhaité… Plusieurs de mes amis proches m'avaient dit qu'ils soutiendraient le choix de Jean Michel FAUVERGUES, et au final Ils ont élu Athony ELKAIM... Je n'étais pas d'accord avec ce choix que je ne considérais pas comme une opportunité pour notre discipline. Un peu fatigué et ayant des projets professionnels je me suis retiré du MUAY THAI en pensant que cela resterait un beau souvenir de jeunesse… Je commençais à changer de regard sur la discipline en regardant le MUAY THAI "s'enfoncer" avec une grande nostalgie en me disant que finalement depuis le début nous en sommes toujours au même point : à gérer des petites "guégueres" d'ego personnelles qui ne font pas avancer la discipline. Pourtant une chose est certaine : nous avons tous en nous cette formidable passion... J'avais donc tiré un trait sur le MUAY THAI. Je me suis retiré de MUAYTHAITV en clôturant ma société et en laissant le site a mon ancienne équipe et le club PHENIX à Alassane GAYE. Depuis à peu près 5 ans je ne suis revenu que dans 2 galas : celui qu’Alassane GAYE avait sous-traité pour une partenaire et celui en hommage à notre ami à tous Pascal IGLICKI où j'ai eu l'immense plaisir de recroiser tout ceux qui ont fait le MUAY THAI.
Pourquoi être revenu ?
Aussi, je voudrais dire plusieurs choses :
Je connais l'état de la situation avec les divisions qui subsistent dans notre discipline. J'ai beaucoup d'amis notamment comme Sam BERRANDOU qui ne sont pas dans la même fédération que moi (on a l'habitude maintenant) cela n'en fait pas pour autant des ennemis. Ceux qui veulent se déclarer "ennemis" le feront. Moi pour ma part je n'ai pas d'ennemis. Ceux qui ne m'ont pas suivi il y a 5 ans dans mes choix ne sont pas devenus pour autant les ennemis non plus. Cela ne m'intéresse pas de critiquer l'un ou l'autre sur Facebook ou sur les forums. D'ailleurs, je n'ai à présent aucun rôle "politique". Ce qui m'intéresse profondément c'est de faire les choses, dérouler des projets, faire avancer concrètement. Il me semble que les conditions sont à nouveau réunies.
Pour finir, quels sont tes projets au sein de cette commission ?
Au sein de cette commission la première chose que j’ai à dire c’est que je ne suis pas tout seul. Il y a : Bruno BRIAND, Jean Luc GUETRO, Patrick VIGNAU, Frederic PEREIRA (en charge des juges et arbitres), Eric DELABARRE (en charge des grades et du référentiel technique), Anthony PERRIN (en charge des superviseurs).
L’idée bien sûr est le développement du Muay Thai pour être clair, je dirais que le mot développement ne veut pas dire « faire de la licence ». Même si les aspects financiers sont importants, si l’on ne prend en compte que les critères quantitatifs (ne penser qu’a augmenter le nombre de licenciés) sans prendre en compte les critères qualitatifs on finit par dénaturer le sport et le vider de sa substance. A l’heure ou certains parents ne sont pas d’accord pour que leur enfant s’inscrivent dans telle ou telle autre discipline car l’état d’esprit y est mauvais, il faudrait que dans 4 ou 5 ans les parents se disent « je vais inscrire mon enfant au Muay Thai car il y apprendra à devenir un adulte épanoui, sûr de lui et responsable ». Une fois les priorités traitées nous allons y travailler d’arrache pied…
Et de manière concrète ?
Grace au travail effectué en amont par le Président Nadir ALLOUACHE et la confiance qu’il m’accorde, la commission de Muay Thai et moi même avons pris des dispositions qui vont être effectives dès cette rentrée :
Déjà, tous les « Nak Muay » qui évoluent dans les catégories assauts éducatifs, assauts techniques et combat amateur (c’est à dire 80 % des compétiteurs) vont se voir proposer l’opportunité de participer à une compétition une fois tous les deux mois. Cela représente au bas mot un minimum de 6 compétitions par an pour les compétiteurs assidus. Dans le cas très probable ou le compétiteur ferait en moyenne 2 assauts/combats par compétitions, on arrive à 12 assauts/combats par an. Si on veut fabriquer des bons classes A capable un jour de rivaliser avec les Thaïlandais il n’y a pas de secret, il faut « boxer ». La quantité de combats n’est pas le seul critère certes, il y a aussi la qualité technique, la tactique, le physique, le mental et bien d’autres choses mais chaque chose en son temps…
Egalement, nous avons commencé à travailler sur la qualité de l’encadrement des compétitions. Grace à notre relation avec l’IFMA, Frederic PERERIRA a mis en place avec Eric EKAMBI (superviseur international des compétitions IFMA) une première session de formation IFMA qui va permettre à tous nos juges et arbitres d’améliorer constamment leur qualité et de pouvoir prétendre à devenir arbitres internationaux. Ce genre d’initiatives sera renouvelé 2 ou 3 fois par an. Cela permet de garantir une uniformité au niveau de l’arbitrage et du jugement. Cela permettra aussi aux entraîneurs de mieux connaître les règles et leurs applications. Au final, nous améliorons la qualité globale et l’ambiance dans nos compétitions.
Pour finir, je dirais que grâce au sérieux de notre travail nous sommes en train de devenir un des principaux partenaires de la Fédération Internationale. Pour preuve, l’IFMA nous a confié l’organisation des prochains Championnats d’Europe Amateur qui vont se dérouler du 16 au 21 Octobre à Paris à la Halle Carpentier.
Chok Dee ! Comme dirait notre ami Dida !





















