Guillaume Kerner, l'ange blond
Muaythaïtv : Bonjour Guillaume Kerner, votre actualité concerne celle de votre protégé Mounir Bouti, qui combattra le 26 mars prochain Pascal Benmati. Pouvez-vous nous raconter comment vous préparez un combat ?
La préparation se déroule en 2 cycles. Le 1er dure environ 3 semaines au cours desquelles je mets en place des séances à gros volume, puis lorsque nous entrons dans le 2ème cycle (soit environ 10 jours avant l’objectif ) je diminue le volume des séances pour augmenter leur fréquence et leur intensité. Au cœur de cette planification, je dose savamment l’alternance du travail et de la récupération pour ne pas brûler mon élève et de fait, tomber dans le piége du surentraînement. Malgré cela, durant cette période les plus fidèles compagnons de Mounir se prénomment Hématomes et Courbatures.
Qu’avez vous ressenti lorsque vous avez appris que Mounir était champion du monde ?
Après lui avoir appris à faire ses 1er pas de Nak Muay, alors qu’il avait 14 ans, Mounir Bouti m’a manifesté sa volonté d’atteindre les sommets de la discipline. En acceptant, je savais par expérience ce que cela incombe et qu’avant d’atteindre le sommet, il y a la montagne à escalader. Ayant gravi la montagne plus haut que lui, mon rôle de guide m’amène à lui montrer comment éviter les crevasses. En Muay Thaï chacun se fixe un sommet en fonction de son potentiel.Quand j’ai appris l’exploit que venait de réaliser mon élève, j’ai ressenti une grande fierté et un immense bonheur dont voilà sans doute la formule : « un travail réglé et des victoires après des victoires ». Le sommet amateur venait d’être franchi, la brume dissipée, une vue fantastique s’offrait à nous, avec au loin un sommet encore plus beau, plus haut, plus extrême : le sommet professionnel ! Et nous avons de nouveau repris l’ascension.
Votre palmarès est-il bien de 58 victoires, 4 défaites, 32 K.O ?
C’est exact ! Palmarès récompensé par 5 titres de champion de France (85-86-87-88-89), 2 titres de champion d’Europe (1989), 2 titres de champion du monde (Bangkok 95 contre Chainarong, Los Angeles 96). Elu Katana d’or par le public en1989 et par la presse spécialisée de l’époque (Uppercut) meilleur boxeur de l’année 1989.
On vous a surnommé l’ange blond, pourquoi un tel surnom ?
A cause de ma belle gueule et du short et peignoir blanc que je revêtais, mais sur le ring je ne faisais pas dans l’angélisme.
Aviez-vous une technique favorite ?
Les coups de genoux (voir photo).
Vous êtes reconnu pour avoir été un des Nak Muay français ayant un style très thaïlandais, comment avez-vous acquis ce style ?
Grâce à l’enseignement de mon professeur Pud Pad Noy (à gauche sur la photo tout en haut).
Vous avez combattu Krongsak et Van Padhet entres autres, pouvez vous nous raconter ces combats et nous rappelez qui sont ces Nak Muay ?
Mon combat contre Van Padhet a eu lieu en 1988 au Palais Omnisport de Bercy, c’était mon 1er championnat du monde. Van Padhet spécialiste des coups de genoux était simultanément le tenant du titre du Radjadamnoen et du Lumpini. A cette époque de suprématie thaïlandaise, accepter le combat alors que je n’avais que 19 ans, revenait à entrer dans la fosse aux lions avec une entrecôte autour du cou.
Au terme de 5 rounds âprement disputés mon adversaire a été déclaré vainqueur de façon controversée. Cet exploit a stupéfait le monde de la boxe et particulièrement la communauté asiatique.
Mon combat contre Krongsak était mon 3ème championnat du monde. Je connaissais ses qualités pour l’avoir vu au Radjadamnoen faire match nul contre l’invincible Diesel Noy après un combat épique où les deux protagonistes étaient ouverts jusqu’au sang. AParis, Krongsak avait battu Rob Kaman avec 10 kgs d’écart. Alors que je menais le combat, un coup de coude à l’arcade de la part de Krongsaka incité le médecin à interrompre le combat en sa faveur.
Quels sont vos plus beaux souvenirs de Nak Muay ?
Les témoignages et hommages du public qui aujourd’hui encore se perpétuent.
Quel est votre plus mauvais souvenir ?
Les témoignages de personnes qui après un combat perdu m’avaient invité à raccrocher les gants et arrêter la boxe. Si je les avais écoutés je n’aurais jamais eu de carrière pugilistique.
Dans quels camps étiez-vous en Thaïlande ?
Parmiles plus réputés : 5 Palang, Sor Tanikun, Sor Proenchit, MuangSurin, Kietbanchong et Sittyodtong. (Sur la photo ci-desous : à droite Phedan et au centre Sor Tanikun. Ce dernier était considéré comme un parrain du Muaythaï, c'est lui qui a créé le camp qui porte son nom.) 
Quel métier exercez-vous aujourd’hui ?
Je suis instructeur dans l’unité de formation d’une grosse entreprise.
Qu’est-ce qui vous à motiver à ouvrir un club ?
Le besoin de transmettre ce que j’ai appris.
En parlant de club où se situe le votre ?
Pour l’instant je ne me consacre qu’à mon élève Mounir Bouti, en parallèle je donne des cours particuliers. Bien sûr la Kerner Team existe avec un fort dynamisme et une grande présence et nous sommes ouverts aux propositions (contacter le siége : Kerner Team - 95 rue de Clignancourt - 75018 Paris, email : guillaumekerner@hotmail.com)
Vous qui suivez encore assidûment le Muaythaï, quels sont les Nak Muay qui vous impressionne et pour quelles raisons ?
Pour n’en citer que quelques uns : Farid Villaume, Jean-Charles Skarbowski, Karim Saada et Rafik Bakouri pour sa régularité dans le championnat de France.
Quel regard portez-vous sur les évolutions de la discipline au niveau de la fédération ?
Comme vous le signifié à juste titre je constate que la Fédération est en période de mutation dans ces choix et ses orientations.
Paradoxalement à l'engagement prit pour développer l'amateurisme, c’est avec surprise que je m'aperçois que nos dirigeants prennent un nouveau virage sur le professionnalisme. Chose sur laquelle depuis des années j'attendais une réelle implication de leur part. Car notre vitrine aujourd’hui recèle des talents qui ne demandent qu’à pouvoir s'exprimer.
Nous savons tous que l'argent est une question taboue dans ce milieu ce qui malheureusement ne permet pas aux boxeurs de pouvoir vivre correctement de leur sport.
Lequel d'entre nous ne serait-il pas fier de pouvoir entrer dans la légalité de ses primes de match.
Aujourd'hui un effet d'annonce et des réunions d'orientation de ce projet sont mis en place. Ce que je regrette c'est que toute une génération de licenciés a servi cette cause sans pouvoir un jour en bénéficier.
Comme beaucoup je suis en attente du devenir de la fédération. Je fais parti de ces gens qui prennent le train en route sans connaître sa destination. Il aurait été souhaitable que des plans d'action avec des échéances soient établis longtemps à l'avance. Beaucoup n'auraient pas été découragés du manque d'évolution de notre système fédéral. Au lieu de cela des effets d'annonces sont fait avant des élections. Le Muay Thaï est plus qu'une lutte de pouvoir, nous sommes une grande famille sans dialogues.
Aujourd'hui et demain j'attends une intégrité totale et unie de nos dirigeants. Remettre cet art à la place qu'il mérite, redevenir comme il y a quelques années la deuxième nation au monde derrière la Thaïlande avec de grands compétiteurs enfin reconnus. Il nous faut également savoir intégrer et promouvoir une nouvelle et grande génération de boxeurs.
Que peut-on vous souhaiter pour l’année 2005 ?
Ce que dit le refrain de la chanson de Tina Arena « Aller plus haut ».
Pour finir, avez-vous des personnes à saluer part le biais de cette interview ?
J’aimerais saisir l’occasion pour saluer les personnes touchées par le décès d’un proche ou la maladie ainsi que les personnes injustement ou abusivement incarcérées. Nous vous dédions nos victoires.
Nous retrouverons Guillaume Kerner dans le coin de son élève Mounir Bouti lors des demi-finales du championnat de France qui auront lieu le 26 mars à Japy.
Propos recueillis par Vincent Dao

























