"Fureur" : Un film de Karim DRIDI
Sortie le 16 Avril
Par Michel Themates le jeudi 10 avril 2003
Tourné en partie dans la salle d'entraînement du Phénix Muaythaï, au coeur du Chinatown de Paris (13ème arrondissement) ce film de Karim Dridi tend à confirmer l'intérêt des médias pour le Muaythaï.La distribution :
Raphaël RAMIREZ : Samuel Le Bihan
Chinh : Yu Nan
Manu RAMIREZ : Yann Tregouët
Tony TRAN : Bouncy Luang,
La production :
ADR production
2, rue de la Rocquette
PARIS 75011
Un « Roméo et Juliette » sur fond de conflits entre communautés immigrées.
L’histoire : A la mort de ses parents, exilés espagnols qui ont fui leur pays durant la guerre, Raphaël Ramirez s’occupe du garage familial et prend son jeune frêre sous son aîle. Manu peut ainsi poursuivre une carrière prometteuse de Nak Muay.
De son côté, Chinh est une jeune et belle chinoise, arrivée en France il y a quelques années, qui aide son oncle et sa tante qui tiennent un petit restaurant. Elle est fiancée à Tony TRAN, l'héritier d'une riche famille chinoise que sa famille lui a désigné comme le veut la tradition.
Mais un jour Rapha croise le regard de Chinh, et c'est le coup de foudre… ce qui rend Tony fou de jalousie.
A l’occasion d’un combat clandestin, Noï (le frère ainé de Chinh) et Manu, qui ne se connaissent pas, s’affrontent.... Noï va tuer Manu et comme pour Roméo et Juliette, l’amour devient de ce fait impossible. Raphaël, emporté par sa fureur, va vouloir se venger.
Mais cette fois, l’amour va triompher.
Samuel LE BIHAN et Franck NADJE
Lors des finales 2002, Samuel LE BIHAN, présent dans le 13ème arrondissement, a été invité par Samouraitv, à remettre la ceinture de Champion à Franck NADJE, du club du Phénix Muaythaï ou ont été tournées de nombreuses scènes du film.Entretien avec Karim DRIDI (extraits du dossier de presse)
A quel désir de cinéma « Fureur » répondait-il ? Je voulais réaliser un film personnel sur un récit classique, intégrant des scènes de combats et une histoire d’amour simple et accessible.
Faire un film populaire d’accord, mais qui traiterait du métissage, de l’exil, de la clandestinité et du pouvoir de l’argent qui pourrit notre société.
Avec du recul, je m’aperçois que je suis toujours motivé par le même désir : donner ma vision d’une France métissée. Je suis convaincu que notre pays s’enrichit des différences et qu’il n’existe point de salut en dehors de la diversité.
Qu’est-ce que la fureur pour vous ?
En faisant ce film j’ai voulu montrer comment la fureur peut être comparable à une drogue dure qui vous emporte vers l’autodestruction et la mort.
La fureur est une pulsion qui réveille en nous nos instincts les plus primaires, c’est un sentiment despotique qui prend le contrôle de notre pensée en dominant nos sens.
En me posant le problème de la représentation de la fureur au cinéma, je me suis demandé quelle force pourrait vaincre un tel sentiment. Ma seule réponse fût l’amour. C’est d’ailleurs tout le sens que j’ai voulu donner à la scène finale : Noï accepte de se sacrifier par amour pour sa sœur et Rapha renonce à sa fureur quand il s’aperçoit que c’est elle qui est responsable de la mort de son propre frère.
Qu’est-ce qui vous attirait dans la communauté asiatique, réputée assez repliée sur elle-même ?
C’est justement ces préjugés sur cette communauté impénétrable et peu ouverte qui m’a donné envie d’aller à la découverte de cet autre culture.
Après plusieurs mois de travail dans le quartier chinois du 13ème arrondissement de Paris (*) je peux dire aujourd’hui que cette communauté n’est pas plus fermée qu’une autre. A partir du moment où l’on ne cherche pas à la soumettre à la vision de ses propres clichés ou fantasmes et que l’on aborde cette culture avec l’humilité et le respect qu’il se doit, alors seulement l’on peut prétendre à un véritable échange avec elle.
Des milliers d’asiatiques vivent en France sans que jamais leurs images n’apparaissent dans nos films. C’est comme si vous avions affaire à des citoyens virtuels sans aucune réalité. « Le Chinatown » du 13ème arrondissement n’est pas constitué uniquement de Chinois. Plusieurs cultures asiatique y cohabitent et s’y mélangent.
Mes personnages appartiennent à cette diaspora Chinoise qui s’est mélangée avec d’autres cultures d’Asie du Sud-Est comme le Cambodge, la Thaïlande ou le Vietnam.
J’ai découvert aussi beaucoup de points communs avec ma culture Arabe : le respect des anciens, l’importance de la famille, le poids des traditions, le rapport à la sensualité… Ma double culture m’a énormément servi pour approcher et comprendre cette autre culture.
* Notamment dans l’ex-salle d’entraînement du Club Phénix Muaythaï, et au sommet de la Tour Ancône.
Pourquoi la boxe et particulièrement la boxe Thaïlandaise ?
Pour moi la boxe va beaucoup plus loin que le simple cliché réducteur de deux hommes qui se tapent dessus. C’est une métaphore idéale pour parler de la lutte pour la vie et de la fureur que les hommes renferment en deux.
Regardez Mohamed Ali et vous comprendrez que la boxe peut aussi être un art de vivre et un formidable vecteur de communication. La boxe nous oblige à nous confronter à nos pulsions primales et à accepter sans lâcheté et hypocrisie la violence qui est enfouit en chacun de nous.
La boxe thaïlandaise est plus qu’un sport, c’est un art ancestral qui au contraire de la boxe anglaise possède une dimension spirituelle. C’était aussi un moyen pour moi de montrer physiquement les différences culturelles entre les Ramirez et le frère Noï qui arrive de Thaïlande.
Filmer cet univers vous a-t-il donné de nouvelles ambitions en tant que metteur en scène ?
Prendre le risque de filmer moi-même les combats m’a obligé à m’impliquer physiquement dans la mise en scène. Je me suis donc entraîné avec les comédiens, j’ai souffert avec eux. Ce qui m’a permis de pousser ma direction d’acteur et de mieux comprendre leurs difficultés. Je voulais être au coeur du ring au plus proche des acteurs, afin de pouvoir être synchrone avec leurs pulsations et leur fureur intérieure.
Comment se sont faits les réglages des combats ?
Je ne voulais pas faire appel à des cascadeurs et je souhaitais m’éloigner de la mode actuelle qui vient du cinéma de Hong-Kong avec une gestuelle très kung-fu. Normalement une scène de combat de boxe se tourne à plusieurs caméras et un steadycam. Ce que j’ai refusé de faire afin de trouver mon style personnel, basé sur la subjectivité des mouvements de mon corps à l’intérieur du combat.
Les combats sont très réalistes car ils ont été réglés par Jo Prestia qui joue l’entraîneur dans le film mais qui a été plusieurs fois champion de boxe thaïlandaise. Face à Yann Trégouët, il y avait de grands champions comme Kiti Sor Thanikul et Samath Payakaroon ce qui m’a permis d’aller très loin dans l’illusion des coups portés tout en garantissant au maximum la sécurité de mon jeune acteur. Cependant il fallait que Yann fasse l’apprentissage de la douleur, qu’il la ressente dans sa chair. A un moment, ce n’était plus vraiment du cinéma. Yann prenait des vrais coups qui bien évidemment n’étaient pas donnés à la pleine puissance mais qu’il encaissait tout de même. Plus d’une fois, la marge de vérité sur ces scènes était vraiment ténue.
La proposition pour ce film était aussi de commencer l’histoire par un combat, pas seulement pour satisfaire les amateurs de boxe dont je fais partie, mais pour pouvoir mettre en place le dispositif scénique des personnages : Chinh tombant amoureuse de Rapha, les rapports humains qui se jouent à ce moment-là, le tissu social qui existe autour des frères Ramirez… Cela s’est révélé presque plus difficile à tourner que le combat lui-même.

























