Farid VILLAUME Champion du A1
Finale du A1 World Combat Cup
Par Yann Saulnier le samedi 30 décembre 2006
Le A1 World Combat Cup 2006 a été lancé durant le mois d’Août de la même année.Sur 32 boxeurs initialement présents, seulement deux d’entre eux allaient avoir l’opportunité de disputer l’enjeu des 100.000 $ australiens (60.000 €) attribué au vainqueur. Deux boxeurs qui se devaient d’aligner 4 victoires successives. Les deux combattants qui ont donc réussi ce parcours sont Yohan LIDON et Farid VILLAUME.
Cette rencontre s’annonçait particulièrement intéressante car elle représentait un enjeu très important pour les deux boxeurs. Que l’on se comprenne bien, lorsque nous parlons d’enjeu, il ne s’agit pas principalement de l’enjeu financier qui certes est très attractif mais surtout de l’enjeu en terme d’image qui influence souvent à court terme les retombées économiques des nak muay.
S’agissant en plus d’un match intergénérationnel entre d’une part « un jeune qui monte » et d’autre part un des « ténors » actuels de la discipline, on imagine sans peine les gains et les pertes que peuvent amener de tels combats.
Dans cette confrontation, Yohan LIDON « à tout à gagner ». Il est jeune et à donc du temps devant lui pour construire sa carrière et son image. Son adversaire du jour représente d’ailleurs une excellente opportunité pour « emballer » sa carrière. Une défaite devant Farid VILLAUME ne lui sera donc aucunement préjudiciable, au pire cela lui permettra de se situer. Pour Farid VILLAUME c’est autre chose, il a construit au fil des années une réputation et une image de leader. Autrement dit, il n’arrive pas sur le ring « la besace vide ». En dehors de l’enjeu économique, il a donc beaucoup à perdre en cas de défaite.
C’est donc bien conscient de ces mécanismes que les deux boxeurs se retrouvent sur le ring ce Dimanche 17 Décembre 2006 en Turquie. Compte tenu des enjeux, il y a donc fort à parier qu’il y aura de l’engagement dans ce combat.
La rencontre se déroule en trois reprises de 3 minutes, avec possibilité de rajout d’un extra round s’il est difficile de départager les boxeurs.
Juste après l’annonce de la première reprise, les choses semblent assez claires : Yohan va tenter le passage en force en essayant de miser sur la puissance de ses coups en attaque et en contre. De son coté Farid semble partir sur un match tactique du fait de la différence de poids.
Emmener par son adversaire dans l’épreuve de force, Farid va rapidement changer de stratégie en acceptant le « bras de fer » proposé par Yohan.
Finalement ce match reflétera assez bien les enjeux du combat avec deux adversaires qui pour des raisons différentes ont tout intérêt à prendre le contrôle du combat du début à la fin.
Donc à ce stade, nous en sommes certains, aucun des deux nak muay n’a l’intention de « gérer le combat ».
VILLAUME prend donc rapidement l’initiative en attaque. Il mise sur sa fréquence de frappe.
Logiquement Yohan mise sur son point fort dans ce match : la puissance. Et il est vrai que ses coups sont plus lourds. Le « Lyonnais » peut faire mal à tout moment avec ses jambes ou ses poings. Mais VILLAUME martèle son adversaire, il envoie les « tae sai », les « tae kha » sans relâche. A l’occasion lorsqu’il se rapproche de son adversaire il cherche le coup dur et tente de toucher son adversaire aux poings, mais LIDON se protége bien.Les rounds se suivent et se ressemblent. Yohan LIDON reste dangereux sur les contre attaques, mais VILLAUME prend le dessus en marquant beaucoup plus de points.
A l’issue de la troisième reprise, le clan du boxeur du Phénix s’attend donc à savourer une victoire qui est remise en cause par les juges. Un extra round est annoncé.
Après la minute de repos, les deux boxeurs repartent à l’assaut l’un de l’autre. Aucun des deux ne « baisse le pavillon ». La teneur des échanges reste la même, VILLAUME « shoote » tant qu’il peut et LIDON continue de miser sur les contres.
La fin du 1er extra round donne lieu à la même situation qu’a la fin des trois premiers rounds. Le team du Phénix estime que le combat est terminé, qu’une erreur d’appréciation sur trois reprises c’est déjà beaucoup et que compte tenu de l’enjeu une deuxième erreur deviendrait carrément suspecte.
Et pourtant…
Les juges décident d’un troisième extra round.
Celui-ci est de toute façon le dernier, il faut y aller, pas d’autres solutions que d’augmenter encore l’intensité. Et chacun des deux combattants fait l’effort de redoubler d’intensité dans le registre qu’il a choisi pour le combat : l’un la puissance de frappe, l’autre la fréquence de frappe avec au bout du compte un match qui (théoriquement) devrait basculer vers une décision favorable à VILLAUME, à moins que LIDON puisse faire basculer les choses.
Yohan LIDON ne fera finalement pas basculer les choses à la fin du deuxième extra round.
Mais une décision des juges étant irrévocable tout est toujours possible, et c’est donc avec beaucoup de stress que la formulation du résultat final est attendue par Farid VILLAUME et son équipe.
C’est donc Tarik SOLAK qui vient lui-même lever le suspens et confirmer VILLAUME comme le vainqueur de ce A1 World Combat Cup.
Bien que l’émotion soit à son comble dans le coin du Parisien, on s’interroge tout de même sur la raison de ces deux extras rounds. Car comme il est dit plus haut, l’extra round trouve sa justification dans le fait qu’il est difficile de départager les boxeurs au décompte des juges.
Or dans ce cas présent, il semble que les extras rounds aient été décidés pour que « le spectacle soit à son comble »…
Quand on sait que VILLAUME a eu une hémorragie nasale et la paroi externe du nez ouverte à la quatrième reprise et que LIDON a eu la cloison nasale déplacée et l’arcade sourcilière ré-ouverte, on se dit qu’il vaudrait mieux apprendre au public à comptabiliser les poings de manière réglementaire, plutôt que de promouvoir le coté sensationnel d’une arcade ou d’un nez ruisselant de sang.
Pour en revenir à nos combattants du jour et à notre problématique d’image, nous dirons que finalement la logique est respectée, et que même si « la boxe », au sens large du terme, n’est pas une science exacte, une certaine forme de justice est respectée.
Saluons ici une nouvelle performance de Farid VILLAUME qui bien qu’ayant pour habitude d’évoluer en moins de 71 kg, a du se retrouver plus d’une fois face à des adversaires de plus de 75 kilos, c'est-à-dire deux catégories au dessus de la sienne.
Quand à Yohan LIDON il est indiscutable qu’il sort grandi de cette rencontre contre Farid VILLAUME. Il s’est mis en situation face à l’un des meilleurs de la discipline. Il gagnera certainement encore en assurance, en confiance en lui et en détermination.


























