Entretien avec Prachya PINKAEW
Cinéma Ong-Bak
Par Brice Hoarau le vendredi 19 mars 2004
Notre série d'articles sur le film Ong-Bak continue cette semaine avec l'interview du réalisateur, Prachya PINKAEW. Un troisième long métrage pour ce réalisateur thaïlandais qui parle de ses influences et de ses choix.
Quand avez-vous débuté dans le cinéma, et quel était le style de précédents films avant que vous n’abordiez le cinéma d’arts martiaux ? Je n’ai pas étudié le cinéma dans une école spécialisée. En fait, mon domaine, c’était plutôt l’architecture. Je n’en étais pas moins un véritable passionné de cinéma. J’ai appris la mise en scène grâce aux nombreux films que j’ai visionné pendant des années.
J’ai débuté il y environ treize ans. A cette époque, je réalisais surtout des films publicitaires et des vidéoclips. Mes deux premiers films réalisés au début des années 90 sont plutôt fantastiques. Le premier, « The Magic Shoes », est l’histoire d’une paire de chaussures aux pouvoirs surnaturels. La personne qui les porte devient un danseur exceptionnel. Le second, « Romantic Blues », traite de la vie et de l’amour après la mort – un film romantico-fantastique en somme. Il s’est écoulé presque dix ans avant que je ne revienne à la mise en scène avec « Ong-Bak », qui n’est que mon troisième film.
Entre « Romantic Blues » et « Ong-Bak », vous vous êtes lancé dans la production, en participant notamment au film fantastique 999-9999 qui fut un grand succès en Thaïlande. Comment vous êtes-vous orienté vers cette autre activité ?
C’est le succès commercial de 999-9999 qui a permis de créer la dynamique financière nécessaire à la mise en chantier de « Ong-Bak ». Ce film a demandé un temps de préparation énorme et sa réalisation a aussi été très longue. Peu de temps avant, j’avais également produit « Hoedown Showdown », une musique qu’on appelle aussi la « country thaï ».
Le style des scènes d’action de « Ong-Bak » semble très influencé par les films de Hong-Kong des années 80, en particulier ceux de Jackie Chan, période « Police Story ». Vous êtes-vous également inspiré des films de Bruce Lee et Jet Li ?
J’adore la plupart des films de ces trois acteurs. Le cinéma de Hong Kong s’est longtemps consacré à ce cinéma d’action, dont il a produit quelques fleurons. En préparant « Ong-Bak », je voulais réaliser quelque chose de différent et de spécifique au cinéma thaï. Si je ne m’étais inspiré que du cinéma de Hong Kong, sans apporter une certaine originalité, le film n’aurait pas pu fonctionner. L’art du Muay Thaï, très impressionnant, m’a réellement donné envie de produire le film.
Est-ce vous qui avez pensé aux références à Luc Besson et à Spielberg sur les murs ? (sur certaines scènes, des graphitis sont des dédicaces à ces réalisateurs)
Oui, (…) pour un clin d’œil et un hommage. Steven Spielberg fait partie de mes réalisateurs préférés. Luc Besson aussi. Besson a autant de talent en tant que réalisateur qu’en tant que producteur. Il a un don inné pour la narration et l’action. A mon sens, il fait de preuve de beaucoup pus d’énergie et de brio que la plupart des cinéastes de Hollywood.
Vous devez donc être satisfait que sa société vous distribue en France. Est-ce une coïncidence, ou étiez-vous en contact avec lui avant le début du tournage ?
C’est effectivement une coïncidence ! Quand j’ai appris que Luc avait acheté le film, je lui ai demandé s’il avait remarqué mon modeste clin d’œil. Il ne l’a découvert qu’après avoir décidé de distribuer le film !
Tony Jaa, un acteur courageux
Parlez-nous de votre collaboration avec l’acteur principal, Tony Jaa. Comment avez-vous préparé les scènes de combats ? Après avoir choisi Tony Jaa comme comédien, nous lui avons fait tourner des séquences tests qui mélangeaient des éléments de comédie et de combat. Je pense avoir utilisé et lui ce qu’il avait de meilleur à offrir, dans tous les registres. Par exemple, sauter en l’air dans un espace confiné, sauter par-dessus un homme (voir photo), ou passer par-dessus plusieurs hommes en marchant sur leurs épaules, etc…. J’ai filmé en vidéo certains essais de Tony. J’ai utilisé un « animatic », une version vidéo filmée du story-board, pour préparer la séquence des « tuk-tuk », les petits taxis thaïs à trois roues. Nous avons dû faire un nombre de répétitions incroyables pour les scènes d’action de « Ong-Bak ». Toutes ont été vraiment très difficile à tourner.
Y a-t-il des scènes que vous n’avez pas pu faire parce qu’elles étaient trop dangereuses ?
Nous ne nous sommes rien interdit. Nous voulions que le film soit crédible et le plus réaliste possible. Bien que je souhaite que l’on voie clairement le contact des coups de pieds sur les corps, ma priorité restait la sécurité de mes comédiens. Il y a eu heureusement peu de blessures graves sur le tournage. La plus importante a été l’entorse au genou de Tony.
Pensez-vous que le succès de Ong-Bak en Thaïlande est dû à la présentation des scènes d’action dans un contexte plus spirituel, auquel le public thaï a sûrement été sensible ?
Le Muay Thaï comme sujet de film n’est pas un argument suffisant pour intéresser le public, même thaïlandais. Mais la maîtrise, unique dans cet art, de Tony Jaa, son charisme, ainsi que la quête spirituelle qui anime le personnage principal, m’ont permis de penser que cela pouvait marcher. « Ong-Bak » est un peu comme mon prochain film avec Tony Jaa, « Tom Yum Goong », du nom d’une soupe très populaire en Thaïlande, composée de crevettes à la citronnelle. Nous sommes dans un registre du cinéma thaï, mais ouvert sur le monde.
Avez-vous un message particulier pour les Français qui découvriront le film ? Je suis très heureux que le film ait la chance d’être distribué en France. J’espère que les Fançais seront heureux de découvrir l’art du May Thaï pratiqué à un aussi haut niveau et dans un contexte aussi spectaculaire.
Tiré du dossier de presse.
(voir l’article de présentaion du film)
(voir la critique du film)
(voir la bande annonce du film)
(lire l'interview de Tony JAA)





















