En immersion chez Lucien DEROY
En attendant le prochain gala "YOUNG GUNS II" du samedi 26 février 2011, Muaythaitv s’est rendu à Houplines (Nord, France) au Muay Thaï Power Gym. Dans un premier temps, nous vous présentons son fondateur et entraîneur : Lucien DEROY.
Dès l’âge de six ans, il pratique les arts martiaux japonais, notamment le judo. En 1986, Lucien se tourne vers le muay thaï, il combat entre 1988 et 1993, notamment, contre PUD PAT NITH à Rennes, Fabrice ALLOUCHE au Cirque d’Hiver à Paris, PAYEN, PRIOU, KHALED, et au Japon en 1993 pour un championnat du monde contre MOKOTO, il a à son actif une cinquantaine de combats en pieds-poings. Rapidement, Lucien DEROY a souhaité transmettre son savoir, former des nak muay. Le Muay Thaï Power Gym a été alors fondé en 1988 dans une ancienne usine, mise à disposition par la municipalité de Houplines. Depuis cette date, les principes du club sont : Passion, Rigueur, Ambiance et Pédagogie, le nombre d’adhérents est constant, entre 90 et 110.
Muaythaitv participe à l’entraînement.
1H30 DE SPARRING MUAY THAI
D’abord nous entrons dans une petite, mais véritable salle de boxe, avec des affiches de gala, anciennes, récentes qui tapissent les murs, où plusieurs sacs de frappes pendouillent depuis le plafond. Des drapeaux Français, Belges (nous sommes à quelques mètres de la Belgique) et Thaïlandais accueillent les nak muay. Egalement, tout près du ring, une multitude de paos, de pattes d’ours accrochées à des patères attendent les combattants qui arrivent petits à petits. Les membres, dont une fille, se donnent de franches poignées de mains, leur sourire témoigne du plaisir de se retrouver. A les entendre, il semble que cette séance sera un peu particulière. Dans les vestiaires, l’odeur du baume se répand, les coquillent, les shorts sont passés ; l’hiver pointe son nez, nous sommes début novembre, alors certains enfilent même par-dessus un survêtement pour l’échauffement. Dans un premier temps autonomes, puis encadrés par Lucien, les mouvements s’orientent vers des étirements, insistent sur le cou, les chevilles, la mâchoire, à dénouer les muscles. Puis, le rythme cardiaque s’accélère par des sauts, du travail au sac ; c’est une séance réservée aux compétiteurs, et aujourd’hui des invités sont attendus. Ils arrivent, une dizaine de nak muay flamands, dont deux filles, du Team Super Pro-Knights, tout près de Gent (Belgique), accompagné par leur entraîneur Guy PARET ; la moitié d’entres-eux n’a pas 17 ans. Ils se joignent à l’échauffement, rapidement, quatre par quatre, les boules de cuir se tamponnent, le moment attendu est arrivé. Toutes les trois minutes, nous changeons d’adversaire, aucune perte de temps pour « choisir le camarade qui conviendrait », tout le monde joue le jeu. Après la minute de repos, on boxe contre celle ou celui qui est le plus proche de nous. À chaque fois, c’est une adaptation face à des inconnus, donc :
- un autre Style,
- un Niveau différent,
- un Poids lourd ou léger.
Le Style ? Comme les invités sont issus de l’école « hollandaise », la consigne est d’appliquer les règles du K-1. Néanmoins, sans se blesser, les coudes sortent parfois chez les Français. Ce qui ne déstabilise pas les flamands, bien au contraire, qui se montre efficace, finalement assez Fimeu.
Le Niveau ? Les Belges se lancent sans hésitation dans les batailles, avec une garde plutôt hermétique, esquivent les attaques, placent leurs poings et leurs jambes, dont beaucoup de "tei lam toa". Quant au Français du Team DEROY, ils sont à bonne école auprès de Lucien, ils utilisent les genoux sous plusieurs formes, shootent à l’intérieur de la cuisse de leur opposant. Ils sont humbles face aux « champions » Belges, mais savent clouer dans les cordes les jeunes invités les plus durs, comme ils adaptent leur boxe aux plus faibles.
Le Poids ? Exemple : un Belges de 83 kilos, avec la carrure d’ « Ivan Drago », est face à un jeune français d’à peine 110 livres (lbs). D’abord, le poids lourd dose sa force, se contente de maintenir son « petit » adversaire à distance grâce à son allonge. Mais, après trente secondes d’opposition, le poids plume décide de casser la distance, lui percute la face avec ses jabs et assène plusieurs coups de genoux au ventre, des piqûres de scorpion. Aussitôt le Belge réagit, punch le Français qui se protège, esquive, encaisse, et tremble sous la puissance des coups. Le « géant » boxe avec intelligence, ne cède pas à la colère, le taquine sans cesse avec son gauche pour l’empêcher de réfléchir, l’ébranle en tei khaa, aux poings. Mais le poids plume ne plie pas, se déplace, avant de remiser en crochet qui atteint son but : rebondir sur une bonne joue. La différence de poids est devenue ici un exercice d’apprentissage, un échange viril et respectueux qui permet à chacun de progresser. Qui est donc ce poids plume ? Vous en serez plus tout à l’heure.
En conclusion, cette séance fut un sparring d’une heure et demie, un véritable moment de bonheur pour tous les nak muay en action ce soir là. Chacun avait face à lui, un style, un poids, un niveau différent. Il était possible de goûter aux sensations du combat, tout en prenant le temps d’aiguiser ses techniques, une rencontre amicale, sans prétentions, intelligente.
Les Compétiteurs du Muaythai Power Gym et du Team Super Pro-Knight
Certains Belges du Team Super Pro-Knights venu en visite sont des boxeurs plusieurs fois titrés comme Geoffrey SPITTAEL, mais la plupart sont de très jeunes gens qui ont déjà boxé, ressenti les nuances, les sensations provoquées par le muay thaï. Alors, pour cette séance de sparring, ils ont pris plaisir à l’affrontement, éviter les chocs inutiles qui auraient pu blesser. Rappelons qu’il leur est possible de combattre très régulièrement chez eux, ou en Hollande, sans jamais porter de plastron, même chez les minimes. La douleur est présente dès le premier combat, ils apprennent de facto à la gérer. Naturellement, ils développent les techniques pour se protéger, puis, opposition après opposition, expriment leur boxe. A méditer…
BABY BOXING
Deux jours après cette séance, Muaythaitv retourne s’entraîner au Team DEROY, où nous observons le cours de « baby boxing ». Dans le plaisir du jeu, il consiste à un développement des réflexes chez les tout petits, telle l’esquive, ou encore la concentration avec la garde. Depuis cette année, Joël NOULIEZ, assisté du nak muay Jérémy VILLIERS, anime cet atelier, il assure cette fonction avec professionnalisme. NOULIEZ compte 35 combats en Full.
NOULIEZ est un lion tenace sur le ring, mais un homme simple et fraternel à la salle d’entraînement. Souvent, les autres nak muay apprécient mettre les gants avec lui, pour progresser, se dépasser face à un partenaire puissant. Mais Joël ne cherche pas à les dominer à tout prix, il adapte sa boxe selon leur niveau. Sa garde est hermétique, sa stabilité parfaite sur ses jambes. Son « mental » semble être le moteur de sa boxe. Auprès des enfants, il est attentif, protecteur, il ne développe en aucun cas leur violence, mais enseigne le respect avant tout. Ces cours pour « bouts de choux » sont absolument sans danger physique ou moral. Joël NOULIEZ termine sa carrière de combattant cette année, Muaythaitv salue son courage, pour être monté sur le ring durant près de dix ans.
JOHNATHAN BOULANGER, LE BOXEUR LUCIDE
Ensuite, après le départ des enfants, c’est au tour du cours de muay thaï d’investir la salle. Nous faisons connaissance avec un autre boxeur, Jonathan BOULANGER, 55 combats pour 40 victoires en classe A, un poids variant de 65 à 67 kilos. Il a boxé les belges Edgar N’ZUNGA, Naïm DAHOU, le français Malik MANGOUCHI et d’autres. BOULANGER vient de la boxe anglaise. Pourquoi s’est-il mis au pied-poing ? « J’adore l’anglaise, mais sans les jambes il me manque quelque chose, du domaine de la sensation. » BOULANGER précise préférer combattre dans les règles du K-1, et apprécie boxer en Hollande ou en Belgique. Egalement, il s’est rendu quatre fois en Thaïlande, combattu à deux reprises au Fairtex, où il a gagné à chaque fois par KO au deuxième round.
BOULANGER a une attitude professionnelle lors des entraînements, calme et avenant, il est bien sûr assidu, et démontre au paos des gestes précis. Il revient systématiquement en garde, sa hanche se tourne, ses jambes se décalent ; besogneux il travaille sa boxe comme un pianiste exécute ses gammes. Il cherche en premier la précision, puis la force découle naturellement de ses impacts. Technique, il gagne souvent ses combats aux points, ou bien épuise ses adversaires qui ne tiennent pas son rythme. Jonathan ne cherche pas à gagner à tout prix, mais à réaliser un bon combat. Ses défaites ne l’accablent pas moralement, au contraire : « elles me permettent d’apprendre ». Il apprécie au Team DEROY la relation humaine avec ses entraîneurs et les nak muay de la salle. Dans le future, il aimerait lui-même transmettre ce qu’il a appris, donc entraîner à son tour. Des boxeurs comme Tarik MAHILON, Bobo SAKO demanderaient à l’affronter, à suivre…
Enfin, nous vous présentons le poids plume du team DEROY, dont nous vous parlions plus haut, il se nome Jean-Philippe DEROO, alias « Kid Bill ». Ce jeune a un aspect frêle, des bras minces, un corps sec comme un nak muay de Thaïlande. Son style est fimeu avec ses coudes, ses genoux, ses poings. Lorsque le rage le prend, il avance comme un bulldozer ; le public apprécie le voir combattre. Naturellement sa boxe est fluide, il adore « jouer » sur un ring, c’est un combattant dans l’âme, un tacticien et observateur hors pair qui jauge ses adversaires en un temps record. En conclusion : il est autant muay khao que muay sok. Il nous offre du muaythaï à part entière, dans un style entièrement à part. Mais « Kid Bill » n’est qu’au début de sa carrière, et dans un futur proche il se rend à Bangkok pour parfaire son apprentissage. Bien qu’il aime « rester à la maison », près des siens, Jean-Philippe DEROO a décidé d’effectuer ce voyage pour continuer sa formation et boxer. A suivre…
MUAYTHAI POWER GYM DE HOUPLINES : 22 ANS DE PASSIONS !
Le Team DEROY existe depuis 22 ans, une longévité remarquable. Pourquoi ? Lucien est curieux des évolutions, se remet en question, participe à des formations, mais reste sans concession sur les fondamentaux du muay thaï, sa profession de foi : « Mon devoir est de préparer mes nak muay, leur apprendre tout l’éventail de notre discipline, à boxer comme en Thaïlande ! » L’une des qualités de Lucien DEROY est l’écoute. Il ne se projette pas à travers ses boxeurs, il entretient avec eux une relation réaliste, proche et suffisamment détachée pour les laisser libre dans leur investissement. Dès qu’il a commencé à entraîner, Lucien DEROY a pris conscience qu’il est impossible à un nak muay, en France, de vivre de ses combats, qu’un jeune doit jongler avec « boulot et compétition, voire vie de famille ». Lucien a vécu la même réalité. Néanmoins : « il est facile de s’absenter, mais toujours long, de se remettre à niveau » affirme-t-il. Le Team DEROY conjugue une ambiance familiale et une attitude professionnelle, c’est ce qui semble permettre sa longévité. Le Muay Thaï Power Gym organise très régulièrement des stages, entre un et deux par an. PAYEN, Dany BILL (deux fois avec Dany !), SOMLUCK sont déjà venu prodiguer leur enseignement. Un stage avec SAMAT, financé par la FFCDA, pourrait se dérouler prochainement à Houplines. A confirmer.
Les boxeurs qui ont marqué le club sont : Jacob VANMEENEN, chez les – de 62 kg, champion de France en classe A (FFMDA) en 2006, 2005 et de Belgique en 2003. Grégory POUPAERT, chez les – de 69 kg, qui fut médaille d’or par équipe au championnat du monde IFMA, puis médaille de bronze en individuel. Arnaud DA SYLVA chez les – de 78 kg, avec 26 combats entre 1991 et 1996, il a été deux fois vice champion de France classe A en 1995 et 1996. Tous ceux qui ont participé à la vie du club sont présents sur le site Internet du Thaï Power Gym.
Depuis 10 ans, Lucien DEROY organise annuellement un gala de boxe pieds-poings, axé sur le muaythaï dans la ville de HOUPLINES : les Nuits du Siam, Chocs des Nations, Tournoi Young Guns. Ce genre d’événement nécessite beaucoup de travail, pour un bénéfice financier modeste de 400 ou 500 euros, une fois payé toutes les primes aux boxeurs, les factures aux fournisseurs et les taxes à la fédération !
MUAYTHAITV s’est donc immergé au sein du Muay Thaï Power gym, nous remercions Lucien DEROY et les nak muay pour leur accueil chaleureux. De nombreux autres clubs remarquables existent en France et nous vous en présenterons de cette manière à l’avenir.
Notez dans vos agendas la date du prochain gala YOUNG GUNS II le samedi 26 février à Houplines.

































