Des Nak Muay motivés pour atteindre la finale
1/2 finales du Championnat de France 2004
Par Brice Hoarau le vendredi 20 février 2004
Un mois après les quarts de finale du championnat de France, les passionnés de Muaythaï s’étaient donnés rendez-vous le 14 février pour suivre d’alléchantes demi-finales. Chaque combat aura apporté sa contribution pour produire une soirée de qualité et plaisante pour le public. Coup de projecteur sur trois des affrontements de la soirée : Mickael LALLEMAND (ici en photo)-Frédéric WYART, Olivier PASTOR-Steeve VALENTE et Raffik BAKKOURI-Nicolas GERMAIN. LALLEMAND (Bonneuil) Vs WYART (Ko Brest)
Même si la différence d’âge penche en faveur de Mickael LALLEMAND (21 ans pour lui, et 30 pour son adversaire) , l’affrontement entre ces deux Nak Muay dotés d’un style très Muaythaï promettait d’être de qualité.Avant son combat, le sociétaire du club de Bonneuil déclarait : « J’ai été formé à Vitry au club Haute-Tension, puis je suis passé à Bonneuil. Cela m’a permis de compléter ma boxe : à Vitry on est axé pieds-poings alors que sur Bonneuil il y a plus de corps à corps, de techniques pure Muaythaï. » Il nous annonçait aussi sa tactique : « Ayant étudier mon adversaire, je sais qu’il avance beaucoup et qu’il a du cœur donc je vais beaucoup travailler sur mes déplacements et marquer mes points sans rentrer dans le jeu de la bagarre. » Du côté breton, Jérémie CHARLET, entraîneur de WYART (KO Brest, voir sa fiche) disait : «Ne connaissant pas l’adversaire, aucune stratégie particulière n’a été mise en place. Mais on a travaillé le fond, et sur toutes les techniques du Muay. »
Après le classique «Chok» de l’arbitre, le combat débute sur les «chapeaux de roue» et LALLEMAND se montre de suite très offensif en envoyant sans tarder son premier Tei Kan Kro (high kick). Le pensionnaire du KO Brest (notre photo), semble ne pas vouloir répondre de suite au rythme imposé par le Parisien.
Une victoire bien amenée
Frédéric tente de réagir avec ses poings mais cela n’empêche pas Mickael de continuer à avancer sur lui, alternant frappe en haut et en bas. Au troisième round, WYART se fait compter à la suite d’une droite au visage suivit d’un Tei Khaa qui le fait tomber. Sous pression, il ne cesse de reculer et encaisse les coups de son adversaire (voir photo). Ses Tip (front kick) qu’il exécute pour repousser LALLEMAND s’avèrent être de vaines tentatives. Mickael profite du manque de garde de son adversaire pour abréger le combat sur une puissante droite, obligeant l’arbitre à stopper l'affrontement.
A l’issue du combat, Norredine MAHMOUDI (à droite sur la photo avec Mickael et Fredéric GENTEUIL)entraîneur de LALLEMAND, déclarait : « l’issue du combat est le résultat d’une très bonne préparation, d’un travail varié et d’une stratégie payante. Ayant vu que son adversaire était dur au mal, on a décidé de travailler en ligne basse pour le déstabiliser et finir aux poings. » Ce résultat est une satisfaction importante car il espérait une « très bonne prestation » de son Nak Muay dans le cadre de ce Championnat de France.
Plus que la défaite, c’est le fait « qu’il n’ait pas boxé sa boxe » qui amène le plus de déception dans le coin breton.
« Il n’était pas dans le combat. D’habitude il n’est pas comme ça, il était trop lent. Ça nous servira de leçon pour le futur », nous confiait l’entraîneur de Frédéric WYART (voir photo). Tout cela contraste bien évidement avec la joie de LALLEMAND, même s’il reste tempéré : « c’était un combat dur. Il encaissait vraiment bien donc il était préférable de gérer le combat et de m’économiser. » Concentré, Mickael a assisté au combat de son futur adversaire Stéphane VINCENT et il nous livre son impression sur ce dernier : « Il est très physique, donc il faudra bien se préparer. Il a l’air complet, ça devrait donner une bonne finale. »Ce soir là, Mickael voulait, selon ses dires « faire quelque chose de bien pour tous ses amis (dont Christophe LÉVÊQUE) qui s’étaient déplacés ». Qu’il soit rassuré, car son public a dû être enchanté par sa prestation.
PASTOR (Crayons de couleur) VS VALENTE (Strasbourg TB)
Impressionnant lors du ¼ de finale face à Ifig GUILLEMAIN (du KMT Rennes) (voir l’article), Steeve VALENTE (voir sa fiche)affronte Olivier PASTOR (du club Crayons de couleur, voir sa fiche, ici en photo) qui s’est directement retrouvé en ½ finale. Ce dernier est avide de revanche car l’année dernière il avait essuyé une difficile défaite au premier round à ce stade de la compétition face à Selim MADI(voir l’article).Ce combat semble d’ailleurs lui rester un peu « en travers de la gorge ». Un peu blasé il nous déclarait « qu’il faut prendre tout le monde au sérieux, je boxerai et on verra comment ça se passe. »
Mais vu que c’est un « battant » dixit son entraîneur Claude VANGU et que « le meilleur gagnera », cela devrait fournir une belle opposition. De son côté, Steeve s’attendait « à la guerre face à un adversaire, dur au mal, très rugueux, qui ne lâche rien. Je chercherai comme d’habitude à imposer ma boxe, marquer des points. » Son entraîneur, Antonio DELFIM (voir photo), se méfiait de son adversaire et ne souhaitait pas « rentrer dans son jeu », il voulait que VALENTE « impose sa distance, se décale, laisse venir son adversaire en profitant de son avantage de taille. »
Dès le début du combat, PASTOR travaille surtout en ligne basse (voir photo) et en corps à corps avec ses genoux. Il projettera à terre son adversaire à plusieurs reprises. Après le combat Olivier nous déclarera : « j’ai senti qu’au corps à corps, il n’était pas là. » Même si VALENTE touche son adversaire avec ses poings et ses jambes, PASTOR semble inébranlable, continuant à avancer sur lui et saisissant à plusieurs reprises la jambe du Strasbourgeois. « Le meilleur a gagné »
Lors de la 4ème reprise nous voyons un VALENTE (notre photo) un peu plus énergique, alors qu’au début il semblait subir le rythme imposé par PASTOR. Il bouge davantage pour frapper en bas et éviter les coups de PASTOR qui continue méthodiquement à avancer, touchant son adversaire avec ses jambes et cherchant le corps à corps dès que possible. La cinquième reprise suit la même physionomie jusqu’au moment où PASTOR, en sortie de corps à corps, repousse VALENTE qui passe entre les deux dernières cordes avant de se cogner la tête sur la table d’un juge (cela avait déjà faillit lui arriver lors de la reprise précédente mais il avait été rattrapé in extremis par un juge), cet incident lui fera dire après le combat « que malheureusement les rings sont encore à trois cordes alors qu’ils devraient être à quatre cordes. »
Très fair-play, le team Crayons de couleurs s’inquiétait de l’état de santé du Strasbourgeois après le combat, « nous espérons que tout va bien pour lui, que rien ne s’est cassé.» VALENTE se relève tout de même mais n’ayant plus d’équilibre, le combat est arrêté. Petit rappel du règlement : le boxeur ayant étant mis hors combat à la suite d’un choc hors du ring, les points sont comptabilisés normalement jusqu’au moment de l’incident. PASTOR est alors logiquement déclaré vainqueur par quatre juges à un. Satisfait de sa victoire, PASTOR reste mesuré, mécontent de sa performance d’ensemble : « je suis moyennement satisfait, il y a encore du travail. Je n’ai pas mis beaucoup de middle en contre, j’ai pris pas mal de coups dans les jambes. Je n’ai pas bloqué mais bon c’est le deuxième combat de l’année. » Il finit en ironisant : « les paos c’est plus facile. »
Mais Claude VANGU (voir photo) est content : « le meilleur a gagné. Olivier a bien travaillé en low kick et au corps à corps. » Dans les vestiaires, remis de son choc, Steeve déclarait : « j’ai eu un adversaire dur au mal comme prévu, et malheureusement je n’ai pas pu imposer ma boxe. J’ai boxé avec une bronchite, et même si ce n’est pas une excuse, je ne pouvais pas accélérer, contrairement à mon ¼ de finale. » Pour en revenir sur l’incident, Steeve disait : « Je me suis cogné la tête contre la table, et je me suis relevé un peu trop vite. J’étais KO, étourdi comme je me suis cogné derrière la nuque. » Pour son entraîneur, son problème physique était un handicap : « même si son adversaire était un combattant je pense que dans un bon jour il n’y aurait eu aucun problème. Là il ne pouvait pas enchaîner. »La Bretagne a donc pris sa revanche sur l’est de la France, et c’est Olivier PASTOR qui la représentera pour la finale du 26 avril.
BAKKOURI (FTF) VS GERMAIN (Vincey)
L’affrontement entre les deux gauchers que sont Rafik BAKKOURI (Franthaïfull à Paris, voir sa fiche) et Nicolas GERMAIN (Vincey, voir sa fiche, notre photo) est une revanche de la demi-finale de l’année dernière. En effet au même stade de la compétition en 2003 (voir l’article), le Parisien avait gagné à l’issue de 5 rounds très disputés avant de s’imposer en finale.
Le combat s’annonçait donc explosif entre un Nak Muay qui avait à cœur de prendre sa revanche, et un autre voulant confirmer son titre acquis un an auparavant. D’un côté Nicolas GERMAIN : « Un gros encaisseur, dur au mal et qui fait mal » selon son entraîneur Rémi GAZAGNES (voir photo). Il espère que son athlète « boxera plus Rafik (que la saison dernière), essaiera les contre saisies car Rafik saisit bien et est très fort au corps à corps. » Selon lui, « Nicolas devra enchaîner et se déplacer. »De l’autre côté se trouve BAKKOURI que son entraîneur Jean Victor SANTONCINI décrit comme: « un Nak Muay puissant, remplit de volonté, puissant et persévérant. » D’ailleurs l’entraîneur du Franthaïfull est confiant sur l’issue du combat : « GERMAIN est un bon boxeur, dur au mal mais je pense que Rafik en viendra à bout, il l’a fait la saison dernière et il est préparé en conséquence. »
Sur le ring, le combat tient toutes ses promesses, les deux Nak Muay donnent le meilleur d’eux-mêmes. Les frappes sont dures et à la moindre occasion, ils se rendent coups pour coups. Grâce à une plus grande agressivité, Rafik BAKKOURI prend un léger avantage sur les techniques de poings et de jambes (voir photo). Mais c’est surtout au corps à corps qu’il fait la différence grâce à un gros travail des genoux, de saisies de jambes et de projections. « Je savais qu’en corps à corps je pouvais le surpasser, peut-être qu’il me mettait un coup de genou mais moi je lui en mettais trois. Et je les appuyais. J’ai mal au foie donc lui doit vraiment avoir mal » nous confie-t-il après le combat. « Tel un toréador »
La tactique voulut par le Vosgien : neutraliser BAKKOURI au corps à corps, est sans doute la clé du combat, mais sa mise en place reste difficile tant BAKKOURI semble à l’aise dans cet exercice. Au coup de gong final, le pensionnaire du Franthaïfull est le seul à lever les bras et il est logiquement déclaré vainqueur. A l’issue du combat le champion heureux et fier de lui, ne tarit pas d’éloge sur son adversaire : « C’est le plus dur du circuit, j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi physique. Il m’a fait douté de moi, il m’a presque poussé dans mes retranchements. J’ai mis des low kick de toute mes forces, et il ne tombait pas, il a du tomber une ou deux fois maximum. » Pour GERMAIN, « la différence s’est fait sur le corps à corps contre un boxeur se donnant à fond comme moi. Cela fait du bon spectacle pour le public. » Malgré cette deuxième défaite d’affilée en demi-finale, Nicolas « est partant pour l’année prochaine. »
La physionomie et le résultat du combat avaient bien été prévus par Jean Victor SANTONCINI (photo précédente). Son analyse et le dévoilement de sa stratégie, confiées dans les vestiaires, résume bien l’affrontement : « Germain avance, donne des coups durs, longs qui font mal. Donc Rafik l’a tenu à distance avec ses fronts kicks. Et il a enchaîné avec ses poings notamment le gauche, lui faisant mal. Il a dominé au corps à corps. Donc je suis satisfait car ça aurait pu être pire vu que GERMAIN ne tombe pas. C’est un bûcheron, une enclume. On voulait surtout le fatiguer pour qu’il soit moins offensif et incisif. Rafik s’est comporté en toréador. » BAKKOURI (notre photo) continue donc son chemin dans sa défense de titre.Vincent Dao

























