Cyril BENZAQUEN, interview
Par Julien LANCHAS le jeudi 19 juin 2014
Cyril BENZAQUEN a réalisé une saison 2013-2014 exceptionnelle. A 24 ans, pour seulement sa deuxième année en pro, il a glané le titre de champion de France FFSCDA, champion de France en K1 et champion du monde WMF semi-pro chez les -81kg. 11 combats cette saison et seulement 1 défaite. Il méritait une grosse interview afin qu'il nous raconte un peu qui il est.
MUAYTHAITV : Cyril, c'est ta deuxième année en élite. Te souviens-tu de ton tout premier combat pro ?
Cyril BENZAQUEN : C'était en République Tchèque, mon entraîneur a senti que j'étais prêt alors on a accepté ce combat par le biais de Willy JAMES. J'avais un peu d'appréhension, c'était une première fois et en plus sans protège-coudes. A l'époque je ne maîtrisais pas bien les coudes et pourtant c'est moi qui ai ouvert mon adversaire. Les arbitres m'ont mis perdant mais c'était plus que litigieux. On était une dizaine de Français à combattre, dont Samy SANA, et ont avait tous été mis perdants alors que la plupart avait fait clairement la différence. Seul Cheick SIDIBE était reparti avec la victoire.
Une autre défaite litigieuse dans ta carrière, c'est la seule fois où tu as affronté un Thaï, c'était contre Thomas CARPENTER.
Oui c'était aux championnats du monde WMF de 2013. Thomas CARPENTER c'est celui qui avait battu Yohan LIDON à la MUAY THAI LEAGUE. Je perds le 1er round, il envoyait de supers middles. Mais ensuite, je change de stratégie et ça s'est alors très bien passé, je l'ai vraiment dominé. Les Thaïs ont fait des trucs bizarres comme diminuer les rounds (on s'est aperçu après sur les vidéos qu'ils en avaient racourci à 2min30). Et après ils ont mis le Thaï vainqueur...
Tu as 8 défaites en tout dans ta carrière. L'une d'entre elles était contre Malik ALIANE.
J'avais boxé seulement deux semaines avant en K1 contre l'Espagnol Francis TAVAREZ... C'était une erreur de ma part de faire ces combats aussi rapprochés. Malik m'a ouvert à deux reprises au niveau du crâne et ça m'a beaucoup perturbé. J'ai perdu il n'y a rien à redire mais je sentais qu'il était dans mes cordes...
Et cette saison ta seule défaite était contre Djibril EHOUHO au tournoi à 4 de La Riche. Tu nous expliquais dans un article précédent que ce combat avait été un tournant dans ta carrière.
Ma boxe a changé du tout au tout après ce combat. Ça avait été super serré et il y en a même qui me voyait gagnant. En fait ça a toujours été comme ça, à chaque fois, dans mes défaites, ça a toujours été très juste. Mais dans mes victoires aussi d'ailleurs, elles n'étaient jamais nettes, je gagnais sans boxer "vraiment" ! Je n'étais pas assez offensif, je n'avais pas assez confiance en moi et je n'osais pas prendre de risque. Mon ancien entraîneur Aurélien DUARTE (ndlr : Cyril a commencé à 14 ans dans le club d'Aurélien DUARTE à Châtillon avant de rejoindre son club d'aujourd'hui, le Shark Boxing à Massy) s'est reconverti dans le coaching mental et j'ai fait alors deux séances avec lui. Ça m'a fait énormément de bien. Le procédé était beaucoup de questionnement sur moi-même... Et après ça, j'ai changé radicalement, je me suis fait plus offensif. Maintenant je ne recule plus. Et les combats qui ont suivi n'ont pas été au bout, j'ai tout le temps gagné par KO ou bien j'ai au moins fait compter l'adversaire. C'est une nouvelle carrière qui s'est alors ouverte à moi.
Parlons un peu victoires maintenant. Tu as réalisé une saison exceptionnelle...
Oui la plus belle de ma carrière.
C'est d'abord le titre de champion du Monde WMF en semi-pro que tu es allé gagner en Thaïlande. Reparle nous un peu de ton parcours.
Au 1er tour, mon adversaire est forfait donc j'accède directement au 2ème tour. Là je bats un Mexicain par KO au 2ème avec un coup de coude. En finale je bats un Brésilien aux poings. Le combat était intense. Je l'ai fait compter avec encore un coup de coude. Il ne lâchait rien, il était solide, c'est le genre d'adversaire contre qui j'aurais perdu avant mon combat contre Djibril EHOUHO.
Très fier de cette victoire. Et l'année prochaine, je tente le titre WMF pro.
Tu as été d'ailleurs de très nombreuses fois en équipe de France, que ce soit pour les championnats du monde WMF ou pour les championnats IFMA ou encore WKF. Ça a une valeur particulière pour toi de représenter ton pays lors de tels évènements ?
Au début c'était vraiment une grande fierté. Une fois passé cela, je l'ai plus pris comme une occasion de prendre de l'expérience et de boxer des étrangers... C'est devenu plus personnel.
J'étais là aussi très fier, surtout que c'était contre Abderrahim CHAFAY, un ancien, avec un super palmarès et beaucoup d'expérience. C'était une finale directe. J'étais un peu timide dans les premières minutes, je savais que c'était un frappeur aux poings. Puis je me suis senti de plus en plus à l'aise. J'ai sorti de bons coudes en corps à corps. Je gagne en l'ouvrant au 3ème round. Encore avec un coup de coude ! Je me suis dis "Ça y est, tu fais vraiment du muay, avec les armes du muay."
Et enfin champion de France en K1.
J'ai fait 3 combats pour accéder au titre. Le premier c'était juste après mon combat contre Djibril, c'était donc un match test. Je lui ai mis la pression, j'ai gagné. En demi, je l'emporte sur un mec que j'avais déjà battu. Et en finale je n'étais pas vraiment dedans, peut être à cause de cette saison bien chargée. Mais j'étais bien entraîné donc j'ai su faire la différence, surtout avec les genoux.
Quelles sont tes ambitions maintenant pour la suite ?
J'aimerais évoluer maintenant à l'internationale. Mais dans ma catégorie c'est difficile. Je préfère évoluer en muay mais comme il n'y a pas non plus beaucoup de propositions, je vais boxer en K1 aussi. Pourquoi pas intégrer le Glory ! Ça serait un rêve !
Sinon j'aimerais reboxer Djibril EHOUHO, affronter Cédric TOUSCH (je pense qua ça se fera). Si le Glory est partant, j'aimerais boxer Karim GHAJJI vu qu'il se rapproche de plus en plus de ma catégorie.
Je ne me sens pas encore tout à fait prêt pour les Artem LEVIN ou les Simon MARCUS, mais ça va venir. J'ai 24 ans, il faudrait que j'aille boxer un peu en Thailande, et ensuite d'ici 2 ans, pourquoi pas...
Je ne me sens pas encore tout à fait prêt pour les Artem LEVIN ou les Simon MARCUS, mais ça va venir. J'ai 24 ans, il faudrait que j'aille boxer un peu en Thailande, et ensuite d'ici 2 ans, pourquoi pas...
Tu a failli faire partie du dernier tournoi du WICKED ONE. Pourquoi ça ne s'est pas fait ?
A la base, Wendy ANNONAY m'en avait parlé, c'était une super opportunité mais ça tombait en plein avec ma période d'examens. Ça aurait été le Glory j'y serais allé direct, mais là j'ai préféré assurer mes études. Au début, j'avais un peu de regrets, mais ensuite quand j'ai vu qu'il y avait pas mal de désistements, j'ai moins eu le sentiment d'avoir raté une opportunité...
Tu as d'ailleurs perdu une fois contre le finaliste, Raphael MEBENGA.
Oui c'était lors de mon tout premier classe B. C'est un bon boxeur mais sans plus. Mais je pense qu'il va gagner la finale, il est plus physique. Ça lui donnera d'avantage l'opportunité de faire connaître son nom.
Tu parlais de périodes d'examens juste avant. Que fais-tu comme études ? Comment tu gères ça avec ta carrière sportive ?
Je suis à l'Université de Paris-Dauphine. Je passe l'an prochain en 5ème et dernière année de marketing. Mais je m'entraîne plus que j'étudie ! Une quinzaine d'heure de cours par semaine contre 25 heures d'entraînement. La boxe passe avant. Mais mes études sont bien entendu super importantes pour moi. Après ma dernière année, je laisserai ça de coté pour me consacrer à la boxe et faire ce que j'ai à faire dans ce sport. Peut-être que par mon profil atypique, de par mes études, je vais essayer de trouver du sponsoring par des entreprises.
C'est donc possible d'être boxeur et d'en avoir dans la tête !
Ha ha, oui, tous les boxeurs en ont dans la tête ! Il faut de la stratégie dans ce sport, il ne suffit pas d'être qu'un bourrin. Et puis les boxeurs sont obligés d'être un minimum réfléchis car ils sont déjà managers de leur propre carrière, c'est souvent eux qui gèrent l'aspect commercial de leur parcours, en allant par exemple démarcher les éventuels sponsors.
Je trouve que les guerres interfédérales nuisent beaucoup à l'expansion du muay. C'est destructeur. Même à l'internationale il y a énormément de fédés.
Avant, je donnais beaucoup de crédit à la WBC... mais aujourd'hui, ce n'est plus ça du tout. Mais bon paradoxalement, une ceinture WBC me fait carrément rêver ! Maintenant c'est les championnats IFMA ou WMF qui ont le plus de crédibilité. Là, tu ne choisis pas tes adversaires.
Aujourd'hui, il n'est pas rare de voir des boxeurs 15 fois champions du monde alors que tu ne les as jamais vu aux championnats de France.
Il y aussi des lacunes en France au niveau des organisateurs, ils ne font pas assez d'efforts au niveau de la promo. Il n'y a pas de secrets ! Le WICKED ONE par exemple est une belle réussite à ce niveau.
Tu es toi-même un passionné de muaythai ? Quels sont les boxeurs que tu apprécies ?
Je suis vraiment un fan. Tous les jours je vais sur Muaythaitv ou sur les autres sites, je me tiens vachement au courant de l'actualité.
J'aime beaucoup BUAKAW, avec son style spectaculaire. Lui il a su vraiment gérer sa carrière, être autre chose qu'un simple pion du club auquel il appartient.
Mais le boxeur dont j'aime le plus le style c'est mon coach, Alex NGOM PRISO ! Après il y a Dany BILL que je trouve incroyable, on ne savait jamais ce qu'il allait faire, il avait une boxe très dure à lire.
Dernièrement j'ai bien aimé Jimmy VIENOT. J'aime l'agressivité de Samy Sana.
Je mets aussi souvent les gants avec Jonathan CAMARA. Il est très très fort, et il a pas été reconnu comme il aurait du l'être.































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