Christophe LEVEQUE : des rings aux plateaux
Par Brice Hoarau le jeudi 12 février 2004
Lors des quarts de finale du Championnat de France le 17 janvier dernier à Japy, nous avons croisé Christophe LÉVÊQUE. Cet ancien Nak Muay qui a obtenu quelques rôles d’acteur à accepter de nous revoir pour nous accorder une interview. La discussion tourne bien entendu autour du Muaythaï, du cinéma et de ses aspirations personnelles…
Samouraitv : Bonjour Christophe, peux-tu te présenter ? Christophe LÉVÊQUE : J’ai 26 ans et j’ai pratiqué le Muaythaï durant 12 ans. J’ai été champion d’Europe amateur de kick-boxing. En Muaythaï j’ai été 3è au Championnat du monde amateur en 1996, deux fois champion de France classe A (1996 et 1997) et champion du sud de la Thaïlande en 1998. Mon palmarès est de 50 combats, 34 victoires, 15 défaites et 1 nul. La plupart de mes défaites ont eu lieu en Thaïlande.
Où as-tu pratiqué le Muaythaï ?
J’ai pratiqué le Muay à Bonneuil. C’est ma ville : j’y ai grandi, je m’y suis toujours entraîné, c’est là-bas que j’ai disputé mes premiers combats. De plus, je continue à venir m’y entraîner quand je peux.
Quels Nak Muay as-tu affronté ?
Le plus connu c’est WANGCHANOÏ (le seul boxeur à l’avoir mis hors combat, c’était à la fin de la quatrième reprise ndlr). Mais j’ai aussi boxé le Thaïlandais DARRIS et le numéro 6 du Radjadamnoem PAYAKLEK. J’ai également affronté KOBAÏACHI qui est une référence au Japon car il a mis KO trois grands boxeurs qui sont : YAMANI, SKARBOWSKI et OSMAN. En France j’ai boxé des références telles que Krim HAMITECHE (en finale du championnat de France) et Djamel YAKOUBEN.
Quel a été ton dernier combat ?
C’était en Italie en mai 2001 contre le 6è du Radjadamnoem, PAYAKLEK. Je l’ai battu aux points. C’est bien de finir là-dessus. Surtout que c’était une revanche car il m’avait battu de justesse aux points en Thaïlande et le public désirait une nouvelle rencontre.
Comment es-tu arrivé au Muaythaï ?
En fait tout a commencé au collège, j’avais un copain du nom de Kadour FARSI (dont les amateurs de Muay doivent se souvenir) qui m’a dit qu’une section de Muaythaï allait s’ouvrir dans son club. A la base il pratiquait le karaté avec Mamar MAHMOUDI, le frère de mon entraîneur de Muaythaï Norredine MAHMOUDI (voir photo ci-dessus entre Christophe, et son adversaire PAYAKAROON KIETPADI). Par la suite, j’ai essayé et comme cela m’a plu je n’ai jamais quitté la discipline.
Combien de séjours en Thaïlande as-tu effectué ?
J’ai fait 6 voyages en Thaïlande, au début c’était durant les vacances scolaires, donc je partais en juillet et en août. Mon dernier séjour remonte à 1998, à ce moment je suis parti 6 mois où j’ai vécu à la thaïlandaise c'est-à-dire couvre-feu à 23 heures, 6 heures d’entraînement par jour, 7 jours sur 7. Un des premiers camps que j’ai fréquenté c’est à Pataya au Sityodtong, je suis aussi allé dans le camp de la famille de SAMATH : le Titamaï qui se trouve à Bambakong à 2 heures de Bangkok. Mon dernier camp a été le Kiatbanchong alors tenu par le regretté PIMAÏ. J’ai boxé deux fois au Samlong, le stadium de la télé thaïlandaise et je regrette de ne pas avoir pu boxer au Lumpinee. J’ai eu deux propositions pour y boxer mais les deux fois j’étais blessé.
« Je suis nostalgique de mon époque »
Raconte nous ton séjour au camp de SAMATH ! Lors de mon premier séjour en Thaïlande en 1992, je suis allé dans le camp de sa famille. Là-bas on m’a appris qu’il était acteur, chanteur, mannequin et que c’était l’un des meilleurs Nak Muay de Thaïlande. A l’époque je n’avais pas vu de cassettes de lui. Ensuite en rentrant en France j’ai voulu en savoir plus sur lui donc j’ai cherché des vidéos et pour moi SAMATH était magique, c’est l’un des meilleurs boxeurs que le Muaythaï ait jamais eu. Comme mon entraîneur parle très bien thaïlandais, il lui a demandé si je pouvais m’entraîner dans son camp. En fait c’est un camp familiale : il y a ses frères, ses sœurs, ses neveux qui sont devenus champions là-bas. Donc j’ai passé 2 mois là-bas en 1994 et SAMATH venait nous voir quand il n’avait pas de tournage et que son planning le permettait. Je l’ai revu sur le tournage de Fureur (voir photo) et il s’est tout de suite rappelé de moi. Malgré les différences, je n’avais plus de lunettes, il s’est souvenu de moi et ça m’a fait plaisir. Il m’a même proposé de revenir chez lui quand je voulais, il suffit juste que je le prévienne.
Pourquoi as-tu stoppé ta carrière ?
En fait depuis que j’ai commencé j’ai des problèmes aux yeux, je suis très myope. Avant il n’y avait pas vraiment de contrôle, donc je boxais un peu « clandestinement ». Mais on ne m’avait jamais rien dit, rien reproché donc tant que je pouvais boxer je le faisais. En septembre 2001 j’ai été convoqué par la Fédération qui m’a dit que ce n’était plus possible de boxer car maintenant qu’elle était structurée, elle ne pouvait plus permettre aux Nak Muay de risquer leur santé au-delà de certains seuils fixés par les autorités médicales. Donc j’ai du arrêter ma carrière, ça a été un coup dur au moral. Mais après réflexion, comme c’était pour préserver ma santé, ça paraissait logique.
Suis-tu encore le Muaythaï aujourd’hui ?
Oui par le biais des magazines, de mon club, et de votre site. Mes copains du club me parlent des combats qui se sont déroulés ici et là. J’essaye aussi de me procurer des cassettes des derniers combats thaïlandais qui ont eu lieu.
Aujourd’hui, notes-tu des différences par rapport à l’époque où tu pratiquais ?
La première différence, c’est le niveau. C’est moins merveilleux, moins spectaculaire. Je suis nostalgique de mon époque, des boxeurs de mon époque qui sont toujours là comme Philippe DA SILVA, Farid VILLAUME, Karim SAADA, Lahcene BRIGUI. Ce sont des Nak Muay qui ont grandi avec moi, on va dire qu’ils ont le Muay dans la peau. Ils nous procurent du beau spectacle. J’ai du mal à me familiariser avec les nouveaux, et je trouve que le niveau classe A a baissé. Certains devraient redescendre pour encore travailler et procurer du meilleur spectacle. Les boxeurs d’aujourd’hui sont plus physiques mais moins spectaculaires, ce n’est plus la technique d’antan. Ensuite l’état d’esprit, la culture a changé. J’ai l’impression qu’aujourd’hui un boxeur ne pense plus à être champion du « Radja » ou du «Lumpinee» alors que c’est la référence en l’absence de vraie ceinture mondiale. L’ambiance aussi n’est plus la même. Par exemple auparavant quand tu allais dans un gala, au moindre middle le public criait. On aurait pu se croire au Lumpinee, maintenant ce n’est plus ça, ce n’est plus la vraie ambiance Muaythaï.
Qu’est-ce que le Muaythaï t’as apporté dans ta vie ?
Ça m’a permis de sortir de mon cocon, j’étais un garçon très réservé qui ne voulait rien faire, qui était toujours enfermé. Grâce au Muay je me suis ouvert, ça m’a permis de m’évader, de m’exprimer un peu mieux. J’ai rencontré du monde et me suis fait pleins d’amis. Et j’ai pu voyager : jusqu’à 13 ans je n’avais jamais pris l’avion et par le biais de la boxe je suis allé en Thaïlande où j’ai vu la misère, des rires et des pleurs. En fait j’ai découvert pleins de choses que certaines personnes n’ont jamais vu. Ça m’a forgé un mental, fait voir les choses différemment. Par exemple vu ce que les Thaïlandais mangent et bien quand tu es en France et que tu as de la nourriture dans ton assiette tu n’as pas trop envie de la laisser. Tu te dis que là-bas ils ne mangent pas à leur faim, c’est déjà une leçon.
Quelles sont d’après toi les valeurs véhiculées par le Muaythaï ?
Pour moi c’est une école de la vie. Il y a la rigueur, la solidarité. Je prends l’exemple de mon club, c’est comme une seconde famille. S’il y a un souci nous sommes là les uns pour les autres.
Quels sont d’après toi les Nak Muay les plus représentatifs de la discipline aujourd’hui ?
En premier temps je voudrais citer tout les gars de mon club. Plusieurs champions sont venus dans mon club et tous ont été unanimes : le club de Bonneuil, c’est une grande famille. Au-delà du sport, si tu as besoin d’un coup de main ils seront là pour toi. Donc je citerais mes copains Philippe DA SILVA, Amadou BA, Mickaël LALLEMAND, Ronald CHEDAL. Sans oublier les anciens qui étaient avec moi comme les frères FARSI. Sinon au niveau du parcours c’est Farid VILLAUME : il touche à tout. Il était au championnat de France, maintenant il fait le championnat d’Europe, il va boxer en Thaïlande…il ne refuse rien. En plus pour moi, c’est quelqu’un qui donne du spectacle. Il y a aussi Jean-Charles SKARBOWSKI, je trouve cela valorisant d’aller vivre en Thaïlande et d’y affronter les meilleurs Thaïs. Ce sont les «vrais» grands Nak Muay qui affrontent les grands Thaïlandais. J’aime les challenges comme ça. Donc pour l’instant ce sont ces deux Nak Muay ainsi que tout mes amis qui représentent le mieux le Muaythaï aujourd’hui.
« Persévérer et percer dans le cinéma »
Que fais-tu en ce moment au niveau professionnel ?Je suis animateur jeunesse et m’occupe d’enfants de 3 à 5 ans. C’est mon gagne-pain étant donné que j’ai un enfant à charge, que j’ai un loyer à payer …Et d’un autre côté je viens d’arrêter mes cours d’art dramatique au cours Florent à cause des prix excessifs. Sinon, j’ai des futurs projets cinéma et peut-être en chanson. Au niveau cinéma j’ai participé en mai 2002 au film Fureur (voir l’article), film avec Samuel LE BIHAN, Yann TREGOUËT, Jo PRESTIA et SAMATH PAYAKAROON. Je devais être la doublure de Yann TREGOUËT, j’ai fait les bruitages du film, chauffeur de salle et j’ai fait une apparition silhouette. Ce fût une bonne expérience. Ensuite grâce à Jo PRESTIA j’ai participé à Livraison à domicile où j’ai eu un vrai rôle de 7 minutes. C’est un film avec Bruno SOLO et Thierry FREMONT (voir photo) dans lequel je boxe. J’ai préparé le combat pendant plus d’un mois, où chaque soir nous nous entraînions dans une salle avec Jo PRESTIA et Thierry FREMONT. Par le biais de ce film j’ai connu Bruno SOLO qui m’a proposé de faire de la figuration dans Caméra Café. Je devrais d’ailleurs avoir un petit rôle dans le long métrage Caméra Café.
Et grâce au cours Florent j’ai réussi à avoir d’autres contacts pour un court métrage avec Guillaume CANET en été 2004.
Pour le moment tu as surtout eu des rôles de boxeurs, n’as-tu pas peur de ne faire que ça ?
(Après une courte réflexion) Non, je n’ai pas peur de ne faire que ça. J’ai d’autres propositions qui n’ont rien à voir avec la boxe et puis j’ai fait les cours Florent. Là-bas ils ne se posent pas la question si tu es boxeur ou pas, faut que tu sois acteur-comédien et c’est tout. Quelque part aussi, faire le boxeur ça ne me dérange pas car c’est mes débuts donc si on me propose un rôle de boxeur, de cascadeur ou de chorégraphier des combats, j’accepterais immédiatement. Afin de percer d’avantage.
Sur les tournages de Fureur et livraison à domicile, tu as côtoyé Jo PRESTIA aimerais-tu suivre sa voie au niveau cinématographique ?
Il y a quelques temps sur votre site, j’ai vu sa page personnelle (la voir) et son parcours. Il est clair que j’aimerais bien faire le même parcours que lui et si possible un meilleur même. En fait Jo PRESTIA a un rôle type, par rapport à sa «gueule», sa carrure on lui propose des rôles de méchants. Moi j’aimerais bien toucher à tout : méchant, gentil…Au cours Florent j’étais très performant sur les rôles sentimentaux et j’aimerais bien en faire aussi.
T’as-t-il donné des conseils pour ta carrière au cinéma, vu que comme toi il vient des rings ?
Il m’a dit qu’on ne devenait pas acteur du jour au lendemain, qu’on devait travailler. Son principal conseil a été : soit tu te mets à fond dedans mais là tu prends des risques car c’est un métier difficile soit tu fais ça de temps en temps (sous entendu donc : tu as peu de chance de vraiment percer un jour !). Il m’a dit que si c’était vraiment ce que je voulais et bien je devais m’accrocher, persévérer. Il a rajouté que dans ce milieu c’était 50% connaissances et 50% travail. Si tu n’as que l’un des deux c’est dur de percer.
Peux-tu nous reparler de tes prochaines échéances professionnelles ?
Normalement j’aurais un petit rôle dans le film Caméra Café qui devrait se tourner en avril- mai 2004. Le rôle précis ne m’a pas encore été donné mais je prendrai tout ce qu’on que l’on me propose. Et par le biais de mon professeur du cours Florent j’ai réussi à négocier un rôle dans un cours métrage avec Guillaume Canet dont le tournage aura lieu cet été. Le tournage commencera en avril, nous serons une petite troupe de jeunes acteurs et un peu comme la Star Academy il y aura des cours de théâtre. Et moi je donnerai aussi des cours de Muaythaï pour se défouler, s’évader, pour un peu s’éloigner du métier d’acteur. On continuera à apprendre le métier d’acteur et à la suite de ça on fera un cours métrage dont la « guest star » (l’invité vedette) sera Guillaume Canet. Et le tournage commencera vraiment en juillet ou en août.
Etant dans le milieu du Muaythaï et celui du cinéma, aimerais-tu lier les deux ?
En fait vu que le métier d’acteur est très difficile et que le Muaythaï est une partie de ma vie, j’aimerais bien lier les deux. C'est-à-dire avoir des rôles au cinéma et réaliser aussi un rêve qui est d’organiser des galas de boxes. Le Muay est une passion et c’est grâce à lui que j’ai réussi à pénétrer le milieu du cinéma.
Via cet article aimerais-tu rendre hommage à des Nak Muay ?
J’aimerais rendre hommage à tout ceux de mon club : Amadou BA, Mickaël LALLEMAND, Ronald CHEDAL…Ainsi que ceux qui sont partis comme les frères FARSI. Sans oublier tous ceux que j’ai pu côtoyer lors de ma carrière, et ceux qui ont partagé le même berceau du Muay que moi c'est-à-dire : Karim SAADA, Farid VILLAUME, Lahcene BRIGUI, Kamel MAYOUF.
Pour finir que peut-on te souhaiter pour le futur ?
De persévérer et percer dans le cinéma et pourquoi pas la chanson. Car j’adore chanter. Et j’aimerais aussi garder contact avec le monde du Muaythaï que j’aime, qui est important pour moi. Il est en moi et je souhaite encore faire des choses avec ce sport.
Bonne réussite professionnelle et à bientôt.
Au revoir.
Propos recueillis par Vincent Dao

























