Cédric DO, the Caledonian Fighter
Par Julien LANCHAS le mercredi 06 mars 2019
Loin des plages paradisiaques de sa Nouvelle-Calédonie natale, Cédric DO commence à faire son trou dans le paysage pugilistique national. Ses combats dans l'Est de de la France, au Lumpinee, au TOPKING, à l'ENFUSION et, dans une dizaine de jours, à l'EMPEROR CHOK DEE contre Johane BEAUSEJOUR lui ont amené un peu plus de lumière. Voici même un coup de projecteur supplémentaire avec ce portrait que nous lui avons consacré.
Cédric DO est né et a grandi à Nouméa, capitale de Nouvelle Calédonie, cet archipel du Pacifique Sud près de l'Australie. A 18 ans, il quitte l'île pour rejoindre Lille, puis l'année suivante Strasbourg, afin d'y poursuivre un DEUST Sport et Insertion Sociale. Comme tout insulaire parti sur le continent, sa Nouvelle-Calédonie, les sorties en mer avec les amis, la chasse, lui manquent terriblement. Sa femme, Calédonienne également, est avec lui à Strasbourg et aura fini ses études en 2020. C'est à cette date que Cédric et sa moitié projettent de revenir au bercail... "sauf si la boxe, ça prend de l'ampleur..." avoue Cédric. "Je réfléchirais. Mais c’est dur des fois, loin du pays, de la famille, les amis. Si ça ne marche pas pour moi, j’aimerais devenir éducateur sportif pour ma ville. Je ne continuerais pas en tant que boxeur, j'entrainerais et m’entrainerais pour le plaisir. D’ici là, je ne sais pas quelle ampleur aura pris ma carrière, mais la famille, les proches, pour moi passeront toujours avant la boxe. C’est pour ça que je me donne du mal tous les jours pour que ce ne soit que positif, je suis déterminé à 200%, pour ne rien regretter. Et si ça prend de l’ampleur, oui je resterais en France en faisant plus d’allers-retours en Nouvelle-Calédonie."
En signant récemment un contrat (non exclusif) avec l'ENFUSION, cette prise d'"ampleur" est déjà en très bonne voie. Cédric avait fait bonne impression au circuit lors de ses deux derniers combats. C'était à l'ENFUSION ABU DAHBI de décembre, pour l'impressionnant tournoi à 8 avec SUPERBON Banchamek, Diogo CALADO, Endy SEMELEER,... "J’étais prévu sur le combat réserve du tournoi à 72,5 kg. Le matin de la pesée, les entraîneurs de mon adversaire viennent voir le mien (ndlr : Gabriel HENNION), en demandant s’il était possible de faire le combat à 75 kg, comme il n’était pas au poids. Gabriel leur dit non, j’ai fait l’effort donc ce ne sera pas possible à 75kg. Dans ma tête j’étais déçu, énervé, je me suis dis que je n’allais peut-être pas combattre, peut-être que j’étais venu pour rien... Et en fait Johane BEAUSEJOUR, qui était prévu sur le tournoi, n’était lui non plus pas au poids donc les organisateurs m’ont directement intégré au tournoi. Là j’étais à fond, c’était encore mieux"
Cédric fait ainsi face à Nordin VAN ROOSMALEN en quart-de-finale et s'impose nettement. "Ca a été la plus belle victoire de ma carrière. La plupart des gens sur place pensaient que j’allais perdre et finalement j’ai gagné largement." Ensuite, en demi finale, il doit affronter Endy SEMELEER qui avait gagné contre Marouan TOUTOUH mais ce dernier est repêché suite au forfait de SEMELEER. "Avec Marouan TOUTOUH, on était à côté dans les vestiaires et après mon premier combat on avait mis de la glace sur ma cuisse droite (il n'était pas encore repêché). Quand on s’est boxé, c’était la guerre mais il a accentué sur les lowkick jusqu'au dernier round et dans la dernière minute j’avais trop mal à la cuisse, du coup j’ai stoppé. Et son entraîneur est venu nous voir ensuite, il s’est excusé, il nous a dit « j’avais vu dans les vestiaires que tu avais mal à la cuisse, c’était la stratégie. » Après c’est comme ça, rien à dire, je pense qu'aux points il était devant. Mais j’aurais kiffé la finale contre SUPERBON ! On va travailler pour que ça arrive. Moi mon but, c’est d’aller chercher la ceinture de l'ENFUSION, je veux boxer tous ceux devant moi au classement et les battre."
Si Cédric enchaine le 16 mars, à l'EMPEROR CHOK DEE, avec une victoire contre Johane BEAUSEJOUR, les regards des organisateurs se tourneraient assurément bien plus vers lui. "Johane est un très bon boxeur, guerrier, qui n’a jamais refusé de combats et il le prouve encore une fois donc merci à lui ! Il y a trois ans et demi, j’étais encore classe C, je voyais des combats de lui et là je vais pouvoir le boxer donc c’est une bonne opportunité pour moi."
L'EMPEROR CHOK DEE est organisé par le Hennion Gym, un club que Cédric a rejoint len septembre après quatre ans passés à la team Delf. "Je trouvais que je manquais de combats et donc dans ma tête, comme je l’ai dit, je suis dans l’optique de partir fin 2020, donc je veux profiter à fond de la boxe. Du coup j’en ai parlé à Delf, puis à Gabriel, et ça s’est fait sans querelle."
Les portes de la team Delf, Cédric les avaient poussées alors qu'il faisait du judo depuis l'âge de 7 ans. C'est même sur le tatami de son club, à 17 ans, qu'il a rencontré sa femme, elle aussi ceinture noire. A l'origine, Cédric voulait travailler son cardio le vendredi, seul jour où il n'avait pas judo. Il pensait d'abord à de la boxe anglaise mais les clubs étaient trop loin, c'est donc sur le club de muay près de chez lui que son choix s'est porté. "J’y allais une fois par semaine au début. Et petit à petit j’aimais bien quand je commençais à faire du sparring, je me sentais bien. Au bout de trois mois j'ai laissé tomber le judo et me suis investi à fond dans la boxe."
Les débuts de Cédric, en amateur, sont excellents. Pour sa première compétition, il remporte la coupe de France AFMT classe C avec cinq combats dans la journée. Il passe ensuite en classe B et remporte les championnats du monde amateurs WMF à Bangkok, au Lumpinee, avec quatre victoires d'affilée. Au terme de son parcours amateur, il totalise une vingtaine de combats pour une seule défaite (contre Ahmed IDOUCHE en finale du championnat de France classe B 2015, un adversaire que Cédric avait battu en finale de la coupe de France).
Il fait son premier combat pro contre un Thaïlandais, à Bangkok, pour l'anniversaire du Roi. "Un bon souvenir mais je ne sais pas, je m'étais mis un peu la pression, il y avait tout le monde du camp, du coup je voulais trop bien faire et au final j’aurais pu faire mieux... Mais ça va, j'avais gagné par KO au troisième round sur un genou. Je me rappelle, les gars du camp avaient parié sur moi."
En France, Cédric gagne son premier combat par KO contre Ahmed MEZATNI, puis tombe sur sa "bête noire", Dany NJIBA, contre qui il perdra deux fois. "Les combats contre Dany, rien à dire, il a gagné comme il fallait. Après c’est son style, c’est un style contre lequel je n'arrivais pas à boxer. Donc il a fait ce qu’il fallait, il a gagné."
Cédric devient champion de France AFMT en juin 2017 puis il part quelques mois plus tard en Thaïlande. "La saison dernière, par manque de combats, j’ai décidé d’aller en Thaïlande à partir de fin octobre jusqu'en juillet. Tous les deux mois, je revenais en France (1 semaine / 10 jours) et je repartais directement. J’étais déjà allé l’année d’avant deux fois au Max Sport Gym. Je voyais souvent sur Facebook des photos du Max, des boxeurs de France qui y étaient, je me suis dis que ce n’était pas pour rien si les meilleurs Français se préparaient là-bas : Valentin THIBAUT, Adam LARFI, Célestin MENDES, Youssouf BINATE, Jimmy VIENOT, et j'en oublie. Là-bas, j’avais directement accroché avec ce camp, avec le big boss Dédé, les entraîneurs et les boxeurs sur place. Du coup je n’ai pas réfléchi, j’y suis reparti directement. Ce qui était dommage c’est que Dédé était moins sur place, car c’est un très bon formateur, les combats on ne les aborde pas de la même manière. Mais il me suivait et me faisait boxer environ une fois par mois. C’était vraiment bien mais il y avait ma femme en France, du coup je n’ai pas pu renouveler cette année, sinon j’y serais souvent encore. Pour boxer c’est parfait, tu ne te poses aucune question, tu boxes souvent, tu as tout tes repères, il n'y a aucune pression, il y a plein d’occasions de boxer."
C'est en Thaïlande, au TOPKING WORLD SERIES, que Cédric aura affronté deux monstres thaïlandais : CHUJAROEN et CHAMUAKTONG. Deux défaites aux points mais deux souvenir impérissables. "Tous les boxeurs combattent pour des occasions comme celles-ci. Dédé m’avais juste dit que je boxais au TOPKING et les deux fois j’ai appris les noms de mes adversaires en voyant l’affiche. Je montrais l’affiche aux entraîneurs et à chaque fois ils me disaient « CHUJAROEN very strong ! » pour le premier, «CHAMUAKTONG very strong ! » pour le deuxième (rires). Pour ma part, zéro pression. Par contre, j’étais mieux dans le combat contre CHAMUAKTONG. Ça m’a beaucoup apporté pour l’expérience. CHAMUAKTONG est vraiment fort, il m’a beaucoup apporté dans ma boxe."
Cédric a en effet bien évolué dans sa boxe après ces combats au TOPKING. Il avait enchainé ensuite par une victoire avant la limite à l'HURRICANE FIGHTING, un succès par KO en Thaïlande puis l'ENFUSION. Ses points forts restent ses coups de genoux avec lesquels il a souvent fait des dégâts. Avec son entraineur, depuis le début de l'année, ils font un gros travail sur la puissance et la précision "mais il y a toujours à apprendre dans le muay, c’est pour ça que ça motive toujours pour m’entraîner."






















