Ce soir je boxe - Episode 2
Par Michel Lecorre le mardi 22 août 2017
Suite de notre feuilleton CE SOIR JE BOXE, sous la plume de Michel LECORRE. Les émotions d'un premier combat, l'anxiété, l'envie, la rage, l'euphorie,... Voici le témoignage de Margot DUMANT (devenue depuis vice-présidente du club AS PASSY) qui nous raconte son combat.
LORSQUE MARGOT DEVIENT UNE RENE
« Ecrire son combat » : ce que j’ai ressenti, l’adrénaline, se dépasser…
Je déteste la violence, je n’ai jamais été bagarreuse mais l’apprentissage de telles techniques a stimulé mon envie de voir ce que je valais comme boxeuse. J’ai toujours aimé tester mes limites, sortir de mon confort que ce soit par des voyages, le sport ou les expériences comme le saut en parachute, la Mud Day ou la Spartan Race. Même mes parcours universitaire et professionnel sont atypiques. Quand je sens que mon niveau est suffisant, j’aime me lancer des défis et je n’aime pas échouer. Alors je me suis sentie prête pour une nouvelle expérience : celle d’un combat en compétition de boxe, sur un ring.
J’adorais les assauts de fin de cours, j’ai décidé de me mettre en conditions réelles, j’ai voulu savoir ce que je valais vraiment sur un ring, face à une adversaire qui n’est pas là pour s’amuser mais pour gagner.
J’ai questionné Laurent et Gilles avant de leur annoncer que je souhaitais m’inscrire à la compétition des novices (moins de cinq compétitions faites). Je leur ai demandé ce qu’ils pensaient de mon niveau et de ma technique. Ils me trouvaient un bon niveau alors je leur ai dit que je voulais m’inscrire. Là, ils n’ont pas du tout voulu me soutenir. Ils pensaient que mentalement je ne serai pas assez solide, ils m’ont expliqué que je serai seule sur ce ring, face à une personne qui aurait la rage au ventre. Moi je suis trop gentille et trop douce. Bizarrement ces phrases m’ont finalement convaincue de faire la compétition ! Tous ces arguments ont eu l’effet inverse. Abîmer mon visage ? Pas de problème. Recevoir des coups ? J’en prends à chaque assaut quand je m’entraine avec des hommes, peu de filles souhaitent combattre. Tenir la cadence ? J’ai un super cardio grâce à de très bons entrainements. Ils avaient juste confiance en ma technique, tant mieux, c’était le seul point sur lequel je voulais être rassurée.
Ma famille non plus ne m’a pas soutenue, mes trois frères ne comprennent pas ce qui me passe par la tête et mes parents redoutent que je me fasse casser le nez, ne comprennent pas pourquoi je cherche tant de violence. Un nez, ça se répare et selon moi ce n’est pas de la violence, c’est un sport.
Ils ont compris que je ne leur laissais pas le choix alors un entrainement très intensif a commencé sur une période d’un mois et demi. Il fallait que je perde 4 kilos pour être dans ma bonne catégorie, que je fasse des cours compétition en plus des 3 entrainements par semaine, le tout en même temps que mon poste de manager de restaurant. Quand on veut, on trouve le temps.
Mon corps s’est musclé très rapidement, j’ai pris en cardio de façon incroyable, je ne voulais surtout pas être à bout de souffle au bout d'1 min quand on doit tenir 3 rounds de 2 minutes. Ma technique aussi a évolué, je ne combattais que contre des hommes de très bon niveau, tous compétiteurs. Et Gilles leur demandait de ne surtout pas m’épargner, je l’en remercie ! Il m’a beaucoup encadrée, je me suis habituée à écouter ses précieux conseils en boxant, en m’entrainant. Je me sentais dans une forme incroyable.
Puis, la veille du grand jour est arrivée. J’étais stressée, angoissée, anxieuse … et si je prends un mauvais coup et que je me retrouve KO ? Et si la peur me tétanise ? Et si elle est très violente, très douée, imbattable… On se refait le combat mille fois, les scénarios varient, se succèdent, parfois je me vois capable de mettre des retournés sautés, des esquives magnifiques et dans l’autre je ne peux même pas placer un high kick.
De toute façon, le combat ne ressemblera jamais à ceux là.
Le lendemain, je rejoins le club et les autres compétiteurs avec la tête pleines de questions et vide à la fois. La pesée se passe bien, je suis même 2 kilos en dessous mais ce n’est pas un souci. J’ai confiance en mes muscles. Gilles et Laurent me briefent : « Surtout tu lui rentres dedans et tu n’es pas gentille, tu boxes vraiment ». Je regarde le ring, c’est donc dans cette cage aux fauves que je vais me retrouver, surélevée au milieu de gradins. Entourée par nos amis qui nous soutiennent, les adversaires qui veulent nous voir échouer. C’est haut ! Les cordes nous entoureront pour nous empêcher de nous échapper et le sol a l’air rigide !
Nous étudions les tableaux, je vois mon nom et celui de mon adversaire. Nous sommes les deux seules dans cette catégorie légère, nous serons donc en finale directement ! Tant mieux, le combat se déroule en 3 fois 2 minutes, ce qui est plus que les autres. Je comptais miser en partie sur mon cardio.
J’aperçois mon adversaire, elle a son nom écrit sur ses vêtements, une tenue qui « fait pro », elle a le même gabarit que moi et son coach la fait s’entrainer dans des paos et des pâtes d’ours sous mes yeux. Ça m’impressionne alors je décide de ne pas la regarder. Je me mets en conditions, je me concentre sur ce que je connais, les enchaînements que je maîtrise, et surtout j’observe les autres combats. Je m’échauffe, fais monter le rythme cardiaque, m’étire et fais quelques enchaînements.
Nous sommes appelées à monter sur le ring, Gilles m’équipe de la tête aux pieds, il me rassure et m’encourage. Nous saluons le jury et prenons place dans notre coin. Face à face. Bref rappel des règles, salutation avec l’adversaire. Son de cloche. Le combat commence, le cœur s’emballe, chaque membre semble peser quatre fois son poids habituel. Je m’essouffle vite et j’ai l’impression de perdre 30% de mes capacités techniques. Je suis frustrée et je prends une rafale de crochets d’entrée de jeu. Je baisse la garde, mes poings sont trop lourds, le casque me tombe sur les yeux. Je vois dans son regard qu’elle est là pour me tuer. Ou me mettre KO alors que nous boxons en léger, en touche car c’est une compétition de novices.
Je place quelques enchainements et je fais totalement abstraction de tous les bruits qui m’entourent. Tous sauf la voix de Gilles qui est la seule à parvenir à mes oreilles, j’entends tous ses conseils, je ne veux pas le décevoir. Je ne veux pas leur donner raison, je suis là pour me battre.
Un crochet inattendu me parvient en pleine mâchoire, je vrille et me retrouve par terre. La boxeuse en face, trop heureuse, pense qu’elle gagne au premier round par KO… Je sentais depuis le début qu’elle visait le KO. La vue de ses poings levés en signe de victoire me fait vriller mais dans la tête cette fois-ci. Je me relève, en furie, pleine de rage maîtrisée. J’utilise ce regain d’énergie pour achever le premier round en beauté, elle souffre du manque de souffle, moi beaucoup moins.
Je pense que les moments les plus magiques ont été les deux pauses entre chaque round : une osmose total avec mon coach Gilles qui apparaît comme mon sauveur, celui qui me redonne force et espoir. Qui me fait croire en mes capacités à gagner. Même si mon adversaire est redoutable, je suis toujours dans le jeu, tout est dans la tête. S’ensuivent alors les deux autres round, dans mes souvenirs, je les ai survolés. J’attendais que la rafale de coups des 20 premières secondes passe pour tenter des stratégies mise en place au début. Il faut réfléchir et analyser. J’attendais qu’elle se fatigue pour placer des coups simples et efficaces. Gille me répétait de garder ma garde et de placer des coups, le plus possible. C’était la règle pour gagner. Alors je vise le visage et je place quelques jambes, front kick ou middle kick qui ne demandent pas trop d’énergie. Tant pis, je ne ferai pas étalage de ma technique mais je suis venue pour gagner.
Le son de cloche du troisième round sonne enfin, délivrance, j’ai été au bout de ce combat, entière. Je tombe dans les bras de Gilles, épuisée. Nous faisons un tour de salutation, félicitons les coachs et attendons le verdict. Le combat a été très serré, ils ont eu du mal à nous départager. Finalement l’arbitre brandi mon bras, il nous félicite chaleureusement pour ce beau combat très propre. Je suis heureuse, non seulement je n’ai pas lâché mais j’ai gagné. Mon mental a été aussi solide que mon corps ! je la vois ressortir en boitant, quelques croutes de sang aux commissures des lèvres. Je culpabilise mais le semi KO du début du combat me revient en tête. Je pense que le déclic s’est fait à ce moment là, il ne faut jamais se déclarer vainqueur avant la fin d’un combat.
Ce que je retiens de cette expérience est ce mélange de sentiments quand on se retrouve seul sur un ring : nous sommes face à une personne qui ne lâchera rien, on a peur, on est excité, on a la rage, on se contient, on se maitrise, on veut tout lâcher, on est épuisé. Les enjeux sont énormes, le corps peut souffrir, la douleur nous guette. Nous ne connaissons pas cet adversaire à qui nous faisons mal et finalement cet adversaire me marquera à vie. La beauté de la boxe est le respect qui naît entre deux inconnus qui se sont battus pour la beauté d’un sport et qui sont ainsi liés par une grande complicité.
Prochainement suite de notre feuilleton, Ce soir je boxe.
























