Belle île en mer
Par Michel Lecorre le vendredi 10 août 2007
Nous connaissons Belle île en Mer par de célèbres chansons, savons qu’elle se trouve en Bretagne Sud, à 40 minutes de bateau de Quiberon, qu’elle est la plus grande des îles bretonnes. Son nom n’est pas une usurpation touristique, elle charme ses visiteurs de part sa côte nord accidentée où les vagues s’y fracassent, cela en contraste avec sa côte sud au relief plus paisible qui rappelle le bord de mer méditerranéen. L’eau y est aussi turquoise qu’aux Antilles, des plages comme on n’ose pas en rêver. Mais qu’y a-t-il de laid à Belle-île ? L’intérieur des terres ? Non. C’est une campagne étonnamment vallonnée et verdoyante. Les grecs, durant l’antiquité, qui étaient arrivés jusqu’à elle, la baptisèrent Kalonessos : « île belle ». Que se passe-t-il ? La rédaction de Muaythaitv.com serait-elle en panne d’événement et vous proposerait un gentil guide touristique ?
Sur cette île de 4800 habitants, quel est le sport le plus pratiqué après le football ? Vous avez deviné ? Lisez la suite !
Le vieux maître et le novice
Avant tout, nous allons vous présenter M Stéphane CHABASSIER, l’entraîneur du club de Muay Thaï de Bell île. Il a 32 ans et y vis depuis trois ans avec sa compagne où il exerce son métier d’éducateur spécialisé auprès d’adultes handicapés à l’hôpital local. Stéphane vient de finaliser en 2007 auprès de la fédération FFMDA son DIF (Diplôme Instructeur Formateur) en Muay Thaï. Son parcours est atypique. Entre 14 et 25 ans, à Limoges, en dehors de tout cadre fédéral, il s’est entraîné au domicile d’un maître de « boxe libre » Vietnamien. Ils n’étaient que quelques uns à avoir été acceptés chez ce maître, déjà très âgé, qui avait été un grand champion dans les années 30, où il avait remporté sept fois le titre de champion d’Indochine. (A cette époque l’Indochine française regroupait les trois pays suivants : le Vietnam, le Laos et le Cambodge). Ce monsieur avait connu l’arrivée du port des gants pour combattre, ainsi que les catégories de poids et les rounds.
Stéphane CHABASSIER a donc appris tous les jours chez cette personne, dans un appartement situé au rez de chaussée d’une HLM, plus précisément dans un salon transformé en salle d’entraînement avec des sacs de frappe, des appareils de musculation. C’était un style de boxe libre d’une grande valeur qui s’apparenterait à un style de Muay ancien. Il reste très peu de traces de cette ancienne boxe libre Indochinoise, très originale de part son contenu technique, et qui a pourtant marqué l’histoire martiale de cette zone du Sud Est asiatique. Ce maître quand à lui est décédé en 2004.
Après sa formation initiale, et tout ce qu’il a pu recevoir de ce maître, pour Stéphane, le Muay Thaï est donc devenu « sa famille d’accueil » logique.
Quelle est l’histoire du club de Muay Thaï de Belle île ?
Encore une fois, l’âge ne change rien à affaire, mais nous prendrons à contre-pied le contexte de la chanson de Brassens. C’est l’histoire d’une rencontre avec un précurseur, en la personne de monsieur Orlando BERTOLINI, 82 ans, instructeur 5ème Dan de Taï Jitsu et initiateur des arts martiaux sur Belle Ile. C’est donc avec l’appuie de ce monsieur que l’île s’est récemment équipée d’un DOJO (un centre d’arts martiaux) municipal. M. BERTOLINI a soutenu le projet de création d’un club de Muaythaï sur ce territoire insolite.
Stéphane CHABASSIER a tout d’abord entraîné un instructeur de Taï Jitsu, puis d’autres pratiquants de cette discipline sont venus demander à pouvoir participer, dont monsieur David CARDIN, 36 ans, qui avait auparavant pratiqué le Muaythaï pendant trois ans avec un Thaï qui vivait à Belle île.
Fort aujourd’hui de 38 licenciés fidèles, la section a donc débuté petit à petit en Octobre 2005, les pratiquants ont afflué rapidement, essentiellement des adultes hommes et femmes. En Mars 2005, la décision est prise d’officialiser la section en la faisant entrer au Foyer socioculturel de Belle île, association importante qui regroupe une vingtaine de sections dont le Rugby, le Basket, le Hand Ball, le Taï Jitsu, le kayak de mer… Ils ont reçu un excellent accueil, malgré la nouveauté de ce genre de discipline pas toujours bien perçue. Dans la foulée, ils se sont affiliés à la FFMDA par la ligue de Bretagne qui leur a réservé un excellent accueil. Actuellement, Monsieur CARDIN a passé le JARA, et est en formation DIF, il est responsable de trois cours par semaine.
Fort de leurs 38 licenciés, avec en plus une dizaine de personnes n’ayant pas pris de licence, car arrivées en fin d’année, c’est donc une cinquantaine de membres qui fréquente le club. Un chiffre très modeste comparé aux gros clubs urbains, mais qui l’est moins quand on le rapporte à la population Belliloise: 4800 personnes dont beaucoup de retraités.
C’est donc en septembre 2006, qu’ils entament leur première saison sportive à Belle île, le club participe au maximum à la vie de la ligue de Bretagne (assauts techniques et éducatifs, combat classe D) avec des résultats satisfaisants, ce qui n’est pas simple. Rappelons qu’ils doivent effectuer 45 minutes de bateau pour la moindre sortie sur le continent, sans parler des frais engagés.
Une petite anecdote illustre bien la situation insulaire et leurs difficultés (également leur motivation). Il s’agissait de la Coupe de Bretagne combat classe D et C qui avait lieu à Brest en Novembre 2006, et à laquelle le club présentait un boxeur, Franck, pour son premier combat. Ils leur fallaient prendre le bateau vers 7h du matin pour être à Brest vers 11h pour la pesée. Les tempêtes furent nombreuses en 2006, et ce jour là, la mer était trop agitée pour que passe le bateau censé les amener sur le continent (le jeune Nak Muay était soutenu et accompagné par cinq membres du club et ses entraîneurs). Après plusieurs fausses alertes et une longue attente, c’est enfin le départ pour 1h de traversée sur une mer démontée (force 6 à 7), ça ne tanguait pas un peu, mais beaucoup.
A 16h30, au lieu de 11h, ils sont arrivés à Brest. Ils prirent tous la décision de partir, en sachant qu’ils devraient coucher sur le continent le soir. Ce qui occasionne des frais financier. Eh bien tout le monde a choisi de suivre et d’improviser sur place l’après compétition. Au final, le Nak Muay Franck s’est classé deuxième dans sa catégorie dans des conditions plus que difficiles, ils sont arrivés juste à temps pour monter sur le ring.
Cet exemple illustre leur démarche et l’ambiance du club.
Avec David CARDIN comme instructeur, le club a effectué une série de six séances d’initiation pour des jeunes collégiens, à la demande de leur professeur de sport. Ce fut l’occasion de faire connaître le Muaythaï aux adolescents et il s’en est suivi la création d’une autre section pour eux, rapidement fréquentée par une quinzaine de collégiens, c’était en février de cette année.
Dans le cadre de cette section, afin de donner une dimension éducative supplémentaire, le club a mis en place un « contrat », signé par eux-mêmes, leurs parents et le club où tous s’engagent vis à vis des valeurs fondamentales de la discipline contenues dans la Charte du Nakmuay. A présent, il en résulte un partenariat avec les deux collèges de Belle Ile, visant à prévenir les actes de violence (qui sont plus nombreux qu’on pourrait le croire), et une crédibilité supplémentaire pour leur section. Il est évident que l’image de marque de la discipline est fondamentale, car les bruits et les réputations courent vite sur une île de 4800 âmes.
Les filles ne sont pas en reste : Marie Claude est vice championne de France classe C, elle a réussi la plus belle performance sportive de l’année, toute discipline confondu, pour Belle-île. Egalement une autre Nakmuay s’implique en tant qu’assistante pour les cours des jeunes, il s’agit de Soizic Lucas qui participe aux compétitions et aux assauts techniques.
Encore un Nakmuay, un garçon cette fois, s’est illustré par ses compétences et sa motivation. Issu du Kick, il se passionne pour le Muaythaï et progresse suffisamment pour que le club songe à lui confier une section d’initiation pour des adultes, il souhaite également faire la formation JARA et a pour objectif de passer son DIF.
Le pratiquant le plus âgé a 45 ans. La démographie est un problème réel, en effet, les jeunes quittent l’île après le collège pour poursuivre leurs études et ne reviennent pas forcément vivre à Belle-île une fois leurs diplômes obtenus, car le travail s’y fait rare, les difficultés sociales s’accroissent, rendant plus difficile l’installation des jeunes, tel que l’augmentation exorbitante du coût de l’immobilier qui empêche nombre de jeunes Bellilois d’acheter sur leur propre île. L’offre d’emplois stables à l’année est faible, ce qui fait que la moyenne d’âge est relativement élevée au club, et plusieurs Nakmuays au fort potentiel ne peuvent combattre étant donné la limite d’âge de 34 ans.
Les entraînements au club se déroulent sous forme de cours collectifs pour le loisir et l’éducatif, mais un entraînement plus individualisé pour les combattants est dispensé, ceci afin de compenser les désavantages dus à l’insularité. Notamment, dans la mesure du possible, le club essaye de les envoyer sur le continent pratiquer des tests matches avant les compétitions afin qu’ils puissent tourner, faire des sparrings avec d’autres personnes.
En conclusion, c’est à la fois grâce à la générosité, aux compétences de Stéphane CHABASSIER, à l’engagement de nombreux hommes et femmes de Belle île, que ce club de Muay Thaï est né et a pris son envol. Le muay semble y être pratiqué avec sérieux et conviction.
C’est avec beaucoup d’humilité et d’authenticité que Stéphane nous a raconté son parcourt avec son maître, et ce n’est pas sans émotion que nous avons découvert son histoire. Stéphane n’a jamais eu l’occasion encore de se rendre en Thaïlande, mais c’est en projet. Remarquons que pour lui, entre ses 14 et 25 ans, il allait tous les jours un peu en Asie en s’entraînant chez mon maître. Nous avons donc présentez un club atypique et qui ne démérite pas dans ses efforts.
Le club a besoin d’échanger, alors voici un petit mot de Stéphane CHABASSIER :
"Je souhaite préciser que notre projet de club : est l’ouverture. Nous sommes à la recherche de sponsors pour l’achat d’un ring, ce qui complèterait notre structure d’entraînement avec le DOJO, nous disposons de matériel de frappe, de sacs, et nous souhaiterions pouvoir accueillir à Belle Ile des stages, des clubs, des équipes, des Nakmuays souhaitant se préparer pour des combats, Belle Ile se prête particulièrement bien à des stages de préparation, une structure existe dorénavant, des gens accueillants s’en occupent, et notre intérêt est de nous ouvrir en recevant des pratiquants de tous horizons, puisque nous sommes un peu « bloqués » sur notre île, nous souhaitons transformer ce désavantage en bénéfice en multipliant les rencontres enrichissantes pour nous."



























