Aurélien Duarte : "des mentalités à changer"
Par Vincent Dao le vendredi 16 décembre 2005
Avec plus de 100 combats en Muaythaï et en kick boxing, Aurélien Duarte est un boxeur qu’on ne présente plus. Samedi, il va affronter pour un combat revanche l’Espagnol Oascar Cordoba. A 34 ans, il lui reste encore quelques années avant de mettre un terme à sa carrière. Il nous parle de sa reconversion et de ce qu’il pense de la discipline. Muaythaitv : Tu vas boxer le 17 décembre 2005 contre César CORDOBA, comment te prépares-tu ?
Aurélien Duarte : Je me prépare bien et très fort puisque j’ai déjà boxer Cordoba l’année dernière (malgré une bonne prestation, courte défaite de Duarte). Et je n’étais pas au meilleur de ma forme, j’avais perdu ma maman quelques mois avant donc j’avais pris cette échéance pour sortir la tête du trou. Je l’ai fait compter à la quatrième reprise, ils ont mis longtemps avant de débuter le compte et ils l’ont donné vainqueur aux points. Ça avait été un peu contesté, donc cette année on va faire le nécessaire soit pour le mettre KO soit pour avoir victoire flagrante aux points. Donc je travaille beaucoup les poings pour le terminer si je le touche comme l’année dernière, beaucoup les genoux aussi pour le contrer car il travaille beaucoup en poings, et toujours ma force de frappe dans les jambes pour lui faire mal parce qu’il avait fini les jambes tuméfiées l’année dernière.
A cause de la limite d’âge, tu as effectué ton dernier combat en France à Thiais (victoire face à Hersum Miki en mai dernier). Que penses-tu de cette réglementation ?
Il est clair que je suis le premier concerné et qu’il n’est jamais facile d’être juge et parti mais je trouve que c’est une aberration de m’empêcher de boxer, il faut bien un âge limite et l’étudier au cas par cas. Donc faire comme en kick boxing ou en boxe anglaise et pousser l’âge limite à 40 ans. Avec 34 ans, la fédération de Muaythaï est celle où la limite d’âge est la plus basse. C’est un peu dommage car je suis en pleine forme, je n’ai jamais été mis KO, je pense que je suis plus sérieux au niveau de ma diététique, mon sommeil et de mon entraînement que certains jeunes de 20 ans qui ont le droit de boxer. Donc c’est dommage que la Fédération m’empêche de gagner ma vie et d’œuvrer pour le Muaythaï parce que je monte sur le ring, j’œuvre pour le Muaythaï. Donc cela me chagrine et me fait beaucoup de peine.
Au sujet de ce combat, as-tu certaines choses à remettre au point ?Je me suis fait siffler non pas par les plus nombreux, mais par ceux qui font le plus de bruit. C’était mon dernier combat en France, et je pense avoir œuvrer pour le Muaythaï et les sports pieds-poings. J’ai toujours été fidèle, toujours respecté le public, donné le meilleur de moi-même et là me faire siffler m’a touché. Il y avait beaucoup de supporters de son club dans la salle et étant donné que j’ai déjà battu plusieurs combattants de Stains (Choplin il y a longtemps, Sissoko et maintenant Miki), ils m’ont sifflé. Je suis quelqu’un de sensible et je ne pense pas que cela était mérité. Malheureusement, nous n’évoluerons pas en Muay, nous n’aurons toujours pas de sponsors, pas de télé et pas de gens qui s’intéresseront à nous tant que dans le public il y aura ces personnes qui ne méritent pas le spectacle qu’on leur donne, ces gens irrespectueux qui ne savent pas ce qu’endure un boxeur. Je vais en Espagne, je suis applaudi alors que je boxe un Espagnol, en Italie pareil, partout dans le monde alors que j’affronte le champion local. Je suis respecté alors quand je vois le public qui vient mettre le bazar ici ça me désole et me laisse sceptique quant à la suite de l’évolution de notre discipline.
Après avoir rencontré les meilleurs Nak Muay tel que Dany Bill, Moussa Sisoko, quelles sont les nouvelles pointures de la discipline que tu aimerais bientôt rencontrer ?
Je vais bientôt finir ma carrière, d’ici un an ou deux. Et j’aimerais bien finir par des stars montantes tel que Grégory CHOPLIN que j’ai vu boxer, je ne retiens pas tous les noms désolé. Je pense que ça serait bien comme Orlando Wiet qui m’a donné ma chance en fin de carrière, je boxe un petit jeune pour me confronter à la nouvelle génération. Sinon, je suis prêt à accepter tous les défis, il y a Sidi KONE avec qui je mets les gants ici à l’entraînement. On ne s’est jamais rencontré sur un ring car pour moi, les propositions n’ont jamais été sérieuses. C’est quelqu’un à prendre au sérieux, donc je ne le boxerai pas pour une poignée de cacahuètes. Il y en a d’autres valeureux que j’aimerais rencontrer.
Quel serait pour toi l’enjeu de telles rencontres vu que tu as déjà tout remporté, tu n’as plus rien à prouver ?
Effectivement je n’ai jamais refusé un combat, j’ai accepté tous les défis, même peut être trop, j’ai accumulé parfois des challenges un peu difficiles. Et là le défi serait de montrer que je suis encore dans le coup et que malgré mes 35 ans, je peux encore tenir la dragée haute à des jeunes. Mon dernier adversaire avait 11 ans de moins que moi, et je l’ai mis KO, le 22 octobre à l’Agora d’Evry en kick boxing, après un combat difficile. Il a été très actif au début, mais le punch et le métier ont parlé. Donc le défi serait de montrer que les papys comme on nous appelle sont toujours présents.
Au jour d’aujourd’hui, y a-t-il un boxeur dont tu suis l’évolution ?
Non, comme peu de combats passent à la télé à l’exception du K-1 je ne peux pas trop suivre. Je me tient informé par la presse spécialisée et le bouche à oreille. Donc je suis l’évolution de certains mais malheureusement pas plus que ça.
Tu habites Villejuif (94), que penses-tu des récents évènements en banlieue ?
Il est clair que c’est un cri de colère, c’est évident, les jeunes qui vont brûler des voitures et qui vont casser ce qui représente les institutions c'est-à-dire les écoles, les commissariats, les mairies. C’est une énergie qui est mal utilisée, c’est une façon de se faire entendre. Maintenant le gouvernement, doit trouver des solutions pour arrêter et éviter que cela recommence, il faut prendre le problème à la base et ne pas faire que de la répression mais aussi de la prévention. Reprendre la politique sociale, cassé tous les ghettos que l'on a créé depuis les années 60 pour les rapatriés d’Algérie. Il faut prendre le problème en main avant qu’il ne soit trop tard, reprendre la jeune génération en compte et lui donner les moyens d’évoluer, il faut mieux payer et revaloriser les professeurs et tous les acteurs sociaux qui participent à la fabrication des futurs hommes de demain. Donc je pense que le combat du gouvernement est là, il faut arrêter de payer les ministres à prix d’or, de gaspiller l’argent public. Dans les ZEP (zone d’éducation prioritaire), dans tous ces endroits où l’on a besoin de gens compétents, on a des gens incompétents qui sont novices. Il faut donner la chance à ces jeunes qui n’ont pas demander d’être « parqués » dans des ghettos où il y a des cinémas, des grecs, le centre commercial…Ils ne sortent plus de chez eux, ils ne savent plus s’exprimer. Il y a une discrimination énorme en France donc c’est la colère qui monte. Et au lieu de réprimer la colère quand elle monte, il faut tout mettre en œuvre pour que ces jeunes n’aient plus de raisons d’être en colère.
Pour empiéter un peu sur ta vie privée, on parle de plus en plus de toi dans le show business. Est-ce une reconversion ?
Le « show biz » c’est un bien grand mot, depuis que j’ai commencé à boxer j’ai eu l’opportunité de faire des photos. Nous faisons un métier très dur : gagner notre vie en prenant des coups, en s’entraînant en y laissant sueur et sang c’est pas facile. Donc quand on me propose d’aller faire le beau sur un podium, d’être maquillé, de porter de beaux habits, de faire une émission télé et de prendre des sous j’y vais et je pense que tout le monde en ferait autant. Je garde les pieds sur terre, je ne prends pas la grosse tête, je sais d’où je viens. J’espère percer dans ce milieu là et pourquoi pas faire des rôles, être comédien ou acteur c’est un vrai challenge, c’est une suite. Je l’ai toujours fait, j’ai toujours apprécié cela et je me sers surtout des médias pour me faire l’ambassadeur du Muay, des sports pieds-poings. Nos disciplines sont des disciplines nobles, on n’a pas de grandeur d’écoute, on passe sur des chaînes câblées à pas d’heure donc quand j’ai eu l’occasion de faire sur M6, « les colocataires », même si je ne cautionne pas la télé réalité c’était pour moi l’occasion de montrer à tout le monde qu’on peut pratiquer le pieds-poings a tout âge, en loisir avec une pratique sécurisée. Venez dans les clubs, venez vous affilier, donnez du pouvoir à la fédération que les sponsors s’intéressent à nous, que les médias s’intéressent à nous.
Que l’on fasse faire plus de sports pieds/poings aux enfants, ça leur inculquera de bonnes valeurs, ça permet de se défouler et c’est une discipline qui est belle. Donc je me sers des médias pour gagner ma croûte, payer mes factures et non pas pour faire le beau comme certains peuvent le penser. C’est pour la facilité, le plaisir et surtout pour véhiculer toutes les images et l’amour pour les disciplines que je pratique.
As-tu un mot à dire à nos internautes ?
Continuez à supporter le Muaythaï et les autres sports de combats, déplacez-vous aux galas, inscrivez vos enfants, allez pratiquer. Comme cela plus on sera nombreux plus on pèsera et plus on sera reconnu et respecté comme on le devrait.





















