« Au coeur » de Raphael LLODRA
Par Michel Lecorre le jeudi 16 avril 2015
Après quelques mois d'absence suite à une fracture, Raphael LLODRA est remonté sur le ring le 7 mars dernier au gala du CHOC DES LÉGENDES en battant avant la limite Kamel MEZATNI. Un retour fort et direct. Raphael est un garçon réservé qui se tient totalement éloigné des turpitudes des réseaux sociaux sur lesquels il n'a ouvert aucun compte par exemple. Il reconnaît avoir un caractère entier, être très exigeant avec lui-même et ses propres amis, mais être à la fois honnête et profondément fidèle en amitié. Avant ses prochains combats, MUAYTHAITV vous propose un portrait directement « au coeur » de Raphael.
Avec le recul, Raphael estime avoir été un enfant narcissique et orgueilleux qui se considérait comme « le meilleur », mais pour qui le succès était toujours interdit. En réalité, il ne parvenait pas à s’affirmer comme il le souhaitait par rapport aux autres. Au collège, il était le premier de sa classe en course d'endurance, mais paradoxalement il ne gagnait jamais les cross inter-classe bien qu’étant le seul à s’entrainer dur et à le désirer ardemment. Il finit second à plusieurs reprises, jamais premier, cela déclenchait chez lui une véritable « fin du monde », à chaque fois, se sentant totalement en situation d'échec. Raphael désirait plus que tout « son succès », à force de courir après tous ses rêves à la fois, il n'en réalise finalement aucun. Enfant, Raphael a appris à courir et a soupçonné qu'il pouvait dompter son corps, à l'adolescence il ne lui restait plus qu'à dompter aussi son esprit !
Avant ses 15 ans et l’éclatement de sa bulle, Raphael ne se torturait pas vraiment l'esprit, sauf lors des échecs ou de l'épreuve. Sa prise de conscience pour associer « effort et volonté » s'est imposée à lui sans qu’il n’y ait vraiment à le chercher, comme nous le verrons.
Raphael s'essaie au judo, mais au bout de quelques séances constate que ce n’est pas pour lui, qu'il est plus attiré par les percussions, qu'il n’aime pas l’ambiance du dojo qu'il fréquentait, qui était plutôt axé sur le loisir, de plus il n’était pas franchement sociable.
C’est une période où il est absorbé en partie par l’écran, il se prend pour un Chevalier du Zodiaque, veut devenir de plus en plus fort sans penser à ce qui pourrait arriver. D'où vient sa passion pour Batman ? C'est un super-héros sans pouvoirs magiques, mais un super-héros tout de même. Il ressent la nécessité de s'élever pour ne plus se sentir rabaissé et regarde en parallèle le K-1 et le Pride, et non des combats de Muay Thai à ce moment là. C'est pourtant bel et bien vers le muay qu'il se tourne, il commence à 16 ans, au club de Bonneuil sur Marne, chez MAMAR. Mamar qui durant les premiers mois pensait qu'il ne parviendrait pas à faire quelque chose de lui, tant il était gauche.
Nordine MAHMOUDI, qui ne co-encadrait pas les entrainements au club de Bonneuil lors des deux premières années de Raphael, s’est intéressé à lui plus tard.
Après avoir été tétanisé par la compétition à ses débuts, elle lui faisait perdre tous ses moyens le jour J, LLODRA finit par vaincre ses démons à force de ténacité et de patience. Il possédait les bonnes clés, mais les conservait dans sa poche sans les utiliser. Il apprend auprès de MAMAR, à se déplacer, à observer, à être laborieux. Il commence la compétition, gagne ses premiers combats en classe D, puis passe directement en classe B et remporte le championnat de France FMDA de l’année 2011. S’ensuivent deux voyages en Thaïlande, à cheval sur 2011 et 2012, sur un peu plus de sept mois en tout, qui l'amènent à s'entraîner au Rawai Muay Thaï Camp. Il considère ne pas avoir véritablement appris les techniques du muay là-bas, c’était surtout de l’entrainement à la quantité où il a acquis de l’expérience, de l’aisance et de la maturité. Raphael nous confie que les Thaïs lui montraient deux, trois techniques de temps en temps ou le corrigeaient parfois, mais à Phuket il a surtout appliqué les techniques enseignées en France par son entraîneur MAMAR.
7 mars 2012, Phuket. Raphael gagne par KO contre un adversaire qui n’est pas une foudre de guerre mais qui a des jambes dangereuses (il a envoyé plusieurs combattants du Rawaï a l'hôpital). Raphael avait bien bloqué et remisé en sapant ses tibias dès le début. Raphael ne s'est pas promené sur le ring, il est resté concentré du début à la fin, il a gêné le Thaï avec ses fronts kicks et ses déplacements précis, il est parvenu à le vaincre.
Raphael prend rapidement une véritable assurance, il ne va cesser de progresser et de nous subjuguer. Quelques mois plus tôt en août 2011, Raphael combat contre un Russe pour l'anniversaire de la Reine. Il touche au foie son adversaire sur un genou, le Russe se met en boule sous la douleur, alors Raphael place un coup de coude en vague, c'est à dire circulaire descendant, ouvrant ainsi le crâne de son opposant qui s’effondre sous le choc. Arrêt de l’arbitre, KO dès le premier round. Victoire remarquable. Avant ses combats, Raphael est d’un tempérament assez flegmatique et ne prête pas attention aux détails extérieurs, il est concentré sur son combat. Justement, nous lui avons demandé de nous « écrire son combat » :
"Ce n'est pas que je suis si intelligent, c'est que je reste plus longtemps avec les problèmes." disait Einstein.
Pour moi et la boxe je dirais que ce n'est pas que je suis doué, c'est que je reste plus longtemps a m'entrainer.
Si tu n'arrives pas essaie encore.
Un accomplissement solitaire, tu ne peux compter que sur tes efforts et ton travail.
Patience, ténacité sont les mots clés.
Endurer, encaisser, ne rien lâcher, je n'envisage même pas que je puisse craquer, être plié, ou abandonner.
"Plus tu transpires a la salle et moins tu saignes au combat" (Leonidas, 300)
Mes préparations ont parfois été tellement dures, qu'une fois terminées je me sentais comme si le combat était déjà passé ou gagné.
Tenir, on peut toujours plus.
Mamar nous disait que le corps humain est une machine stupide, plus elle travaille et plus elle est performante, je trouve que ca tient plutôt du génie, je répète souvent qu'on a de limites que celles que l'on se fixe, notre corps a vraiment des possibilités incroyables, dont peu de gens sont conscients.
Je pense que l'effet placebo, le pouvoir de l'esprit sur le corps est trop souvent ignoré ou sous-estimé.
"Quand tu donnes tu perçois plus que tu ne donnes, car tu n'étais rien et tu deviens." (Antoine de Saint-Exupery)
Toujours tout donner, et plus, sans compter.
Boxer c'est s'affirmer, quand tu es sur le ring, tu es "seul" avec ton unique richesse matérielle: ton corps; et ta volonté.
Tu ne peux plus tricher, c'est l'occasion de montrer ce que tu es vraiment, ce que tu as vraiment.
Je dis seul entre guillemets car je pense que rares sont ceux qui se sentent véritablement seuls dans ces moments, si ce n'est notre coin ou nos entraineurs, on a toujours en nous la présence de ceux qu'on aime.
Plus jeune, lors de mes combats en classe D, c'était plutôt ma rage et mes sentiments qui m'emplissaient et me portaient, ce qui expliquait mon animosité excessive et le rythme infernal que j'imposais, autant a moi qu'a mon adversaire.
Je pense que cela a été un bon moteur, mais qu'aujourd'hui ce ne serait pas compatible avec le haut niveau.
Avec l'expérience et la maturité, j'ai appris à les canaliser, à être plus détaché et donc plus relâché sur le ring, et pouvoir boxer plus intelligemment, construire le combat, et mieux réaliser les techniques.
L'avenir reste à écrire.
Assurément, Raphael LLODRA a largement le niveau pour affronter les meilleurs nak muay de sa catégorie, il peut devenir le N° 1 français, voire le N°1 tout court, il en a pleinement les capacités, mais ce n'est pas encore acquis. Pour le futur, il est fort à parier que d'autres concurrents potentiels de toutes nationalités ne pourront faire l'impasse de le rencontrer sur un ring, il deviendra incontournable. Les fans de Muay Thaï attendaient le retour sur le ring de Raphael LLODRA, il est bien revenu pour leur plus grand plaisir !


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