Anthony, le plus félin des GAZEL
Interview
Par Julien LANCHAS le jeudi 09 mars 2017
Anthony GAZEL est devenu samedi champion d'Europe WPMF -67kg. C'est la deuxième ceinture européenne qu'il décroche après celle de la WBC. Il reste pourtant assez peu médiatisé. Il était temps de lui consacrer une grosse interview pour découvrir un peu mieux cet excellent nak muay.
Anthony GAZEL... pour commencer dis nous franchement, tu as droit souvent à des jeux de mot pourris sur ton nom de famille ?
Ha oui il y a les deux Kamel (ndlr : KEMILI et JEMEL, les commentateurs sur SFR SPORT) qui ont dit que j'avais de belles jambes de gazelle. Ou encore on m'appelle Antilope... Ou encore vous MUAYTHAITV, vous avez dit une fois "un style félin (un comble pour une Gazelle !)".
Ben tu sais quoi, on va même reprendre ça comme titre de cet article ! Justement, ce terme de "félin" te correspond bien tu trouves ? Comment définirais-tu ton stye ?
Tout à fait, c'est bien ce terme qui me convient car je mets souvent une pression psychologique pour que mon adversaire commette l'erreur afin de le sanctionner. Tout en restant vif pour esquiver.
Comment es-tu arrivé dans le muaythai ?
Tout d’abord, avant d’arriver à la boxe thaï, j’ai fait 9 ans de danse hip hop et c’est suite à mon départ de Guyane en 2008 que j’ai dû changer de sport car je ne retrouvais pas les mêmes sensations et envies de danser. A mon arrivée fin 2008, j’ai pratiqué 1 an de musculation avant d’arrêter suite à un tragique évènement. Je cherchais un nouveau challenge personnel et en surfant sur youtube j’ai découvert cet art qu'est le Muaythaï, en 2010, en regardant quelques vidéos de Fabio PINCA, un boxeur que j’ai toujours admiré et que j’admire encore aujourd’hui. Humble, respectueux et qui fait le travail sur le ring. Voilà celui qui m’a donné l’envie de franchir le pas, d'aller dans une salle de boxe. J’ai tout de suite accroché, je me suis empressé de chercher un club sur Reims et depuis je n’ai plus quitté le club FACE A FACE.
Qu'est ce qui te plait tant dans ce sport ?
C’est cette notion de respect en général, cette rigueur qu’il faut avoir aux entrainements pour être bien préparé le jour J. Le lien que l’on crée entre les coachs et nous ainsi que les autres pratiquants de la salle. Mais surtout, c’est à mon sens le sport pieds-poings le plus complet. Et c'était aussi nouveau gros challenge personnel comme je les aime.
Et le K1, tu as déjà combattu dans cette discipline ?
En ce qui concerne le K1, j’ai fait quelques combats en amateur et en pro car les fights ne courent pas les rues mais j’avoue que je préfère de loin le Muay car plus complet et ça me correspond mieux.
Quel souvenir gardes-tu de ton tout premier combat pro, sans protections ?
Un très bon souvenir ! A ce moment-là j’étais en classe C et j'ai fait mon premier voyage en Thaïlande en 2013 à Chiang Mai. Avant même de partir, je savais que j’aurais fait un combat car je ne pouvais pas venir m’entrainer au pays de Siam sans affronter un Thaï, hors de question ! La victoire n’était pas au rendez-vous, j’ai perdu aux points malgré ma domination aux trois premiers rounds et au dernier. C'était face à un très bon adversaire, très dur. Je pense que c’est le compte que j’ai subi au quatrième qui a fait tout basculer. Mais pas grave, j’ai relevé le défi. Ce qui m’a étonné et que j'ai apprécié, c’est l’ambiance qu’il y avait autour de ce sport national, c’est juste magnifique !
Tu as combattu combien de fois en Thaïlande ?
Deux fois. La première dont je parle c'était en 2013. Et la deuxième c'était en 2014, toujours avec le coach, compétiteurs et ma compagne, nous sommes restés trois semaines à Krabi où j’ai pu m’entrainer à l'Emperla Gym. J’ai fait un fight gagné par KO au deuxième round sur un genou au foie.
Quel a été le plus grand moment de ta carrière ?
Pour moi le plus grand moment de ma carrière, c’est la saison 2015 après avoir gagné par KO au quatrième round contre le thaïlandais TANNACHAI Chor Pradit au GALA DE REIMS organisé par mon club. Puis j’ai remporté au mois de juin 2015 le titre de champion de France pro face à un adversaire connu, expérimenté mais surtout très dur en la personne de Lahoucine IDOUCHE. Beaucoup me voyaient perdant avant le combat tant le CV de mon adversaire était étoffé mais au contraire cela m’excitait encore plus car je recherche ce type de défi.
Et le pire ?
C’était la finale du championnat de France pro FMDA 2014 contre Daniel MANZONI, j’ai manqué la ceinture. A ma grande surprise, à mon retour de déjeuner, vu que la pesée avait pris du retard, vers 17h j’apprends que je suis le premier à combattre alors que j’étais prévu dernier combat vers 20h30. J’ai eu 5 minutes max pour me préparer, massages, bandages, etc… Tandis que mon adversaire était bien chaud car il était au courant mais moi non. J’ai tout de même fait le combat, dominé les trois premiers rounds mais à l’appel du quatrième, j’ai eu un problème d’indigestion dans mon coin, du coup l’arbitre ne voulait pas que je reprenne le combat malgré que tout allait bien. Deux ans après je l’ai encore en travers cette défaite.
Tu viens de remporter une ceinture européenne WPMF. Peux tu revenir sur ce combat ?
Je suis content d'avoir remporté ce titre WPMF, pas seulement par rapport à la reconnaissance de cette fédé mais surtout le fait d'avoir eu la chance de rencontrer Jim BRAZZALE. Dès le début, on voulait tous les deux s'installer pour prendre un avantage psychologique et prendre le centre du ring. Le fight était très engagé, c'est ce que j'aime. On a donné le max tout les deux et Jim n'a pas démérité.
Tu as été champion d'Europe WBC aussi. Lequel des deux titres a le plus de saveur ?
Pour moi c'est la WPMF qui a le plus de saveur car je l'ai disputé à la maison, à Reims, devant mon public, face à un très bon adversaire que j'apprécie beaucoup, le boxeur et l'homme en lui même. Mais je précise que le titre WBC est pour moi un très bon moment aussi car c'était mon premier titre majeur. J'aimerais m'attaquer au titre WMC maintenant.
Déçu d'avoir perdu ton titre WBC ?
J'ai su garder mon titre WBC une première fois, mais au BURNING MUAY THAI, pour la deuxième défense, il y avait un manque de motivation, du coup j'ai fait un fight de merde... Je n'enlève pas les qualités d'Abdelnour ALI KADA. Il était très largement à ma portée mais cela a été une bonne chose car j'ai pu me remettre en question et travailler pour retrouver une motivation qui n'est pas encore au niveau espéré comme en juin 2015 à la finale du championnat de France. Bref ça reviendra.
Ne trouves-tu pas cela critiquable d'avoir été opposé à chaque fois à des Français ?
Je ne choisis pas mes adversaires... J'aurais tellement préféré être opposé à des étrangers mais bon je n'y peux rien, c'est l'organisateur du gala qui fait son choix je crois. Enfin, certains Français que j'ai affrontés sont nettement au niveau des étrangers. Moi je ne refuse aucun défi. Mais oui, je trouve ça quand même dommage, c'est vrai.
Et un titre mondial, ça te fait envie ? Te sens-tu légitime ?
Un fight contre le détenteur du titre mondial, bien sûr que cela me plairait mais ce n’est pas un rêve, si cela doit se faire alors ça se fera. Après dire que je suis légitime pour prétendre au titre mondial, j’aimerais dire oui car tout simplement j’ai travaillé dur pour arriver à ce niveau et j’ai suivi la hiérarchie des choses en remportant les championnats de France amateur, pro, Europe. Une chose est sure, si l’occasion se présente à moi, je la saisirai.
N'as tu jamais songé à venir à Paris pour peut être avoir plus d'opportunités de combats ?
Je suis de Guyane 973, j’ai habité Reims pendant quatre ans mais depuis deux ans j’ai déménagé sur Châlons en Champagne. J’ai tout appris au club FACE A FACE de Reims, on m’a fait confiance et Jean Marc GUILLOT est devenu plus qu’un coach pour moi. J’ajoute à cela toutes les personnes qui ont contribué à ma progression comme Jean Marc TRAN l’assistant, Mehdi, Douglas, Cooley, Khalil et j’en passe. Ainsi je trouve normal de poursuivre ma progression au sein du club afin de boxer pour les représenter. C’est vrai que Paris détient grand nombre d’excellents clubs de muay connus, reconnus, avec un carnet de contacts bien garni je pense mais non cela ne m’a jamais traversé l’esprit. Tout simplement parce que j’ai une famille, un travail en CDI à temps complet mais aussi que cela ne m’intéresse pas de changer de club pour peut-être avoir plus de combats. Pour moi la boxe c’est une passion, une façon de me défouler mais aussi de me surpasser et relever les défis même si cela prend beaucoup de temps et de l’argent.
Que fais-tu comme travail ?
Je suis Conseiller Clientèle en Banque, à temps plein donc très compliqué de jongler entre la boxe et ma vie de famille. Mais j’ai réussi à instaurer un équilibre.
Tu es champion d'Europe WMC, ancien champion WBC, tu as été champion de France, tu as battu des boxeurs de haut niveau. Pourtant tu es peu médiatisé. Tu en tires de la frustration ?
C’est vrai que malgré mes titres de champion de France et d'Europe je suis peu médiatisé. Mais ce n'est pas grave, cela ne m’empêchera pas de boxer car mes fights je les trouve moi-même avec le coach. Je ne suis pas frustré car la boxe n’est pas mon gagne-pain et je ne cherche pas à être connu. Il est vrai que mes entrainements à la salle me demandent beaucoup de sacrifices vis-à-vis de ma vie de famille mais bon c’est pour la bonne cause.
Quels adversaires aimerais-tu rencontrer avant de raccrocher les gants ?
Les adversaires que j’aimerais rencontrer sont nombreux, c’est tout simplement ceux qui ne refusent pas de combat, qu’il soit n°1 ou pas, qu’il soit la relève ou l’expérience. S’il fait du Muay, je suis l’homme qui lui faut. Mais "raccrocher les gants", NON !!!! Je commence seulement même si j’ai débuté tardivement à 25 ans et aujourd’hui je fête mes 31 ans.
As tu un rêves, un objectif dans ta carrière ?
Un rêve ? Non, car je ne rêve pas. Mais mon objectif est clair : boxer le maximum de personnes possibles et aller au bout de cette passion certaine qu'est le Muay Thaï.
Photo de Manu DA LUZ

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