Anthony DEFRETIN
Episode 2 : La Relève
Par Michel Lecorre le mercredi 13 août 2014
Suite du récit de Michel LECORRE sur la trajectoire d'Anthony DEFRETIN.
Épisode II
La Relève
"J'aurais pu tout arrêter. Un nak muay n'a pas de rôle à jouer, mais bel et bien à trouver sa place, parce que le ring ne ment pas. Quelques années plus tôt, j'avais décroché du bahut, parce que le lycée ne me proposait qu'un rôle à jouer, mais ne m'a jamais permis de trouver ma place, de me révéler. J'ai aujourd'hui 24 ans, au fil de mon chemin je découvre que j'aime transmettre ce que j'ai appris, ce que je sais. Que sais-je vraiment ?
Si j'étais artisan plombier, cycliste, rappeur, cela ne changerait rien à mon plaisir de transmettre.
Je suis patient, bouscule si nécessaire, montre les gestes ancestraux, je me mets au service de l'élève et de sa spécificité. Mes élèves m'offrent ce qu'il sont, à moi de les accompagner dans leur volonté de se dépasser. Le muay thaï est bien un art martial, complet.
Je pouvais tout arrêter, garder la rage aux dents et au coeur, mais je n'ai pas lâché, je me sens nak muay, et je trouve bel et bien ma place dans le muay thaï, malgré ce poignet pété. Un an de galère + un an d'incertitude + un an vers une re-soudure complète de mes os.
Septembre 2013, j'avance. Si j'attends, il sera trop tard pour réaliser mon objectif. Pour moi, je sens que le train du muay thaï est encore à quai, sauf que c'est le dernier. Si je ne prends pas celui là, je ne remonterai plus sur un ring. J'ai le choix.
Le club Phénix 13 est devenu ma seconde famille depuis près de dix ans. Mon entraîneur, Assane GAYE m'ouvre les portes, déjà au moment de ma blessure il m'a permis d'enseigner, de me parfaire. Aujourd'hui, avec lui et Narbé auprès de moi, je boxe à nouveau. Je n'ai plus de temps à perdre, je dois combler trois saisons où je n'ai pas pu boxer. Je retrouve mes meilleurs sparring-partners : Pascal BENMATI, champion du monde IFMA en 2000 à Bangkok chez les - de 57 kg. Un poids plume avec une boxe agressive, rapide, beaucoup en jambes, et dôté d'un crochet dévastateur. C'est le seul qui a mis KO, l'excellent Mounir BOUTI, l'élève prodigue de Guillaume KERNER. Face à Pascal, il est nécessaire de remiser coup pour coup, ou tu ne cesses de t'en prendre, c'est une pile électrique. Arthur KOUAME, un poids lourd, excellent technicien qui me fait travailler ma résistance. Enfin Monk TO, même catégorie que moi-même, - de 63,5 kg, Monk, un nak muay fiable, qui ne cesse de développer une boxe fimeu. Lui, il est comme un grand cru discret, il se bonifie avec le temps, mais ne cherche pas la publicité. Mon frère Eddy ne boxe plus, mais il est à mes côtés, pleinement, sans se vivre à travers moi. Cette saison, j'ai aussi rencontré Nicolas BACHIR, « Nico ». Un bon boxeur, fin d'esprit qui a compris beaucoup de subtilité sur le muay thaï, un excellent préparateur physique. Quelle connerie de l'avoir empêché de remonter sur un ring pour une question d'âge en juin dernier. Nico m'a apporté ce qui me manque: un encadrement. Il est ferme, mais à la fois à l'écoute, aussi diplomate qu'intransigeant. Je me dois de respecter les thèmes précis qu'il me donne, en cardio, renforcement musculaire etc.
A la fin de ma rencontre, Nico dit: « c'est un bon combat de reprise ».
Tu parles...
J'ai boxé pour tenir, mais pas contre un adversaire. A l'issue de mon opposition face à Mehdi TRAIA, je suis vanné, totalement, ma fatigue musculaire est énorme, bien sûr je ne laisse rien paraître. J'ai sous-estimé ce combat, face à un adversaire respectable, Medhi est un nak muay véritable, comme je veux les rencontrer et je n'ai pas été à la hauteur. J'ai gagné d'un cheveux, rien de plus. Narbé est heureux, plus que moi. Eddy me félicite, le sourire du frangin est large avec celui de ma soeur Laura, ma mère Sylvie reste à la maison, mais je suis sûr de son soutient. Ô combien ils sont importants pour moi, sans parler du petit dernier, mon neveu, le fils d'Eddy dont je suis gaga.
5 avril 2014, me voilà face à Lassana DIALLO, super lucide. On démarre comme des diables, c'est un vrai plaisir, un échange rempli de subtilité, de force, de ruse. Je suis bien, franchement très bien. Mon corps et mon esprit sont en parfaite adéquation. Je gagne, et je lis dans les yeux du plus grand passionné de muay que je connaisse, un bonheur absolu, une générosité, une sincérité, une simplicité, de la force, beaucoup d'émotions dans les pupilles de Bernard, Narbé comme on le nomme au Phénix 13, Narbé le soigneur porte bonheur du champion Samy SANA. Narbé, Bernard DEFRETIN, mon père. Il m'a transmis ce qu'il aime, parce que j'ai voulu le saisir, il ne m'a jamais forcé à lui ressembler. Il donne tout, il est auprès de moi, de tous les gars de la salle, chaque jour. D'autre part, je comprends la nuance du mot de Nico lors du combat précèdent: « reprise ». Oui, je devais aussi reprendre mes marques, mes repères sur un ring, je devais en passer par là, comme tout le monde. Mon ami Monk TO a aussi gagné son combat face à Célestin MENDEZ, vraiment une excellente soirée.
Un combat de Muay Thaï n'est pas une épreuve de force, mais l'intelligence du mouvement, même si tout se passe dans un tourbillon effréné. C'est joli, théâtral, une représentation, le muay est un art, je ne suis pas allé bien bien loin en étude au lycée, mais le muay m'amène à modestement comprendre que la philosophie, la pensée, existe bel et bien, se prendre la tête a un sens. La philosophie je ne sais pas ce que c'est, si peu le savent vraiment en réalité. Néanmoins le muay m'a démontré qu'elle existe et qu'elle est un patrimoine fondateur toujours vivant et commun à l'humanité. J'ai appris, senti dans ma chair et mon esprit que : plus tu respectes, plus tu aimes ton adversaire, plus tu feras un combat magnifique, de fou, loin de la haine. C'est vers cette sérénité que j'aspire.
Le 19 juin 2014, je me retrouve face à Michaël PEYNAUD. Je m'attendais à du punch, du percutant, un combat long. Lui aussi certainement. Au premier round, coup de tête involontaire et le voilà blessé. On arrête tout. Je gagne, mais frustré. De retour au vestiaire, le père d'un de mes petits élèves vient me féliciter, c'est toujours agréable.
Il me dit que je boxe bien
Ne s'arrête plus
Il me dit que son fils aime venir aux entraînements
Ne s'arrête plus
Il le me dit que son fils va de lui même au lit, parce que le lendemain il a entraînement et se doit d'être en forme
Ne s'arrête plus
Il me dit que son fils est plus calme
Ne s'arrête plus
Il me dit que son fils à trouver sa place à l'école
Que je lui apporte tout ça
Je précise: c'est l'art du muay thaï.
Je viens de comprendre, on enseigne ce qu'on est, avant ce que l'on sait.
Vivre le muay, car je serai aussi l'entraineur officiel à l'Alpha Team d'Aubervilliers. J'apprécie transmettre autant aux loisirs qu'aux compétiteurs, gars ou filles. Peu importe, l'âge ou le niveau de départ, cependant j'attendrai des compétiteurs qu'ils se donnent pleinement, que tout élève me fasse confiance. J'espère qu'ils seront nombreux.
Ma volonté se renforce encore plus, devenir pur Muay, atteindre un niveau semblable au Thaïs. Je n'ai rien à prouver, seulement un manque grave si je ne le fais pas.
Mon palmarès:
Champion de France minime à 13 ans
Mon première classe C à 17 ans
22 combats, 17 victoires dont 4 par KO, 1 nul et 4 défaites
Je ne descendrai pas de ce train où j'ai pris place, pour la saison 2014-2015 je serai là, sur les rings à poursuivre mon chemin vers l'International. Je ne me porte en aucun cas en exemple, j'ai voulu à travers ce récit simplement poursuivre un dialogue et le partager avec les fans de muay thaï."





























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