Anniversaire du Roi
Combats de l'équipe de France à Bangkok
Pour fêter l'anniversaire du Roi de Thaïlande, des combattants venus des quatre coins du globe s'affrontaient hier sur la place principale de Bangkok. Les high-kicks et les coups de coudes ont rythmé pas moins de 27 combats jusqu'à 4h du matin. L'équipe de France faisait face, comme l'année dernière, à une sélection thaïlandaise, et Brice GUIDON et Charles FRANCOIS partaient eux à la conquête d'une ceinture mondiale dans leur catégorie respective.
Le premier à se jeter dans le bain est le jeune Jérémy RACHOU, 20 ans, 50 kg. Dés les premières secondes on sent que cela va être compliqué pour le Français. Le Thaïlandais YOODSIRIWAT ne compte pas du tout démarrer tranquillement, à la thaï justement, avec un petit round d'observation. Il malmène d'entrée son adversaire, cogne durement, et malheureusement RACHOU s'écroule au bout de quelques secondes sur un coup de genou au foie.
Jérémy nous avouera au sortir de son combat qu'il était « totalement paralysé par la pression » et qu'il ne se sentait « vraiment pas dans son assiette du début à la fin », crispé par l'importance de l'évènement.
Mohamed BOUCHAREB (53kg) prend le relai. Là aussi, le Thaïlandais ne
débute pas le combat sur la réserve. Mais BOUCHAREB plus expérimenté, ne se laisse pas secoué sans rien dire. Il recule mais contre intelligemment avec de bonnes combinaisons aux poings. KAENPHET maintient sa pression et parvient au 2ème round à assener une belle droite au Français qui tombe et se fait compter. Le Thaïlandais repart alors de plus belle et commence à sortir les coudes. BOUCHAREB tient bon mais il doit aussi subir le corps à corps de KAENPHET qui s'emploie à plier son adversaire sur le côté et lui envoyer de large coups de genoux circulaires sur le flanc ainsi exposé.
Les 4ème et 5ème rounds baissent ensuite complètement d'intensité. Les deux boxeurs se font face et tournent sur le ring, sachant sûrement l'un et l'autre que la partie est déjà jouée.
C'est ensuite au tour de Hicham CHAIBI (68kg). Hicham a un style très nerveux, il se meut sur le ring avec une « rythmique » particulière, comme s'il bouillait intérieurement. Le regard noir, il semble détester son adversaire.
Après un 1er round vraisemblablement remporté par le Français grâce à un balayage qui fait chuter PACHAKSIN, CHAIBI prend un peu plus confiance à chaque minute et à chaque jab qui atteint la face de son adversaire. Il termine même le deuxième round par un coup de pied retourné au visage.
Ce qui fonctionne bien surtout, ce sont ses saisies sur les middles arrières du Thaïlandais. CHAIBI verrouille la jambe de PACHAKSIN, le regarde 1 ou 2 secondes droit dans les yeux : « Je vais te péter la gueule » peut on lire dans le regard français. Sans lâcher sa proie, il balance 1 puis 2 puis 3 directs et termine par un middle arrière.
Hicham finit le combat tambour battant. Les coups de coudes martelés sur le haut du crâne du Thaïlandais concrétisent au 5ème round la domination du Français.
Mais stupeur … les juges donnent la victoire à celui qui n'a jamais posé quelque problème que ce soit au boxeur tricolore. CHAIBI est dégouté : « J'aurais du mettre KO. On sait que ça se passe comme ça ici, tu as beau mériter largement la victoire, si tu veux qu'ils lèvent ton poing à la fin, il faut mettre KO. Il n'y a pas le choix. »
Steve ZAIDI (74kg) n'a pas mis de KO ensuite, mais il gagne tout de même son duel. Le combat est pourtant assez serré, mais
peut être que l' « escroquerie » précédente a œuvré pour le Français. ZAIDI boxe en tout cas de façon complète, performant aussi bien en poings, qu'en jambes ou qu'en corps à corps. Il marque ses points intelligemment et construit méthodiquement sa victoire.
Il est ensuite temps pour les Français de disputer leurs ceintures mondiales.
Brice GUIDON (107 kg) se mesure à la montagne Marcus NOVACK (115 kg). C'est bien un combat poids-lourds auquel on assiste ici. Les punchs sont des vrais coups de massues. GUIDON, moins adipeux, est, si l'on peut dire, plus « fimeu », dans le sens où il utilise, lui, un minimum ses genoux ou ses coudes. Au 2ème round Brice envoie une bonne série de poings dans le visage de NOVACK, et celui-ci commence a être marqué. Le round suivant voit le Polonais montrer de vrais signes d'épuisement. Les poings et les coudes de GUIDON refont petit à petit le portrait de NOVACK qui s'écroule finalement, à bout de force, ne ressemblant plus à rien, après une énième charge du Français. Brice GUIDON est donc le nouveau champion du Monde WPNF des poids-lourds.
« Moi qui suis un éternel insatisfait, pour une fois je suis vraiment content. Mon palmarès manquait de KO donc je suis content d'avoir terminé avant la limite. Content surtout d'avoir sorti toute la panoplie du nak muay, ici en thailande, avec les coudes, les genoux. Je me suis même préparé « à la thaïlandaise » c'est-à-dire sans m'échauffer : ici il y n' a quasiment pas de place pour se préarer, avec toute l'équipe on est dehors dans 20 m², il y a tout le monde qui passe, les autres boxeurs, les journalistes, les spectateurs. Donc maintenant je comprend mieux pourquoi les Thaïs commencent toujours doucement ! »
A Charles FRANCOIS ensuite d'essayer de faire aussi bien. Il rencontre le champion du Monde en titre, le Suisse Alexandre BOYANCE en -67kg. Le combat démarre fort avec deux boxers extrêmement vifs et déterminés. BOYANCE enchaine très rapidement et de façon vraiment puissante, avec une droite effrayante et des low-kicks destructeurs. Mais c'est FRANCOIS qui, au 2ème round, sur une droite dévastatrice met son adversaire au tapis. Le Suisse s'écroule de manière impressionnante dans les cordes et se laisse donc ravir son titre par le Français.
La Thaïlande porte chance à Charles FRANCOIS puisque c'est le 6ème combat qu'il fait ici en Thaïlande et il les a tous remportés avant la limite !
« Oui, pour l'instant c'est sûr, c'est le meilleur moment de ma carrière. Je viens de Metz, une ville que j'aime mais qui est à des années lumières de cette effervescence thaïlandaise. Voilà, je prouve qu'avec peu de moyen on peut s'en sortir avec ce que l'on a, il ne faut pas se lamenter sur son sort. Il n'y a pas besoin d'être élevé dans la soie pour s'en sortir. »
C'est Erick RENON qui conclue cette soirée pour l'équipe de France. Il ne parvient malheureusement pas à l'emporter contre NOPPARAT, mais n'a vraiment pas à rougir de sa performance. Il livre ici une prestation honorable, allant au bout de ses possibilités mais il tombe sur plus fort que lui, avec un Thaï difficilement prenable.
« J'avançais et à chaque fois il me contrait avec son genou avant, je rentrais et il me percutait. Dans le coin on me disait de me décaler mais j'ai pas réussi à suivre. »
Ajoutons pour finir que le Français Damien OZENNE boxait également en marge de l'équipe de France. Le Français qui s'était entrainé quelques mois au camp Sor Worapin avait était remarqué par les organisateurs de l'évènement. Il affrontait alors un Argentin en -78kg et et est malheureusement déclaré perdant après 5 rounds où les deux adversaires se sont littéralement fait la guerre.
La France peut être fière de ses boxeurs qui, même s'ils n'ont pas tous gagné, auront au moins soulevé l'enthousiasme des milliers de Thaïlandais qui ont assisté à leurs combats. Avec notamment deux nouvelles ceintures mondiales, nous pouvons un dire un grand «tcha yo !" (bravo !) à cette équipe de France.
photos de Cyril MARCILHACY



























