Ali Ouagueni, un homme qui s'investit dans le Muay
Par Vincent Dao le mercredi 04 mai 2005
Ali Ouagueni, 40 ans, organise un gala de Muaythaï le 7 mai à Thiais : La nuit des Superfights 2005. Ce promoteur, pour qui le Muaythaï est une passion, veut que ce sports’affiche en lettres dorées sur le devant de la scène sportive. Muaythaïtv : Depuis quand organisez-vous des galas ?
Ali Ouagueni : J’organise depuis 1998, après plusieurs galas en province dont 3 à Blois, je ferai mon troisième gros gala sur Paris le 7 mai. J’ai organisé à Aubervilliers avec un ami et le 27 septembre dernier au Zénith.
Comment avez-vous débuté ?
Je suis dans le Muaythaï depuis 22 ans, je viens du club de José Hernandez dans le nord de la France. J’ai commencé l’organisation à la suite d’une campagne électorale dans la ville de Blois, il y avait des jeunes à canaliser et il n’y avait pas beaucoup de spectacles à cette époque. Nous avons donc avons proposé à la mairie de faire un gala de Muaythaï, nous avons eu les subventions…
Comment avez-vous découvert le Muaythaï ?
Je ne suis pas novice dans cette discipline que je côtoie depuis près de 20 ans. Je m’entraînais avec Jo Prestia, j’ai plus de 40 combats à mon actif pour la plupart dans le Nord, la Belgique et aux Pays-Bas. A cette époque, la médiatisation était plus difficile, il n’y avait pas la télé, les journalistes…Je ne suis pas un arriviste, je suis de la première cuvée celle des années 80. Mon grand frère était déjà un élève de Roger Paschy, donc je suis dans mon domaine. On a connu Roger Paschy en 1974.
Pourquoi avoir choisi de promouvoir cette discipline ?
Vu que je suis dans le Muaythaï depuis 20 ans, je l’ai pratiqué durant de longues années je connais cette discipline. Quand on veut développer quelque chose, il faut maîtriser le sujet de A à Z et là c’est le cas. Donc j’ai voulu promouvoir le Muaythaï qui a un fort potentiel sportif mais qui n’avait pas la possibilité de s’exprimer, d'avoir des galas en rapport avec ce potentiel. J’ai commencé par amour pour ce sport et le côté entreprise est venu par la suite. Je verrai bien ce que cela donne. Je préfère investir mon temps et mon argent dans quelque chose que je pense viable plutôt que dans un sport que je ne connais pas du tout. Le Muaythaï est un sport quasiment démuni de starisation donc beaucoup de choses sont encore à faire. Il y a un audimat à acquérir aussi bien au niveau de l’Internet, que de la télévision. Et il y a une certaine notoriété à faire acquérir à des boxeurs, quand quelqu’un s’entraîne 15 heures par semaines il a du mérite. Et ce n’est pas donné à tout le monde de monter sur un ring et de prendre des coups. Un boxeur devrait être reconnu dans la rue, et plus important il devrait pouvoir quasiment en vivre sinon je ne vois pas trop l’intérêt. Quand on voit les joueurs de pétanques qui font des tournois à Marseille et qui gagnent je ne sais combien, je me dis qu’on a du boulot à faire avec le Muaythaï. Si nous (les personnes du milieu) n’arrivons pas à développer ce sport en sachant qu’il y a un engouement énorme, je pense que personne ne le fera pour nous. S’il n’y a pas d’initiateurs, qui prennent les choses au sérieux comme Brice Hoarau, Rachid Saadi, moi-même et quelques autres promoteurs qui en veulent vraiment et qui sont là pour faire marcher la machine, on n’avancera pas.
Il n’y a qu’à calculer le nombre de galas par rapport au nombre de personnes qui suivent ce sport. On doit avoir 5-6 gros galas par an en se battant, c’est vraiment une honte. Quand on voit que chez nos voisins européens (Hollande, Belgique, Italie, Espagne) on organise toutes les semaines, ça fait réfléchir. A l’époque de Roger Paschy et la mienne, il y avait 1 ou 2 galas par mois en France. A ce rythme là dans 5-6 ans, il n’y aura plus de Muaythaï en France, sauf des types qui tapent dans un sac.
A ce rythme, on ne pourra jamais drainer de sponsors, de reconnaissance des boxeurs. Les promoteurs n’auront pas une grande crédibilité vis-à-vis des chaînes de télé. Tout est lié.
On construit quelque chose qui part de l’enseignement des débutants au professionnalisme et à l’organisation de haute-volée. Même si il y a l’Europe, ce n’est pas à un Italien ou un Espagnol de faire de la promotion ici.
Je crois dans le Muaythaï, j’ai perdu de l’argent sur le gala du zénith mais je suis toujours là à organiser.
Parlez nous de votre gala du 7 mai ?
Il y a 10 combats classe A, ce qui est rare et chaque combat à quasiment un niveau mondial. Ce sont des combats explosifs, on ne sait pas qui va gagner. Chaque Nak Muay a sa chance sur chaque combat. Si on met une star contre un sac de patates ça n’intéresse personne. Alors que là personne "ne lâchera rien" et cela nous donnera de bons affrontements. Tous les combats sont indécis.
Dans quel esprit avez-vous fait les matchs making ?
Je voulais voir des affrontements franco-français, pour pouvoir les classifier. Ce n’est pas en parlant par journaux interposés que l’on peut juger qui peut battre qui. L’essentiel est que tout se décante sur le ring.
De plus cela pourrait permettre à d’autres promoteurs de faire des revanches s’il y a des contestations, des résultats litigieux. Je voulais faire des rencontres intéressantes, avec des oppositions de style. Par exemple si on prend le combat Farid KHIDER contre Jean-Charles SKARBOWSKI, nous avons d’un côté un combattant multi-boxes (il a commencé par le boxe française, puis a fait du kickboxing) face à une star, un pur produit du Muaythaï. Cela est également vrai pour le combat opposant Sofiane ALLOUACHE vs Mohamed BOURKIS. Je veux proposer des combats avec un intérêt sportif fort. J’aime faire du multi boxe mais dans le Muay. Quand on voit des gens quitter la Boxe Française qui est une grosse fédé pour faire du Muay cela prouve qu’ils savent qu’il y a plus d’engouement, de reconnaissance dans notre sport.
Quelle est ta vision de la promotion ?
J’ai une vision grandiose de la discipline. Je ne veux pas faire un truc de « pouilleux », j’essaye de monter crescendo et essayer de montrer que ce sport peut complètement être en haut de l’affiche. J’aimerais que les boxeurs puissent atteindre un statut professionnel au niveau pécunier, de la reconnaissance sportive. J’espère qu’un jour les salles seront obligées de refuser du monde. Voilà mon objectif, faire des choses grandioses. Je veux avoir des parterres de people, des places VIP à 150-200 €.
Je ne dis pas que je veux tout de suite arriver au niveau de la boxe anglaise, mais je veux que le Muaythaï remplisse des grandes salles, que les places en ringside soit à 150€. Le Muaythaï a tout pour devenir un sport à grosse valeur : un intérêt sportif, un fort engouement populaire, nous avons de bons champions. J’espère que cela arrivera rapidement.
Quelles sont les difficultés que rencontre un promoteur pour faire sa soirée ?
Il y en a plein. Au niveau fédéral, il y a un problème. Plutôt que d’être appuyé par la fédération pour la promotion de notre sport, on est quasiment « emmerdé » au niveau administratif. Regardez, la salle n’est toujours pas confirmée pour la finale du championnat de France, ce n’est pas normal. Mais il y a des gens conciliant et qui travaillent au sein de la « fédé » comme Eric Ekambi. Nous aimerions avoir la fédération comme partenaire et non comme adversaire. Il y a quelque guerre fratricide entre quelques personnes.
Est-ce que ta principale activité professionnelle est l'organisation ?
Non, je tiens des commerces. Avant j’avais une boîte de nuit à Blois, depuis je l’ai vendu et je tiens un restaurant de nuit sur Paris. Et j’ai ouvert ma société de production.
Que faudrait-il faire pour professionnaliser le Muaythaï en France ?
D’abord il faudrait organiser plus régulièrement des galas et faire des galas de haute volée. C’est beau de voir des jeunes mais, nous avons un tel potentiel de classe de haut niveau qu’on pourrait les faire boxer régulièrement, cela ne ferait que renforcer l’engouement.
Ensuite il ne faut pas lâcher le professionnalisme et même créer une commission pro, comme je le dis depuis longtemps, pour pouvoir gérer les boxeurs et leur permettre de boxer. Cela éviterait de les voir aller en Biélorussie affronter un inconnu, en prenant de gros risques.
Je pense que nous devrions trouver un vrai consensus avec les promoteurs travaillant sérieusement pour faire avancer les choses. Il y a un malaise, ce n’est pas parce que quelques galas sont fait que tout va bien.
Certains promoteurs voient les autres comme des ennemis, alors que l’on pourrait s’entraider. Il y a un gâteau énorme, un fort potentiel et des champions splendides. On a tous les ingrédients pour faire quelque chose de grand. Le problème ce sont les brebis galeuses qui font n’importe quoi.
Le chantier est énorme, commençons étapes par étapes : laissons promouvoir les galas, simplifions les opérations administratives, essayons de récupérer quelques mairies voulant cautionner ce sport pour nous mettre à disposition (moyennant finance) des salles.
Si je fais 4 galas par an, aucune chaîne de télé ne sera intéressée alors que si tous les promoteurs s’allient, nous pourrons proposer une quarantaine de galas ce qui sera plus vendeur vis-à-vis des chaînes de télé. Si on ne travaille pas comme des professionnels on ne sera pas respecté.
Que penses-tu de l’évolution de la discipline en France ?
Il y a 10 ans, on était quasiment le leader pied-poing en Europe avec la Hollande. Aujourd’hui vous voyez le résultat. Les autres pays vont en progressant, nous, nous régressons.
Que penses-tu de l’organisation promotionnelle du Muay au niveau international ?
Il y a une différence entre les pays pionniers et les pays leaders Et bien je trouve qu’il y a un certain décalage entre les pays leader en matière de promotion. Quand vous voyez des arrivistes comme les Américains ou les Japonais qui sont incompétents et novices dans ce sport et bien vous avez compris. Prenez le K-1, où ils vont chercher des footballeurs US je trouve cela débile. Alors que des pays qui sont dans la tradition de la discipline se font « gruger » le haut de l’affiche par des Japonais, qui ont certes une culture d’art martial mais pas dans le Muaythaï. Comme on dit c’est l’argent qui fait tourner le monde. Si on prend la Thaïlande qui a 200 ou 300000 pratiquants et qui est incapable de faire des choses grandioses et que les boxeurs sont obligés de s’extrader pour des bourses conséquentes à l’étranger et bien vous voyez le fossé.
Nous retrouverons donc Ali Ouagueni le 7 mai à Thiais pour la Nuit des Superfights 2005.
Propos recueillis par Vincent Dao

























