Adrien RUBIS, pierre précieuse du muaythai
Portrait
Par Julien LANCHAS le mardi 12 mai 2015
Adrien RUBIS a 27 ans et la première fois qu'il s'est essayé aux coups de coudes, jabs et corps à corps dans un cours de muay thai c'était il y a seulement 4 ans. 23 ans c'est tard pour se mettre à un sport et pourtant, Adrien RUBIS est devenu il y a quelques semaines champion du monde WPMF par intérim.
Quand Adrien s'est laissé tenter par le muaythai, jamais il n'aurait songé faire carrière là dedans. C'est en Thaïlande qu'il a gouté au muay, durant ce qui devait être un tour du monde mais qui s'est en fait transformé en histoire d'amour exclusive avec le royaume de Siam.
Revenons un peu plus tôt, pour mieux comprendre. Peu à l'aise dans le milieu scolaire, Adrien décide un jour de stopper son bac pro vente pour s'engager dans l'armée, avec les chasseurs alpins. Il quitte donc la région montpelliéraine où il habite avec sa mère pour rejoindre le 27eme BCA, à Annecy, avec lequel il s'engage pour 5 ans. Il ne fera qu'une seule année, réformé, classé P4 après une altercation avec un lieutenant. Ce séjour dans les Alpes lui donne tout de même le goût pour la montagne et il se met alors a faire des treks avec un ami, passant par toutes sortes de sommets (l'Allalinhorn à 4000m d'altitude, le Toukbal au Maroc, et bien d'autres).
Son idée de tour du monde lui vient alors, sur le principe suivant : tester une activité spécifique à chaque pays.
Il débute (ou pense débuter) avec la Thaïlande et le Muaythai. A Chiang Mai, il découvre dans une guest house un prospectus pour un camp, le Thai Muaythai Gym, le plus petit de la ville, avec quasiment aucun étranger. "Je pensais faire deux mois d'entrainement, faire un petit combat puis passer à autre chose." Mais la magie opère, Adrien se prend au jeu et son entraineur voit un vrai potentiel en lui. Au bout de quelques mois, le coach lui dit "Pourquoi tu ne deviendrais pas professionnel ? Qu'est ce que tu vas faire en France ? Il n'y a rien qui t'attend là-bas…" Le discours fait mouche, Adrien se laisse convaincre. "Et oui je n'avais rien en France, se souvient Adrien. Et le muaythai, c'est une des rares choses dans ma vie pour lesquelles j'étais heureux de me lever le matin."
Adrien veut alors faire son premier combat pro après 1 mois de muaythai dans les pattes. "Mon club me disait en rigolant : "Tu ne sais même pas mettre un middle correctement et tu veux déjà faire ton premier fight ?!" Mais je les avais tellement saoulés qu'ils m'ont laissé combattre. Et honnêtement, je n'ai pas eu peur. Faire un combat de boxe, tu as des gants, c'est sur un ring et il y a un arbitre, ce n'est pas comme dans la rue." Et Adrien sort vainqueur de ce combat contre un adversaire thaïlandais, par KO au 2eme round. Avant de connaitre plus tard sa première défaite, il signe même 19 victoires d'affilée… toutes par KO ! Son arme secrète : les genoux. "Je mets 90% de mes KO avec genoux, au foie, à la tête. Quand je suis sur un ring, mon état d'esprit c'est ça, je cherche le KO. Quand mes combats se terminent par une décision, je ne suis pas satisfait."
Avec ses terribles coups de genoux, ce qui distingue Adrien c'est sa grande taille pour sa catégorie de poids. Il fait 1m94 ce qui est grand pour un 75kg. "Et je ne fais quasi pas de sèche avant un combat. C'est ma physionomie qui est comme ça. Il y a une période où je combattais même à 70kg. Là oui, je perdais du poids mais c'était très dur ! C'est grâce à ma taille que j'ai pu aller aussi loin. Ça a façonné mon style, je garde à distance avec mes jabs, mes teeps, et quand l'adversaire rentre, j'envoie les coudes, les genoux ou le clinch."
Toutes ces victoires, il ne les signera pas avec le même club. En effet, quand le Thai Muaythai Gym ferme en 2012, Adrien suit son coach qui se fait recruter par la Team Quest, toujours à Chiang Mai. C'est là qu'il effectuera son premier combat au LUMPINI ! Et devinez quoi… victoire par KO, contre un nak muay canadien. "Quand je suis monté sur le ring, j'étais le plus heureux du monde. Boxer au Lumpini… Ma mère, présente pour les vacances en Thaïlande, était venue pour la première fois me voir combattre. Cette victoire, vraiment, m'a conforté dans ce chemin que j'avais choisi, le MUAYTHAI."
En tout, Adrien boxera 7 fois au Lumpini avec un résultat de 4 victoires et 3 défaites. Il combattra aussi 2 fois au Rajadamnern, l'emportant à chaque fois.
A ce jour, son palmarès complet est de 36 combats avec 27 victoires dont 24 par KO. Seules 3 de ses victoires sont par décision ! Et à chaque fois, c'était pour une ceinture : celle de champion du Nord de la Thaïlande, celle de champion du Loï Kroh Stadium et la toute récente de champion du monde WPMF par intérim contre BERNUENG).
Sa première défaite, Adrien la connait face à PETCHMONGKONG Petchfocus lors d'un tournoi, celui du Gayanghadao. "Là je savais qu'il allait y avoir du vrai niveau, finis les étrangers ou les Thaïlandais de la campagne. J'étais le seul farang, ils m'avaient mis là, pensaient-ils, histoire de me faire démonter…"
En phase de poule, Adrien bat ses deux premiers adversaires par KO, surprenant tout le monde, avant de rencontrer PETCHMONGKONG. Première défaite de sa carrière, aux points, "mais ils ont été nombreux à me dire que j'avais gagné le combat en fait…" Il faut dire que Gayanghadao est aussi le sponsor de PETCHMONGKONG...
Adrien vs Yod Khun Porn, 1er tour du tournoi
Adrien, deuxième de sa poule, passe donc en demi-finale et rencontre SIRIMONGKHON Sit Anupap. Il s'incline aux points. Pour la 3eme place, il fait alors face à nouveau à PETCHMONGKONG qui a perdu lui aussi en demi. Ça se passe moins bien cette fois. Compté à deux reprises dans le 1er round, il est arrêté par l'arbitre. "A l'époque j'avais une mauvaise garde, très mauvaise même ! C'était mon gros défaut. Aujourd'hui, c'est bien mieux mais je peux toujours l'améliorer."
Parmi les autres défaites qu'Adrien connait ensuite, notons celle aux points face à CHANACHAI Kaewsamrit, une par TKO (3 comptes) contre KANONGSUK Chuwattana en caged muay thai avec des gants de MMA, et une aux points face à TOBE Kaewsamrit pour la ceinture mondiale WPMF.
Adrien vs TOBE Kaewsamrit
Adrien restera au total deux ans et demi à la Team Quest. "Mon entraineur voulait que j'évolue et à la Team Quest, je n'avais pas vraiment d'avenir car il donnait la priorité au MMA et n'avait pas de contacts. Je ne gagnais en plus jamais d'argent sur mes combats une fois les frais payés." Sur les conseils de son coach, Adrien part alors au club de Samart Payakaroon, le Poptheeratam, à Bangkok. L'ambiance y est radicalement différente, en mieux. "Ici c'est très différent, c'est très traditionnel thaï, tout le monde vit avec tout le monde, mange ensemble, etc. Moi je suis dans une chambre de 4 avec 3 entraîneurs qui ne parlent pas anglais. Du coup maintenant, je me démerde bien en thaï. Là bas j'aide, je tiens les paos… tout le monde s'occupe de tout le monde. C'est une super ambiance. Et puis je suis dans le groupe des pros, ils sont stricts, Samart a une vision pour chaque boxeur, c'est parfait."
Adrien avec SAMART Payakaroon
Au Poptheeratham, on nettoie le camp en famille !
C'est avec le Poptheeratham qu'Adrien décroche son titre mondial WPMF par intérim. Pour remporter cette ceinture, il s'y prend à deux fois, face au Thaïlandais BERNUENG Topking. La première fois, en décembre dernier, il échoue aux points. Le graal lui échappe pour une faute d'inattention au 2eme round : il se fait compter. Sans ça, Adrien aurait sûrement remporté le combat puisque la décision des juges donnent 48-47 pour BERNUENG.
La revanche a lieu quatre mois plus tard. Cette fois, Adrien ne laisse pas passer sa chance. "Mon camp n'était pas content lors du premier combat. Selon eux, quand je m'énerve, comme dans ce premier combat, je ne les écoute plus. Alors là, j'ai essayé de bien écouter et d'être appliqué. BERNUENG, cette fois, a changé complètement de stratégie. La première fois, il avait avancé et il s'était pris plein de coups de coude. Là, tout au contraire, il n'a fait que reculer. Moi, j'ai bien écouté mon coin qui voulait que je ne débite pas trop, que je n'envoie mes coups, mes genoux par exemple, que si ils étaient bien forts."
Stratégie payante. Adrien bat ce Thaïlandais contre lequel beaucoup de Français se sont cassés les dents (LLODRA, LIDON, MABEL,…) et remporte la ceinture WPMF -75kg.
"C'est seulement une étape… C'est surtout une récompense pour le travail réalisé et ça me donne du crédit. Il a battu pas mal de Français, le top même, ça me place donc sur la carte du muay, je montre que j'existe."
Après la ceinture par intérim, la vraie ceinture mondiale à proprement parler ? C'est CHANACHAI Kaewsamrit qui la détient. Et comme le patron du Kaewsamrit est aussi celui de la WPMF, il ne laissera pas partir comme ça le titre de son poulain…
Mais Adrien a d'autres envies. "Je ne dirais pas non à une revanche contre KANONGSUK, j'aimerais remettre les comptes à zéro. Pourquoi pas lui prendre sa ceinture du Raja au passage… Mais bon, descendre à 72,5kg c'est dur. A voir… Je n'ai pas un pet' de graisse. Je n'ai pas envie de perdre plein d'eau et d'être un zombie sur le ring après.
J'aimerais bien boxer en Europe aussi. Le BEST OF SIAM, ça me dit bien par exemple… J'ai vu sur MUAYTHAITV qu'il allait y avoir un combat Samy SANA vs Raphael LLODRA. Ce sont des mecs que j'ai dans un coin de ma tête par exemple. Yohan LIDON aussi. Je languis d'affronter ces boxeurs là. Je sais que j'ai moyen de faire quelque chose contre eux."
Adrien est en France actuellement, jusqu'au 20 juin. Avis aux promoteurs…
Pour ce qui est d'un retour en France, Adrien y songe, mais pas pour tout de suite.
"Oui, c'est possible que je revienne. C'est dur de trouver des adversaires à mon poids en Thaïlande. Donc je réfléchis à un retour… mais pas forcément en France…. Je pourrais même combattre en K1 s'il faut, parce qu'en dehors de la Thaïlande, j'ai l'impression qu'il y a peu d'opportunités en muay… J'ai fait un combat en K1 une fois, en Chine. Victoire par KO avec un coup de genou dans la tête. Bref, je pense en tout cas rester en Thaïlande encore au moins 1 an, 1 an et demi. J'ai encore beaucoup à apprendre. Et puis ils sont tellement cool là bas !"
On connaissait le fameux "rêve américain", Adrien RUBIS est lui un bel exemple du "rêve thaïlandais".
"Si j'avais un seul message à faire passer, ce serait de ne pas avoir peur d'oser. Si vous avez un rêve, il y a toujours moyen de le réaliser. Il ne faut pas avoir peur et y aller. Je suis content d'en être l'exemple. Moi, j'étais un peu perdu comme beaucoup de jeunes. Je passais mon temps à boire des coups, à fumer des joints avec les collègues… Si je n'avais pas eu le muaythai, je serais peut être encore à galérer… Aujourd'hui je suis le plus heureux des hommes."
Vous pouvez suivre Adrien via sa page facebook : https://www.facebook.com/adrien.rubis?fref=ts


























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